Foncier agricole : les compétiteurs sont dans la place…

Jacques Mathé, économiste

En 10 ans, les enjeux du foncier ont considérablement évolué, ouvrant la voie à une situation aujourd’hui tendue à l’échelle mondiale. Quelles perspectives pour une France dans l’oeil du cyclone ?

“Touche pas à mon foncier”

Agriculture et foncier, le paysan et sa terre : un binôme inséparable, un lien fusionnel entre un outil de production et un entrepreneur. L’histoire de l’agriculture s’est construite autour de ce lien. Il n’est pas étonnant, lorsqu’on touche à ce lien ancestral, que les réactions des différents acteurs du foncier (propriétaires, fermiers, aménageurs, spéculateurs, collectivités…) soient vives, passionnées.

Et la compétition ne fait certainement que commencer. Jusque dans les années 80, la compétition s’exerçait majoritairement à l’intérieur du monde agricole, entre propriétaires ou exploitants d’un côté et fermiers ou candidats à l’installation de l’autre. La hausse du prix des terres résultait de cette confrontation, plus ou moins bien régulée par l’action des pouvoirs publics ou des organisations professionnelles (SAFER).

Les années 2000 mettent en avant les tensions sur la demande de produits alimentaires et les risques de pénurie qui pourraient apparaître dans un certain nombre de pays émergents, la Chine en premier lieu. Ces pays deviennent de nouveaux acteurs du marché du foncier à l’échelle planétaire, alimentant la théorie de la rareté du foncier. Un phénomène qui touche aussi les pays développés, avec le souci de garantir cet outil de production pour nombre d’agriculteurs en Europe ou en Amérique du Nord.

“Touche pas à mon foncier” serait donc le nouvel étendard de tous les acteurs cités plus haut, et chacun pour des raisons différentes et souvent contradictoires.

Des tensions en perspective

La France, qui possède l’une des plus grandes surfaces agricoles en Europe et dont les terres sont encore abordables, par rapport à ses voisins, est et sera au coeur de la compétition.

La question de la régulation de l’inflation à venir est centrale, et le rôle des SAFER devra certainement être reconsidéré. L’autre question concerne directement les agriculteurs.

Quelle position peuvent-ils adopter face à une augmentation du foncier ? Quelle rentabilité peut-on espérer avec cet outil de production ? Faut-il d’ailleurs maintenir des raisonnements en terme de coûts ? ou bien raisonner en terme de patrimoine ? Quelles seront les conséquences du prix du foncier sur les baux ? Est-ce que les organisations alternatives comme “Terre de Liens” peuvent être un début de réponse au primo-accédant ? Dans certaines régions, la valeur du “pas de porte”, pratique illégale mais réelle, est supérieure à la valeur de l’achat, ce qui fait réagir les propriétaires.

Ces questions majeures étaient jusqu’alors peu présentes dans le débat agricole actuel. La profession, les pouvoirs publics, les institutions agricoles se focalisent sur la mise en place de la PAC.

Cependant, la future Loi d’Avenir Agricole aborde la thématique foncière sous l’angle de la transmission avec la remise à jour du bail cessible, pour le rendre plus attractif et limiter la compétition entre agriculteurs sur le foncier.

Une autre option serait de créer et de valider un fonds agricole reconnaissant les valeurs immatérielles de l’exploitation dont les améliorations foncières. Reste à savoir si ces outils peuvent contrecarrer les tensions qui vont exister et qui ne concernent pas que les agriculteurs exploitants.

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