La ferme laitière s'agrandit - La mutation continue

Emmanuel ETESSE

Le paysage laitier ne cesse d'évoluer et la ferme laitière moyenne s'agrandit en conséquence. Résultats d'une étude réalisée sur un échantillon de 1200 exploitations spécialisées. Analyse d'Emmanuel Etesse.

300 000 litres, 1,67 UTH, 64 ha de SAU et 47,7 vaches laitières… Voici le nouveau profil moyen d'une exploitation laitière spécialisée, d'après une étude Cogedis. Un facteur prend de plus en plus d'importance dans l'efficacité économique de l'exploitation laitière : la productivité du travail qui s'accroît de manière significative. Il y a deux ans, une UTH produisait 170 320 litres, aujourd'hui elle est à même de réaliser 190 950 litres. Les progrès technologiques et l'amélioration génétique du cheptel en sont à l'origine. Le litrage produit par UTH, qui est très différent d'une exploitation à l'autre, est un réel axe d'optimisation économique. Sur l'échantillon de l'étude, ce critère varie de moins de 100 000 litres/UTH à plus de 400 000 litres/UTH !

Augmentation du coût de production

Après la stabilité de l'an passé, le coût de production repart légèrement à la hausse (+ 0,8 %). Et ce sont les charges proportionnelles avec une hausse de 2,1 % qui sont cette fois à l'origine de cette progression. Le coût alimentaire augmente, surtout pour les exercices clos en seconde partie de campagne laitière. La flambée des matières premières, avec les cours des céréales qui ont atteint des sommets à l'automne 2007 est le premier facteur explicatif. Par ailleurs, l'aliment a constitué l'une des réponses à la demande de production. Les quantités distribuées ont été beaucoup plus importantes qu'à l'accoutumée, d'autant que le nombre d'animaux en lactation était lui aussi plus important (report des réformes, retard du tarissement). Les rendements fourragers ont aussi été très inégaux selon les régions. Mais, face à la hausse du prix du lait, la réponse « concentré » s'est avérée payante ! Par contre et du fait de ces circonstances exceptionnelles, le coût de renouvellement baisse sensiblement (- 7,9 %). Avec les allocations importantes de quotas en fin de campagne, les réformes de vaches laitières ont été beaucoup moins nombreuses. Plutôt qu'un renouvellement, on a donc assisté à une augmentation temporaire de cheptel au sein des exploitations, afin de faire face à la demande de production.

Les charges de structure sont stables. Mais la situation reste préoccupante. L'effet dilution attendu par le volume supplémentaire à produire n'a pas eu lieu. La politique d'investissement est donc encore bien présente, portée par un prix du lait au plus haut. Il convient d'être très vigilant à ce sujet, notamment au niveau des charges de mécanisation, car il s'agit du secteur dans lequel les économies sont les plus facilement réalisables. Les écarts sont importants entre la moyenne et le quart supérieur avec un différentiel de 12 €/1 000 litres ! Il faut profiter de cette embellie sur les prix pour reconstituer des trésoreries mises à mal par plusieurs années de conjoncture difficile.

Le poids des charges de structure

Ces charges de structure pèsent fortement sur le résultat des exploitations de plus petite taille qui font plus difficilement face aux charges fixes. Dans ce contexte, et malgré une marge brute lait plus faible, les exploitations bénéficiant d'une référence importante dégagent un résultat de gestion aux 1 000 litres plus important (environ 20 % de plus). Cela s'explique bien entendu par les économies d'échelle, mais aussi par une productivité plus importante. En effet, 1 UTH gère 67 000 litres de plus chez les plus de 500 000 litres par rapport au groupe des moins de 200 000 litres. D'autre part, les grandes exploitations, avec des systèmes plus intensifs, dégagent des surfaces supplémentaires permettant l'implantation de cultures de vente. Quant à l'EBE, il suit la même tendance, avec toutefois, de grandes disparités entre les groupes étudiés. L'étude de l'évolution de l'excédent brut d'exploitation en fonction du litrage produit permet de mettre en évidence un point intéressant. En effet, il semble qu'il existe une limite se situant à 400 000-500 000 litres produits ; au-delà, le niveau d'EBE commence à stagner ou même à décroître. Ceci peut s'expliquer par une charge de travail trop importante par rapport à la main-d'oeuvre disponible.

Evolution des charges depuis 1999 - Selon l'échantillon Cogedis

 

Source COGEDIS

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