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Cultures sous serre : l’urgence d’une alternative énergétique

Jean-Jo CASTEL, ingénieur études

Les serristes bretons ont beaucoup réduit leur consommation d’énergie. Cela ne suffit pourtant plus dans certaines situations. D’autres alternatives méritent d’être trouvées pour préserver la pérennité des entreprises face à la flambée des prix.

Evolution du prix du baril de brent importé en France (en euros)

Le coût de l’énergie continue à fragiliser la situation financière des serristes. Après une forte chute en 2008 liée à la crise économique mondiale, le cours du baril de pétrole est reparti à la hausse début 2009. La crise de l’euro en 2011 est venue ralentir la hausse mais l’énergie reste chère.

Des apports fortement réduits

Les producteurs de tomates ont réussi à stabiliser le coût énergétique au m² de serre en décalant les plantations, ou en réduisant les apports de kWh (techniques culturales et écrans thermiques). Après le point bas atteint en 2008 et 2009, les apports augmentent en 2010. L’hiver froid explique pour partie ce revirement. Mais des niveaux d’apports très faibles ont montré leurs limites en termes de performance économique. Aujourd’hui, les apports se stabilisent autour de 300 kWh utiles par m² en grappes (moyenne CERFRANCE Bretagne), les apports restant plus élevés dans le Finistère. En 2012, les coûts par m² repartent à la hausse dans le sillage de la nouvelle flambée du prix de l’énergie. Les situations, intenables dans bien des cas, sont très variées, notamment en fonction de l’accès ou non au gaz naturel.

Fioul et butane : exposition

Les serristes les plus exposés sont toujours ceux qui chauffent leurs serres au fioul lourd ou au butane. A 630 € la tonne de fioul lourd début mars, le coût au m² dérape complètement, même avec une conduite économe. Le butane devient également inaccessible économiquement parlant (plus de 800 € la tonne), malgré la fourniture «gratuite» du CO2 par récupération sur les fumées. Modifier sa conduite de culture, décaler ses plantations … Les producteurs concernés l’ont déjà réalisé. Mais cela ne suffit plus ! D’autres serristes (horticulteurs ou maraîchers) se sont orientés vers la fraise. C’est une alternative intéressante lorsque l’outil de production est amorti, du moins en grande partie. En tomates ou en fleurs coupées, la solution passe par un changement d’énergie. Par le passé, certains serristes ont opté pour le charbon, choix qui s’est avéré payant au vu de leurs coûts du combustible par m². Aujourd’hui, le charbon est fortement pénalisé par l’absence d’aides : les chaudières à charbon et à fioul ne sont pas éligibles (appel à projets FranceAgrimer en cours en horticulture).

Répartition de la consommation 2012 de gaz naturel (non résidentiels)

Gaz naturel : tourné vers le marché libre

Restent les chaudières bois qui, contrairement au charbon, sont plutôt dans l’air du temps. Les investissements sont très lourds, mais les aides existent : subvention FranceAgrimer (mais pas d’appel à projets en cours en maraîchage). Le certificat d’économie d’énergie pour chaudière biomasse en renforce l’intérêt. Il convient cependant de bien calculer son retour sur investissement et d’intégrer les nouvelles contraintes liées à ce type de chaudière : entretien du matériel, et temps passé pour s’approvisionner en bois d’un bon rapport qualité/prix. Le gaz naturel reste, quant à lui, toujours plus compétitif que le fioul ou le gaz bonbonne, même si le tarif réglementé telnuit a grimpé de 75 % environ depuis 2005. Aujourd’hui, la plupart des serristes sont passés au marché libre (pas de retour possible au tarif réglementé). Le prix du gaz sur ce marché a également progressé, mais le différentiel reste intéressant (graphique 2).

Cogénération : mesurer le risque financier

La cogénération s’est révélée être une bonne solution pour pérenniser les entreprises. Mais la donne est en train de changer, ce qui implique d’en mesurer le risque. Alimentées par du gaz naturel, les centrales de cogénération ou production combinée de chaleur et d’électricité sont configurées pour produire de l’électricité et de la chaleur utile. La récupération de la chaleur produite durant la combustion du gaz dans le moteur permet des rendements de 90 % environ. C’est beaucoup plus qu’une centrale électrique au gaz naturel. Les serres peuvent donc fournir de l’électricité là où il en manque en bout de ligne. Aujourd’hui, la cogénération s’avère rentable en serres. Mais la donne est en passe de changer. La facturation des kWh électriques vendus à EDF relève d’un mécanisme très complexe. Une partie de la facture rémunère le gaz nécessaire pour faire tourner la cogénération. Cette rémunération est aujourd’hui plafonnée en partie, car le prix du gaz dépasse le plafond fixé par arrêté. Demain, cette rémunération sera moins intéressante et affectera probablement de nouveau les contrats en cours. Les débats dans le cadre de la transition énergétique sont en cours. Autre incertitude, l’évolution du prix d’achat du gaz. Ce qui est sûr par contre, c’est que l’on est sur investissements très couteux de l’ordre de 1 M€ le MW installé. Dans ces conditions, une étude de rentabilité s’impose. Elle devra permettre de faire varier le coefficient de déplafonnement, le prix du gaz … pour mesurer le risque financier.

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