Lait : le foncier facteur limitant

Pascale Van Belleghem, ingénieur études, Cerfrance Finistère

Produire plus de lait avec une surface limitée ne permet pas forcément de gagner plus.

Bientôt, le facteur limitant en production laitière ne sera plus le quota, mais la surface disponible pour produire les volumes proposés par les laiteries. C’est déjà le cas dans certains secteurs en Bretagne. L’étude des exploitations spécialisées en lait (étude de groupe Cerfrance Finistère) nous donne des indications sur la faisabilité et la rentabilité d’une forte production par hectare de surface fourragère.
Aujourd’hui, 14 % des exploitations (clôtures comptables 2012) disposent d’un quota compris entre 9000 et 10000 litres par hectare de SFP, et 10 % de plus de 10000 litres. Du fait de l’agrandissement des structures ces dernières années, ces chiffres progressent rapidement. En 2008, seulement 6 % des exploitations produisaient plus de 10000 litres par hectare de surface fourragère.

Une bonne rentabilité

Les exploitations à fort quota par hectare de surface fourragère dégagent une valeur ajoutée par hectare supérieure aux autres (voir graphique). Le résultat courant par hectare est en retrait en raison du poids plus important des charges salariales, des amortissements et frais financiers plus élevés. La croissance des élevages a rendu obligatoire la réalisation d’investissements, et/ou le recours à de la main d’œuvre extérieure. Les différents indicateurs de rentabilité, que ce soit le taux de résultat d’exploitation sur produit, ou la rentabilité du capital, atteignent un pic chez les élevages entre 8000 et 10000 litres par hectare de SFP. Au-delà de 10000 litres, la rentabilité décline en l’absence d’économie d’échelle au niveau des charges de structures. Pourtant, techniquement, les résultats technico-économiques des exploitations à fort quota par hectare sont satisfaisants.

Une réelle efficacité technico-économique

A 88 €/1000 litres, le coût alimentaire des plus de 10000 litres par hectare est un peu plus élevé que la moyenne (84 €). L’écart est faible lorsqu’on sait que le coût alimentaire du quart des élevages les plus consommateurs atteint 107 € par 1000 litres. Le coût de concentrés, plus élevé, est en partie compensé par un moindre coût fourrager. L’efficacité technique et économique, mesurée par la marge brute par 1000 litres, est bonne. Simplement le produit viande ramené aux 1000 litres est inférieur, car la production nécessite moins de vaches en raison du plus fort litrage par vache. Afin de sécuriser l’alimentation sur une surface réduite, la part de maïs est importante, mais n’exclut pas la valorisation de l’herbe. Avec plus de 10000 litres par hectare, le maïs représente 44 % de la surface fourragère. Il reste 26 ares de prairies pâturables ou non par vache.

Un système difficile à optimiser

Aujourd’hui, ce modèle de production s’applique aux exploitations qui manquent de surface. En moyenne, les spécialisés lait disposent de 71 hectares de SAU, dont 14 ha de cultures de vente, tandis que celles à plus de 9000 litres par hectare de SFP n’ont que 61 ha de SAU pour une surface en cultures de vente équivalente à la moyenne. Cela leur permet de produire de la paille et éventuellement du grain pour l’alimentation des vaches ou génisses. Un fort litrage de lait par hectare de surface fourragère provient rarement d’une volonté de diminuer la surface fourragère au profit de céréales ou légumes, mais plutôt d’une SAU réduite. Ce système a ses limites : peu d’autonomie en protéines et une dépendance plus forte au prix des intrants. Il impose une bonne maîtrise technique, en particulier de l’alimentation, sous peine de voir les coûts s’envoler. Il offre également de moindres possibilités d’optimisation. Même avec un soja à 400 € par tonne, une bonne valorisation des prairies devrait techniquement permettre de descendre à un coût alimentaire de 60 € par 1000 litres. Les exploitations de l’échantillon qui atteignent de tels coûts alimentaires parviennent, avec 7440 litres par hectare de SFP et 27% de maïs ensilage dans la SFP, à dégager autant de valeur ajoutée par hectare de SAU que le groupe à plus de 10000 litres par hectare (avec pourtant moins de cultures de vente). Si le facteur limitant est la surface, accroître la production laitière peut permettre de dégager du revenu, à condition de suivre de très près l’alimentation du troupeau, et bien sûr de disposer de suffisamment de main d’œuvre. Il faut être également en mesure de respecter les contraintes environnementales.

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Commentaires 5

je regarde

chez moi , le vétérinaire et l'équarrisseur vont toujours chez les grands .J'ai , depuis 7 ans , 200 à 300 € de frais véto par ans . Je cotise au GDS toujours pour les grands ... compétitifs .. De 1 vétérinaire , nous sommes passé à 12 : Le nombre d'éleveurs diminue , mais les antibiotiques et les vaccinations augmentent !! pourtant le troupeau du canton n'augmente pas , lui .. Beaucoup ont atteins leurs niveau d’incompétence , et il faut encore accélérer ... MIAM MIAM , le bon lait , la bonne viande !!Bonjours les problèmes d'antibio résistance . Encore un petit effort .

geo

Alors que la filière laitière dont les exploitations n'ont fait que s'agrandir semble aujourd'hui connaître de grosses difficultés, voici un article qui vient prôner l'agrandissement. J'ai bien peur qu'en continuant dans ces logiques, on ne fasse que décaler le problème. L'un des problèmes de la filière laitière ne serait-il pas, justement, l'agrandissement? En effet, l'agrandissement conduit systématiquement à l'investissement, aux mises aux normes et au recours à la main d’œuvre salariée. Donc oui, le chiffre d'affaire augmente alors que la marge nette n'augmente pas forcément.Sans oublier que le foncier nécessaire à l'agrandissement a un coût.

timmy053

en intensifiant,on fait du blé et on gagne plus

bisounours

vive l'agrandissement !! vos laitiers , n'ont pas de facteurs limitant en main d’œuvre ?.. ils vieillissent bien ? Vive le CER et l'agriculture anthropophage !

phil

la surface est une chose mais il y a le potentiel des terres aussi

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