Veaux et pommes font front commun

JA Mag

Veaux et pommes font front commun

A côté d’un élevage de veaux sous la mère, Cédric Chabat cultive 3,5 hectares de pommiers. Une diversification qui atténue l’impact de la sécheresse sur cette ferme corrézienne.

La seule pomme AOP de France

Veaux et pommes font front commun

Sur le plateau du Haut-Limousin, à 380 m, Cédric Chabat cultive des « pommes d’altitude ». C’est l’une des particularités qui a valu à la pomme du Limousin son Appellation d’origine contrôlée (AOC) en 2005, puis l’Appellation d’origine protégée (AOP) en 2007. La Golden delicious, variété américaine importée dans les années 50, s’y épanouit sur les sols volcaniques du piémont du Massif central. Les 3 300 ha de vergers AOP s’étendent sur quatre départements : Haute-Vienne, Creuse, Dordogne et Corrèze.En 2011, sécheresse oblige, la récolte a débuté avec deux semaines d’avance, dès le 29 août. Les quatre coopératives de l’AOP, qui fixent cette date, ont un rôle important (commercialisation, conseils techniques, suivi des ravageurs, etc.) Il faut ensuite attendre début novembre pour retrouver la golden du Limousin sur les étals. Après la cueillette, elle est triée et conditionnée dans les coopératives. Les fruits sont ensuite conservés en chambre froide, sous atmosphère contrôlée (plus de CO2, moins d’O2), au plus tard jusqu’à la récolte suivante. Chaque année, les 300 pomiculteurs produisent environ 100 000 tonnes de pommes, dont un tiers est exporté.

Des pommes pour sauver un élevage bovin de la sécheresse, drôle d’idée ? Pas tant que ça. Chez Cédric Chabat, « le verger va renflouer la ferme et nous aider à passer le cap ». A Beyssenac (Corrèze), cet éleveur de veaux sous la mère cultive 3,5 hectares (ha) de pommiers. Au printemps 2011, le manque d’eau a affecté toutes les productions. « Jusqu’à fin juin, les pommiers ont souffert. Heureusement qu’il a plu en juillet, respire Cédric. Finalement, nous avons une belle récolte. » Le verdoyant plateau du Haut-Limousin est la terre d’élection de la golden du Limousin, seule pomme française à bénéficier d’une AOP. « Mes parents ont commencé par planter un hectare en 1982, précise le producteur de 29 ans. C’était l’euphorie ! Les pommes se vendaient très bien et la main-d’oeuvre était moins chère. » De nombreux élevages bovins, ultra-majoritaires dans le secteur, en ont profité pour se diversifier.

Une trésorerie régulière sur de petites surfaces

Depuis, la culture de la pomme est devenue plus difficile. « Il a grêlé pour la première fois en 1994, se rappelle Cédric. Soit on couvrait, soit on arrachait. » Les filets paragrêle sont devenus indispensables. Les pommiers conservent des atouts : occupant peu de surface, ils apportent « une trésorerie régulière toute l’année », explique l’éleveur-pomiculteur. Le calendrier de travail est complémentaire de celui de l’élevage. Seule exception : la récolte, début septembre, qui peut coïncider avec l’ensilage du maïs. L’hiver est la saison des plantations, puis de la taille jusqu’en février-mars. Le printemps, humide en Corrèze, est celle des traitements. « Nous avons beaucoup d’attaques de tavelure (un champignon, ndlr).

Nous sommes obligés de faire du préventif : dès que les arbres poussent, nous devons traiter », résume Cédric. Sur la ferme des Chabat, la seule méthode alternative utilisée l’est contre les araignées rouges. Ces acariens subissent les assauts des pyris, des pucerons prédateurs. « Tous les producteurs de la région les utilisent depuis quinze ans », assure l’éleveur. Cet insecte auxiliaire est maintenant installé dans le paysage. Contre les autres ravageurs, le pomiculteur regrette de « manquer de solutions alternatives ».

« Les consommateurs veulent de grosses pommes »

Avec 2 000 € par ha, les traitements sont le second poste de charges du verger. Le premier reste la main-d’oeuvre. La pomme est un produit très fragile, précise l’arboriculteur. Quand on la cueille, il ne faut pas la serrer. » Un choc ou une pression trop importante, et elle est "mâchurée" et déclassée. Non mécanisable, la récolte occupe Cédric, ses deux parents et cinq salariés pendant deux semaines. Chacun récolte en moyenne 900 kilos par jour ! En pleine production, « un verger donne jusqu’à 50 tonnes de pommes par hectare. »

Mais il faut pour cela attendre quatre ans après la plantation. « Quand je plante, je m’engage pour quinze ans. » Un véritable pari sur l’avenir. Chez les Chabat, la main-d’oeuvre représente 24 % du coût de revient d’une pomme. « Comme nous sommes en système familial, nous arrivons à comprimer les coûts », détaille Cédric. Lui a rejoint ses parents sur la ferme en 2002. Autres opérations gourmandes en travail : la taille et l’éclaircissage. Conduite habituellement fin avril, cette dernière consiste à réduire le nombre de futurs fruits pour augmenter leur calibre. Les pommes doivent mesurer au moins 65 mm de diamètre, sous peine de finir en compote.

« Les consommateurs veulent de grosses pommes », explique Cédric. Après un éclaircissage chimique, un deuxième passage est effectué, début juillet, par des saisonniers, car « la chimie ne fait pas tout ».

L’équilibre économique reste fragile

Cédric reçoit 35 centimes d’€ par kilo de pommes livré à sa coopérative, Perlim. Un niveau satisfaisant, mais « il ne faudrait pas que le prix passe sous les 30 centimes… » Idem pour la viande bovine. Avec 85 vaches allaitantes, l’EARL Chabat produit 20 veaux sous la mère en label rouge. Les autres bêtes sont engraissées sur place et abattues à 12 mois (taurillons) ou 18 mois (génisses). Produisant uniquement pour les boucheries, Cédric est conscient de faire de la « viande de luxe » : ses veaux lui sont payés plus de 8,30 € le kilo. Un prix qui récompense une lourde charge de travail quotidienne : faire téter les veaux matin et soir. L’élevage est autonome en céréales, mais doit acheter de la paille et des compléments azotés (tourteaux de colza ou de tournesol). Là aussi, « il ne faudrait pas que le prix de la viande chute ».

L’équilibre économique de l’exploitation reste donc fragile. Cédric se souvient encore de « certaines années où les pommes ont pris le gel et où la récolte a été divisée par deux ». Ce qui donne l’occasion aux vaches de sauver le verger.

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