A la coopérative de Bollène : Trois cultures en deux ans, c'est tentant

Nicole Ouvrard

Les prix élevés des matières premières ouvrent de nouvelles perspectives. Il devient rentable de cultiver une culture supplémentaire en été dans les zones suffisamment précoces. C'est le cas dans le Vaucluse et la Drôme.

« Le tournesol est à un prix attractif et nous avons le matériel pour l'implanter. Cela fait
plusieurs années que j'ai envie de mettre en place une culture en dérobée entre la mi-juin,
date des récoltes dans notre région, et la mi-octobre, date de semis du blé suivant. »
Gérard Millon, agriculteur à Bollène, dans le Vaucluse, s'est lancé cet été dans l'aventure de
la culture de tournesol de cent jours. L'initiative vient de la société Pioneer Semences qui
met sur le marché une variété de tournesol très particulière capable d'arriver à maturité en
ce temps record. Elle accompagne ce lancement d'un concept original appelé Alterna. «
L'objectif est de maximiser l'outil de production en faisant en sorte de cultiver trois cultures
sur deux ans, explique Samuel Douville, agronome de Pioneer couvrant la zone Centre-Est.
Notre démarche va au-delà de la simple culture en dérobée car nous prenons garde
d'adapter la conduite agronomique des trois cultures pour qu'aucune ne soit pénalisée. »






Les semis ont été retardés

Les cultures Alterna ne peuvent être envisagées que dans les zones géographiques où les
récoltes sont suffisamment précoces. « Toute la moitié sud de la France peut être
concernée, précise Samuel Douville, à condition que les parcelles soient équipées en
irrigation. » C'est le cas du secteur couvert par la coopérative de Bollène, dans le nord du
Vaucluse et le sud de la Drôme. « L'équipe de Pioneer est venue nous présenter le projet
début mai et cela nous a tout de suite intéressé, souligne Denis Maucci, directeur de la
coop de Bollène. Nous étions en recherche d'une telle démarche et ça nous intéresse de
remplir davantage nos silos ! » Banco, dès la mi-mai, une quinzaine d'agriculteurs sont
convaincus et se tiennent près à semer une culture dérobée dès le lendemain de la récolte.
« Il est essentiel de semer très vite afin de préserver l'humidité du sol. » Mais c'était sans
compter sur la météo. « Il n'a pas cessé de pleuvoir du 20 mai au 15 juin ; c'est du jamais
vu chez nous », remarque Gérard Millon. Les récoltes ont été retardées de deux semaines.
Certains agriculteurs, pourtant motivés, ont dû renoncer à implanter leur tournesol. « Nous
sommes très soucieux de ne pas empiéter sur la culture suivante, et nous jouons franc jeu
avec les agriculteurs, quitte à les dissuader s'il y a un risque », insiste l'agronome de la
société semencière.

Le 16 juillet 2008, Samuel Douville, Gérard Millon et Denis Maucci (de gauche à droite) observent le tournesol semé le 30 juin au lendemain de la récolte de pois. (N. Ouvrard)

Le 16 juillet 2008, Samuel Douville, Gérard Millon et Denis Maucci (de gauche à droite) observent le tournesol semé le 30 juin au lendemain de la récolte de pois. (N. Ouvrard)

 

Simplifier les techniques

Mais la pluie a eu aussi du bon : le sol étant humide, les levées de tournesol ont été
excellentes et n'ont pas nécessité d'irrigation, ce qui devrait être le cas en temps normal. «
J'ai semé 15 hectares de tournesol sur deux parcelles, l'une le 25 juin sur un précédent
colza, l'autre le 30 juin sur un précédent pois de semences », poursuit Gérard Millon. Sur
les conseils de Samuel Douville, il a labouré la parcelle de colza qui aurait été trop difficile à
désherber. « Derrière pois, j'ai simplement déchaumé et passer la herse rotative avant le
semis, explique l'agriculteur. Je n'ai pas appliqué de désherbage chimique, seulement un
binage mi-juillet. Puis, un tour d'irrigation suffira avant la floraison. »
« La levée est parfaite, la date de semis a été idéale, le potentiel est maximal », se réjouit
Samuel Douville sous l'oeil satisfait de Denis Maucci, heureux d'avoir lancé certains de ses
adhérents dans cette nouvelle aventure.
« Le tournesol en dérobée est un bon moyen de couper la rotation et cela ne m'empêchera
en rien d'implanter mon blé dur en octobre, poursuit l'agriculteur, serein. Je pense que le
tournesol est bien adapté à ce type de conduite. J'avais essayé avec du sorgho mais il est
trop gourmand en eau. »




Sorgho en zone irrigable

Serge Hugouvieux, autre agriculteur sur la commune de Bollène, n'est pas de cet avis. «
J'ai
fait le choix du sorgho car je cultive du tournesol de semences, ce qui m'oblige à respecter
un
délai de trois ans sur la rotation du tournesol », argumente-t-il.
Il a semé son sorgho le 3 juillet, le lendemain de la récolte de son blé dur, bien en retard,
avec
une technique simplifiée. « Deux passages de covercrop ont suffit et j'ai choisi une des
variétés les plus précoces du marché, en l'occurrence Québec. »



Gérard Millon va limiter le désherbage de son tournesol en dérobée à un binage. (N. Ouvrard)

Gérard Millon va limiter le désherbage de son tournesol en dérobée à un binage. (N. Ouvrard)

 

Économie et écologie

Un désherbage et un à deux tours d'eau devraient être les seules interventions. « Ma
motivation est à la fois économique avec les prix élevés, et écologique car j'ai une
couverture du sol en été et au début de l'automne. »
Serge Hugouvieux estime qu'au-delà de 30 quintaux par hectare, son sorgho en dérobée
sera rentable. « J'espère bien en récolter 50 ! » Mais il met en garde : cette technique n'est
pas généralisable à toute l'exploitation. Elle ne s'appliquera que sur les parcelles irrigables et
avec un précédent céréales à paille (blé dur ou orge).
Tournesol, sorgho… quelle autre culture pourrait entrer dans cette démarche ? Le maïs
bien sûr, mais il ne faut pas tabler sur 100 quintaux par hectare…


Serge Hugouvieux, agriculteur à Bollène. « Ma motivation est à la fois économique avec les prix élevés, et écologique car j'ai une couverture du sol en été et au début de l'automne. » (N. Ouvrard)

Serge Hugouvieux, agriculteur à Bollène. « Ma motivation est à la fois économique avec les prix élevés, et écologique car j'ai une couverture du sol en été et au début de l'automne. » (N. Ouvrard)

 

Source Réussir Céréales Grandes Cultures Septembre 2008

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