Energie, l'économiser, la produire : Produire de l'énergie : méfiez vous des modes

Propos recueillie par Marie-Françoise Menguy, Responsable communication CER France

Vous voulez vous lancer dans l'éolien, le photovoltaïque, la méthanisation ? Avant d'aller plus loin, suivez les conseils de Daniel Causse, expert-comptable, et Thierry Lemaître, conseiller d'entreprise.

Quelles sont les premières questions à se poser pour un agriculteur qui souhaite développer un projet d'énergie renouvelable ?

Thierry Lemaître : D'abord, je conseille à celui qui cherche à augmenter ou diversifier ses revenus de ne pas plonger tête baissée sur les projets de production d'énergie. D'élargir sa réflexion à toutes les pistes d'activité complémentaire : autre atelier, prestations de services… Les énergies renouvelables ne sont pas un simple cadeau tombé du ciel, loin de là. Il n'y a pas de recette miracle pour améliorer son revenu.
Daniel Causse : Je suis tout à fait d'accord. Tout projet doit s'inscrire dans une vision cohérente et stratégique de l'évolution de l'entreprise. Souvent, le point de départ, c'est la réalisation d'un voisin. On a l'impression qu'il va gagner de l'argent, sans avoir trop de travail. Pourquoi ne pas faire pareil ?

Vous déconseillez de faire un “copier-coller” du projet du voisin ?

T.L. : Oui. Quand on veut se lancer, surtout sans être précurseur, il faut vraiment prendre du recul pour étudier son propre projet. Est-ce que le contexte est toujours favorable pour se lancer ? Bénéficierez-vous des mêmes incitations que vos collègues ? Bien sûr, rien n'interdit de reprendre une idée déjà réalisée ailleurs, le tout est de pousser à fond le raisonnement de la faisabilité. “J'ai telle idée, est-ce qu'elle tient la route ?” Il faut croire à un type d'énergie, s'approprier le projet, s'y investir à fond pour le conduire en respectant les étapes indispensables.
D.C. : On peut raisonner aussi à l'inverse. “Je suis sur tel site, j'exerce telle activité, dans un contexte donné, qu'est-ce qui est possible ?” On part du contexte, d'une situation dont on hérite, et on regarde vers quoi on peut se lancer. Incontestablement, le territoire conditionne d'emblée les possibilités offertes. Mieux vaut une zone ensoleillée et des bâtiments bien orientés pour l'énergie solaire, une zone fréquemment ventée pour l'éolien !

Thierry Lemaître : “Ne vous lancez pas tête baissée parce que les voisins l'ont fait et que votre région bénéficie d'un fort ensoleillement. Prenez du recul”.

Thierry Lemaître : “Ne vous lancez pas tête baissée parce que les voisins l'ont fait et que votre région bénéficie d'un fort ensoleillement. Prenez du recul”.

 

Bio-carburants, éolien, photovoltaïque… Les modes se succèdent comme dans le prêt-à-porter. Qu'en pensez-vous ?

T.L. : Les incitations versées aux projets novateurs, sous forme d'économie d'impôt ou de subventions, donnent un élan fort aux énergies nouvelles. Elles en bénéficient tour à tour, créant des phénomènes de mode. Il faut toujours penser que les incitations financières peuvent être remises en cause et diminuer la rentabilité de l'investissement. La réglementation aussi peut changer. Prenons l'éolien. Il y a eu un virage à 180°. Avant, c'était les petits projets qui avaient la cote. Aujourd'hui, seuls les grands parcs sont possibles, dans des zones prévues par les pouvoirs publics.
D.C. : Pour monter un parc de 30 éoliennes produisant 60 MW, imaginez l'investissement : entre 80 et 90 millions d'euros. C'est devenu impossible d'y aller tout seul. Ce sont des projets lourds, très complexes à monter, il faut en outre des connaissances en génie civil pour pouvoir les suivre.
T.L. : Gardons à l'esprit que les économies d'énergie sont quand même une tendance générale et durable, l'objectif étant de produire plus propre et moins cher. Regardons les mesures du Grenelle de l'environnement, elles traduisent une prise de conscience forte. Il faudra bien continuer à travailler sur des moyens pour économiser les carburants fossiles.

Daniel Causse : “Méfiez-vous des effets de mode. Regardez à long terme, asseyez votre projet sur une rentabilité sans aides et vérifiez la cohérence d'ensemble”.

Daniel Causse : “Méfiez-vous des effets de mode. Regardez à long terme, asseyez votre projet sur une rentabilité sans aides et vérifiez la cohérence d'ensemble”.

 

Concrètement, que conseillez-vous à un porteur de projet ?

T.L. : D'asseoir sa réflexion en premier lieu sur des éléments économiques. Si le projet est rentable, les incitations fiscales vont constituer la cerise sur le gâteau. Il faut bien comprendre que la fiscalité peut n'apporter un avantage qu'à court terme.
D.C. : De bien étudier l'environnement local, le contexte du projet avec l'ensemble des partenaires impliqués. Je pense à un projet de récupération de déchets de scierie pour les compacter et produire des bûches caloriques. La rentabilité tenait la route. C'est l'approvisionnement en sciure de bois qui a posé souci. Les scieries ne voulaient pas s'engager sur des quantités garanties, elles avaient déjà leurs débouchés… Finalement, le projet va aboutir, avec un approvisionnement garanti à 50 %.
T.L. : Les mêmes questions se posent si l'on étudie un projet de méthanisation. Il faut trouver des partenaires pour participer plus ou moins directement au projet, ne serait-ce que pour fournir des produits ou des sous-produits. D.C. : Dans les sociétés, attention à ce que le projet soit partagé par tous. Cela conditionne la mise en oeuvre. Par exemple, qui est propriétaire du bâtiment ? Que se passe-t-il en cas de départ d'un associé ?

Source Gérer pour gagner Fév, Mars, Avril 2009

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