Bilan, compte de résultat : faisons tomber les masques

Daniel CAUSSE, expert-comptable

Bilan, compte de résultat : faisons tomber les masques

Dans les documents comptables, l’analyste se concentre, en principe, sur trois documents principaux : le bilan, le compte de résultat et les soldes intermédiaires de gestion.

Bilan, compte de résultat : faisons tomber les masques

Quand un chef d’exploitation souhaite solliciter un emprunt auprès de sa banque, cette dernière lui demandera toujours ses derniers documents de résultats comptables. Mais, comment, avec ces documents, la banque peut-elle évaluer la capacité de l’exploitation à faire face aux échéances issues du nouvel emprunt.

 Dans les documents comptables, l’analyste se concentre, en principe, sur trois documents principaux : le bilan, le compte de résultat et les soldes intermédiaires de gestion. 

Pourtant le bilan, censé donner la représentation du patrimoine professionnel, est, en agriculture, souvent fausse par des options fiscales qui priment les règles comptables.

Citons notamment l’inscription de fait facultative des terres au bilan qui, en fonction de la décision de gestion en matière fiscale d’inscrire ou pas les terres au bilan donnera une vision totalement différente du patrimoine professionnel de l’agriculteur. Nous pouvons évoquer également la valorisation des stocks et en cours de production, la notion d’amortissement dégressif ou linéaire qui peuvent modifier, compte tenu des équipements importants en agriculture, la vision du bilan.

A noter que le résultat peut varier lui aussi en fonction de la comptabilisation de divers éléments. Indiquons, par exemple, le mode d’amortissement retenu ou le choix d’inscrire en immobilisation ou en stock le cheptel reproducteur.

D’ailleurs, le banquier ne s’y trompe pas. Il traite le cas des exploitants agricoles différemment de celui des autres entrepreneurs. Ainsi, le bilan de l’entreprise et le résultat de l’exercice correspondent souvent à des normes fiscales servant au calcul des cotisations sociales des chefs d’exploitation, ainsi qu’au calcul de l’impôt sur le revenu.

Si l’on souhaite obtenir une vision patrimoniale, il sera souvent nécessaire de “consolider” le bilan en intégrant des biens qui n’y figurent pas.

Si, en agriculture, le banquier reste très attache à la notion de patrimoine personnel et de patrimoine familial, il l’observe de manière dynamique, en s’interrogeant sur l’évolution favorable ou non du patrimoine de l’exploitant (évolution du prix des terres agricoles, possibilité de passer en zone constructible, valorisation future des bâtiments, etc.).

Même mis en perspective, le bilan ne donnera qu’une image figée, alors que l’intérêt de tous est que l’entreprise dégage structurellement des excédents. C’est pourquoi le partenaire économique, associe actionnaire ou préteur, s’intéressera au potentiel de l’entreprise à dégager du cash.

En effet, la capacité d’une exploitation agricole à réaliser durablement des excédents de trésorerie montre le degré de maitrise de l’exploitant en matière de gestion du développement de son activité. Les résultats comptables prennent en compte, notamment par la variation de stocks, le développement de l’exploitation, alors que celle-ci peut ne pas avoir la possibilité financière de le faire. En ce cas, ses flux de trésorerie donneront le verdict d’une situation Compromise. 

Si vous reproduisez cet écart sur plusieurs années, vous aboutirez a un phénomène paradoxal de résultats cumules positifs adosses a une situation de trésorerie délicate (découverts bancaires et dettes fournisseurs élevées).

Bilan, compte de résultat : faisons tomber les masques

Comment suivre les indicateurs de trésorerie

La réponse est dans la comparaison aux soldes intermédiaires de gestion. Seul un excèdent annuel de trésorerie permettra d’améliorer la situation financière et d’honorer les besoins prives de l’agriculteur. Le résultat comptable (voir notre exemple) servira essentiellement au calcul des cotisations sociales et impôts.

Bien évidemment, si l’avantage des indicateurs de trésorerie est démontré, ils présentent la contrainte de les observer sur plusieurs années, afin d’écrêter les variations conjoncturelles. Il parait également important de mettre en perspective les flux futurs de trésorerie, afin de s’assurer de la capacité de l’exploitation à faire face à ses investissements de développement ou de modernisation, ainsi qu’aux financements souhaitables.

Les flux de trésorerie accumules et non utilises seront retranscrits dans le bas du bilan. Nous en dégagerons les principaux ratios financiers de solvabilité qui sont les plus utiles quand le chef d’exploitation recherche un financement externe (voir encadré ci-dessous).

bilan

Source : Cerfrance - Gérer pour gagner - n° 37 Février 2015

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier

Publicité

Articles les + lus

Lettre d'info

Derniers commentaires