Des robots de traite à visages humains

Pascale Van Belleghem - Ingénieur études

Lorsque les hommes parlent des robots, ce n'est pas toujours la technologie qui prime ! Recueil d'opinions sensibles auprès de producteurs laitiers qui optimisent leur automate de traite grâce à leur “fibre animale”.

Le robot de traite est un outil informatique très performant qui produit une masse importante d'informations. Sa gestion exige donc de pouvoir analyser au mieux toutes ces données. Selon les producteurs laitiers sondés, les critères les plus suivis sont :
- la conductivité, utilisée pour détecter les mammites ;
- le pourcentage de traites attendu qui, s'il n'est pas atteint, est un signal d'alerte ;
- l'intervalle entre les traites ;
- la production par quartier, qui permet de tarir un seul quartier et d'éviter des mammites ;
- le compteur cellulaire (en option.)
Au-delà des statistiques, les producteurs affirment tous «qu'il faut bien connaître ses animaux.» En cas de mammite par exemple, quels que soient les chiffres annoncés par le robot, seul l'oeil de l'éleveur permet de décider de l'urgence ou non d'un traitement. «Nous connaissons mieux les vaches à problème qu'avant» soulignent-ils.

Bien gérer l'alimentation

Dans les élevages équipés d'un robot, le coût de concentrés est en moyenne supérieur de 12 € par 1000 litres par rapport à une installation de traite traditionnelle. Le lait produit par vache, supérieur de 150 litres, n'explique pas l'écart. L'optimisation de l'alimentation fait partie des objectifs de bon nombre d'éleveurs. La première étape consiste, selon eux, ”à s'assurer de la bonne circulation des animaux vers l'auge et vers le pâturage quand il existe”. Certains ateliers se sont, à cet effet, équipés de portes de tri. Bien sûr, les producteurs actionnent aussi des leviers classiques en travaillant à l'équilibre de la ration avec des analyses de fourrage, une bonne gestion fourragère…

Veiller à la qualité du lait

L'autre obstacle à surmonter, c'est la qualité du lait jugée •problématique pour environ la moitié des éleveurs”. Le manque à gagner moyen sur le prix du lait est de l'ordre de 6,5 €/1000 l. Quelques pistes d'amélioration sont évoquées comme le respect d'un délai minimum entre chaque traite qui permet de limiter le phénomène de lipolyse. Un temps d'attente du lait dans la mamelle, et un débit minimum semblent nécessaires pour limiter la “casse” des molécules au moment de la traite. Autre levier de progrès : “bien surveiller la conductivité et savoir se rendre auprès des animaux pour juger de la nécessité d'un traitement.”
Pour obtenir un lait de bonne qualité, plusieurs éleveurs estiment “nécessaire de démarrer avec un troupeau sain”. D'autres remarquent “que le passage au robot a assaini le troupeau”. Par ailleurs, plusieurs témoignages engagent à penser “que le regroupement de troupeaux est un véritable obstacle à une bonne situation sanitaire”.

Eviter la saturation

Au-delà de 65 vaches, chiffre avancé maintes fois, les heures de traite ne laissent plus de volant de sécurité en cas de panne et de besoin d'intervention sur la machine. Les vaches moins volontaires ont plus de mal à se faire traire. Du coup, l'éleveur doit intervenir davantage auprès du troupeau. Le stress est aussi plus grand. L'agrandissement du troupeau peut donc devenir problématique, à moins d'investir dans une stalle supplémentaire.

Une fois que les ajustements sur la conduite technique sont trouvés, le robot semble bien répondre aux attentes des éleveurs. “Nous avons eu un regain de motivation pour la production, notamment en accédant à une plus grande souplesse dans l'organisation du travail”. Le robot libère en effet de l'astreinte quotidienne des traites du matin, du soir et du week-end. Plusieurs éleveurs estiment “avoir gagné une heure et demie de travail par jour.” La plupart se voient “poursuivre leur activité ainsi jusqu'à l'âge de la retraite”. Par contre, certains soulignent une contrainte qui peut générer un stress : l'alarme. “Je dors moins bien les semaines où je suis de garde.”

Le robot semble aussi attirer des salariés vers la production laitière. C'est d'autant plus vrai pour les salariés travaillant à temps partiel, pour lesquels la contrainte horaire des traites matin et du soir est rédhibitoire. Par contre, le remplacement lors de congés s'avère délicat, même si les salariés des services de remplacement commencent à être formés à cette technologie. Il faut en effet qu'en cas de panne, la personne de garde puisse intervenir dans la demi-heure.

Source CER FRANCE Finistère

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