Apprentissage : une voie royale vers les métiers de l’agriculture

Patricia Olivieri

Avec un taux d’échec quasi anecdotique, l’apprentissage rompt avec une image peu flatteuse et s’avère un cursus idéal pour se préparer à l’installation ou au salariat agricole.

 

Longtemps rabaissé à une voie de second rang - voire de garage - pour des élèves en échec scolaire, l’apprentissage affiche aujourd’hui en agriculture un taux de réussite insolant : 88 % de taux d’insertion. Un ratio dont peu de filières de formation peuvent se prévaloir et qui devrait faire regretter au candidat du Front de gauche à la présidentielle ses récents propos critiques à l’égard du recours à l’apprentissage comme moyen de lutte contre le chômage. “C’est une très mauvaise idée, même les patrons n’en veulent pas parce qu’ils savent très bien qu’une entreprise n’est pas une école”, a ainsi déclaré récemment Jean-Luc Mélenchon. Comme quoi, les clichés ont la vie dure...

Apprentissage : une voie royale vers les métiers de l’agriculture

Opérationnels et autonomes

 Une vision éculée pour André Vaurs, formateur au CFPPA d’Aurillac : “De plus en plus, les employeurs, quel que soit le secteur d’activité, veulent des salariés opérationnels. Or, en sortant de l’école, on ne sait pas faire grand-chose. Via l’apprentissage au contraire, les jeunes se frottent à l’aspect pratique, ils marient les notions classiques théoriques avec les notions de terrain.” Opérationnels mais aussi autonomes même au sortir de l’adolescence : “Notre ­challenge, c’est de leur faire acquérir de l’autonomie, de la maturité dès 17 ans. Ces jeunes souvent rebelles de la formation initiale acquièrent un statut de salarié, ont une fiche de paie, un salaire, ils sont directement confrontés au milieu du travail”, complète son collègue du CFA agricole et forestier (CFAAF) départemental, Bernard Laparra. “L’école, déjà au collège, j’en avais marre”, reconnaît Stéphane Desaymons (photo médaillon), 19 ans, fils d’éleveurs à Arches, qui, au sortir de la 3e, va bifurquer vers un Bepa (Brevet professionnel) au CFAAF avant d’enchaîner sur un brevet professionnel de responsable d’exploitation agricole (BPREA) qui devrait lui conférer d’ici cet été la capacité professionnelle requise pour les aides à l’installation en agriculture. “La voix de l’apprentissage pour moi c’est mieux, au lycée ça ne l’aurait pas fait”, explique Stéphane, qui projette de poursuivre ses études via une formation d’inséminateur avant de s’installer. Si son premier contrat d’apprenti a été écourté faute d’entente avec son employeur, il s’épanouit aujourd’hui pleinement chez Dominique Pelmoine, à Salins : “Je m’occupe de la traite seul, je donne à manger aux vaches, je racle l’étable... Je dispose d’une grande autonomie, ce qui est appréciable. Ça prouve que le patron a confiance en toi.” Et l’apprenti ne tarit pas ­d’éloges sur le cursus en formation adulte : “Ils te considèrent comme des adultes, on se sent beaucoup plus respecté et c’est enrichissant d’échanger avec des gens de 35-40 ans.” “On peut aussi passer un Bac par ­l’apprentissage”, souligne Patrick Rocton, directeur du CFAAF, qui ­rappelle que le BPREA est un diplôme équivalent à un bac professionnel, qui permet une poursuite d’études en BTS “pour des gens bosseurs et sérieux”. Les apprentis en BPREA ont également la possibilité de suivre des UC (unités de capitalisation) techniques en production laitière avec une option transformation fromagère de même qu’une option identique en viande, et une UC agro-équipement. “Sur le marché du travail cela en fait des gens encore plus polyvalents”, relève P. Rocton sachant qu’à l’issue du BPREA, les apprentis se voient délivrer une attestation valant Caces 1 et 9 (Certificat d’aptitude à la conduite en sécurité).

Taux de rupture : 5 %

 “Il faut bien sûr de la patience mais ça oblige aussi à se remettre en cause, à planifier, s’organiser davantage” : maître d’apprentissage depuis plus de dix ans, Jean Bouniol n’a jamais perçu la transmission de son savoir comme une contrainte, bien au contraire. “Au fond de moi, je suis très attaché à ce métier, j’aime apprendre à des jeunes, leur inculquer des notions mais aussi l’esprit collectif qui est le mien. C’est dans mes gènes !” se livre l’éleveur de salers de Runhac . Il faut dire que Jean ­Bouniol a été à la bonne école en la matière : “Jeune, j’avais été stagiaire chez Jean Favain. Là bas, il y avait un esprit collectif extraordinaire que j’ai eu envie d’insuffler dans ce coin du département.” Lui n’a jamais eu de difficultés avec ses apprentis auxquels il consacre du temps malgré ses diverses implications professionnelles, reconnaissant cependant que, comme dans toute relation employeur-salarié, “il faut que ça ­corresponde”. Une adéquation qui semble effective puisque le taux de rupture des contrats d’apprentissage n’est que de 5 % en agriculture.

Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.

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