Vers une gestion plus positive et plus solidaire des politiques de retraits agricoles dans le domaine des fruits et légumes

JA Mag

Vers une gestion plus positive et plus solidaire des politiques de retraits agricoles dans le domaine des fruits et légumes

Fondateur et directeur du réseau des épiceries solidaires Andes (Association nationale des épiceries solidaires), une association d’aide alimentaire créée en 2000. Elu « Entrepreneur d’avenir » par l’Assemblée nationale en 2009. Co-auteur du Manuel de cuisine populaire.

En 2005, l’étude Abena, menée par l’Inserm, fait un constat alarmant : seules 1,2 % des personnes ayant recours à l’aide alimentaire s’inscrivent dans les repères de consommation du Programme national nutrition santé, soit la consommation journalière de 5 fruits et légumes. Cette situation s’explique par une accessibilité moindre de ces produits auprès des populations précaires, autant en raison de leur coût élevé, à la fois pour les personnes en difficulté et pour les associations caritatives, que par une perte de savoir-faire culinaire (manque de temps, d’envie ou simplement des connaissances de base pour préparer les légumes).

Parallèlement, chaque été, les médias nous abreuvent d’images de producteurs de fruits et légumes jetant leurs productions, faute de débouchés économiquement viables. Ces images sont d’autant plus fortes que l’on connaît la situation financière de nombreuses familles vivant en dessous du seuil de pauvreté et qui représentent actuellement plus de 13 % de la population française.

Par ailleurs, certains de ces producteurs de fruits et légumes, vivent également des situations financières aussi tragiques que celle des plus démunis et font partie de ces «travailleurs pauvres». Comment alors permettre aux uns de bénéficier des excédents des autres sans pour autant que ces derniers soient lésés ? Des mécanismes inscrits dans le cadre de la Pac permettaient, avant 2008, de donner ces excédents, via les offices de production, aux associations caritatives en charge de l’aide alimentaire. Ils percevaient alors en contrepartie une indemnité financière à hauteur de 30 % du prix moyen des produits mis sur le marché. Le mécanisme jugé complexe dans sa mise en oeuvre tant du point de vue des producteurs (administratif, financier) que des
associations (capacités logistiques, professionnalisme) n’a pas permis une gestion fluide de ces excédents.

Aujourd’hui, 92 % de ces excédents sont détruits, sont transformés en compost ou servent à l’alimentation animale, au détriment de l’Homme. En 2007, l’association Andes - réseau des épiceries solidaires - a été missionnée par le ministère de l’Agriculture, la Direction générale de l’action sociale et Viniflhor (FranceAgriMer aujourd’hui) pour formuler des propositions de réforme du dispositif.

A l’issue d’une mission de 6 mois ayant permis d’interroger l’ensemble des professionnels de la filière et les ministères de tutelle dont celui de Bercy, les propositions rendues par l’Andes ont porté notamment sur la mise en place d’un dispositif simplifié adossé à une structure d’insertion, la révision du système d’indemnisation en cas de don de fruits et légumes à l’aide alimentaire ainsi qu’une actualisation des montants de prise en charge financière des coûts de transports afin de relancer ce dispositif.

Depuis le 1er janvier 2008, les offices de production facilitant cette redistribution caritative se voient indemnisés à 100% du cours moyen. L’Andes soutenue par l’Etat dans le cadre du plan de relance de l’économie mais aussi par des collectivités locales et des fondations privées, s’est dotée d’équipements de transformation, permettant à la fois une meilleure gestion des flux des fruits et légumes de retrait, une consommation plus aisée toute l’année par la fabrication de soupes, de jus de fruits et de confitures, et le retour à l’emploi de personnes au chômage de longue durée.

Que manque-t-il aujourd’hui pour que ce mécanisme soit opérationnel?

La reconnaissance par FranceAgriMer de l’Andes comme association caritative agréée habilitée à traiter les retraits agricoles au profit de l’aide alimentaire.
Un contexte économique compliqué : le budget de l’aide alimentaire pour la France amputé de 55 M€ suite à une décision de la Cour de justice européenne concernant le financement du Programme européen d’aide aux démunis (PEAD); la lutte contre l’obésité (comme d’ailleurs contre l’ensemble des maladies liées à l’alimentation) qui doit faire l’objet d’une véritable politique de prévention et dont on sait que la consommation des fruits et légumes est un des enjeux majeurs… Autant de faits marquants appelant des décisions fortes en faveur de notre agriculture et de nos concitoyens en difficulté.

A l’orée des élections présidentielles, espérons que les dispositifs gagnant-gagnant entre le monde agricole et les opérateurs associatifs se multiplieront, pour qu’une alimentation saine et de qualité bénéficie au plus grand nombre. Car quelle est la finalité d’un agriculteur si ce n’est que de faire vivre le territoire, nourrir l’Homme, en vivant décemment de son travail !

Publié par JA Mag

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