PAC, une figure imposée : anticiper

CER FRANCE, Gérer pour Gagner, Jacques Mathé, économiste

Pour réussir vos premiers pas dans la nouvelle Pac, une figure s’impose : l’anticipation. Chaque exploitant doit rebondir pour transformer une politique, souvent jugée contraignante, en un outil de repositionnement de son entreprise.

Si les axes forts de la réforme de la Pac ne paraissent pas révolutionnaires, ils confirment néanmoins une orientation qui a des conséquences majeures dans le pilotage des exploitations. La confrontation au marché et la volatilité des prix obligent les exploitants à anticiper, notamment en élaborant des scénarios pour choisir les meilleures opportunités.

Sécuriser ses ventes

Pour limiter l’impact d’une variation des cours sur le produit brut, il va falloir apprendre à sécuriser son prix de vente, en ne recherchant pas systématiquement le prix le plus haut. Le bon prix n’est pas le prix le plus élevé, mais celui qui permet à l’entreprise de générer une marge nette positive. Sécuriser ses ventes, c’est aussi choisir le bon partenaire commercial, s’informer sur les évolutions du marché et sur la connaissance de sa filière. Chaque exploitation diffère au regard de sa sensibilité au prix du marché. Les écarts proviennent essentiellement de la structure des coûts.

Connaître ses coûts de revient

Impossible donc pour un agriculteur d’arbitrer dans la future Pac s’il n’a pas une connaissance précise de ses coûts de revient. Quel est le coût de revient de mon kilo de viande, de ma tonne de blé ou d’un litre de lait ? Trop peu d’agriculteurs ont ces références en tête, alors qu’ils connaissent systématiquement leur rendement en blé ou la production laitière par vache. Les coûts sont aussi très dépendants des choix et des itinéraires de production.

Saturer l’outil de production

Le raisonnement au coût marginal (c’est-à-dire à combien revient la dernière unité produite) doit devenir un réflexe. Ce dernier pose la question de la saturation de l’outil de production, exercice bien connu dans le secteur industriel où l’on fait tourner l’usine et les machines le plus longtemps possible. Cette stratégie est beaucoup moins fréquente en agriculture. Le renouvellement de l’appareil de production se réalise en effet bien avant la saturation. D’où une perte potentielle de résultats. Les études par systèmes montrent régulièrement qu’il y a rarement de baisse tendancielle des coûts avec une augmentation importante de la production. En d’autres termes, la croissance des exploitations entraîne une tendance à “l’embourgeoise l’embourgeoisement”.

On s’achète du confort (ce qui est tout à fait respectable), mais au détriment de la performance économique. Un phénomène que chacun a pu observer dans les programmes de mise aux normes des bâtiments. Les investissements y ont bien souvent dépassé la stricte obligation. Il n’est évidemment pas question de prôner l’abstinence ou des modes de gestion à l’économie, mais plutôt de souligner les marges de manoeuvres qui existent encore dans la gestion des exploitations. Ces dernières seront bien utiles pour nous mener jusqu’aux années 2015.

PAC, une figure imposée : anticiper

Constituer des réserves

Les agriculteurs ont également l’habitude de raisonner les charges et revenus à l’année culturale. L’instabilité modifie cette échelle de temps. Les raisonnements de gestion pourraient se réaliser à deux ou trois ans, ce qui modifie aussi les choix d’investissement. Plus d’instabilité et plus de risques oblige à avoir un retour sur investissement le plus rapide possible. Cela pose la question du financement de la croissance de l’entreprise, et répond à la nécessité de ne pas consommer tous les bonis les années fastes. “Il faut toujours une récolte d’avance” disaient les anciens. La sagesse nous engagerait aujourd’hui à disposer d’une trésorerie d’avance.

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