Agriculture biologique : Le marché des céréales bio fait le grand écart

Gabriel Omnès

D'exportatrice nette de céréales biologiques en 2006-2007, la France est devenue importatrice l'an passé. La pénurie qui a frappé le marché du blé a mis en lumière un équilibre fragile.

Sur le marché des céréales biologiques, les années se suivent et ne se ressemblent pas, si
ce n'est dans la violence des coups de balancier. Alors que la campagne 2006-2007 avait
été marquée par la nécessité d'exporter du blé et du maïs pour ne pas voir les prix
s'effondrer, les flux se sont totalement inversés au cours de la campagne 2007-2008. «
D'exportatrice nette en blé tendre biologique, la France est devenue importatrice nette »,
constate l'Office national interprofessionnel des grandes cultures (OniGC) dans son bilan
de campagne. Pour l'exercice qui s'est achevé en juin dernier, les entrées de la céréale sur
le territoire représentaient près de 30 000 tonnes de plus que les sorties, selon les chiffres
de l'office.

La demande en blé bio des meuniers ne cesse d'augmenter, face à une offre à la traîne. (B. Compagnon)

La demande en blé bio des meuniers ne cesse d'augmenter, face à une offre à la traîne. (B. Compagnon)

Plus de 500 euros la tonne

À l'origine de cette grande culbute : une récolte de blé 2007 amputée de 30 % par les
conditions climatiques défavorables. « Avec la demande croissante en produits bio, nous
aurions été en flux tendu si la récolte avait été normale, mais il manquait finalement 25 000
tonnes, explique Pascal Gury, président du groupe bio de Coop de France. Ce sont des
volumes négligeables en conventionnel, mais c'est catastrophique en bio. »
En 2007, la collecte de blé tendre biologique s'est péniblement hissée à 50 000 tonnes,
contre plus de 70 000 tonnes les années précédentes. Le coup est dur pour les meuniers
dont les besoins sont à la hausse. La pénurie s'installe. Les prix s'envolent. « L'Italie, la
France et l'Allemagne se sont retrouvés sans marchandise, tout comme le Royaume-Uni,
l'éternel acheteur, relate le responsable de la minoterie Dupuy-Couturier, dans la Loire. Les
premiers achats se sont faits à 300 euros la tonne, les derniers à plus de 500 euros. »





Effet domino

Par un effet domino, la panique sur le marché de la céréale à paille s'est propagée au maïs.
Les meuniers ayant siphonné les réserves en blé, les fabricants d'aliment du bétail ont dû
accroître le taux d'utilisation de maïs pour faire tourner leurs unités de production. Plus de
32 000 tonnes de maïs ont ainsi été englouties dans les usines des fabricants d'aliment du
bétail en 2007-2008, contre 24 000 tonnes l'année précédente. La collecte 2007 de maïs,
avec un honorable 30 700 tonnes, n'a pas permis de couvrir les besoins du marché qui,
comme en blé, s'est tourné vers l'étranger pour trouver de la marchandise.
D'après les données compilées par l'OniGC, la différence entre importations et exportations
s'élève à plus de 13 000 tonnes en faveur des premières pour 2007-2008. Cette situation a
profité aux producteurs, dont le prix de vente moyen sur la campagne a avoisiné 365 euros
la tonne.




Origines floues

Mais d'où proviennent ces volumes de grains importés ? Pour le blé comme pour le maïs,
les opérateurs ne sont guère enclins à lever le voile. Certains évoquent la Roumanie, la
Pologne, voire l'Ukraine et l'Amérique du Sud.
« Ce qui est sûr, c'est que la plupart des opérateurs ayant eu recours aux importations ont
exigé des garanties, s'empresse de préciser Pascal Gury. Des audits ont été réalisés sur
place, afin de s'assurer qu'il s'agissait bien de modes de production biologique et de vérifier
les certifications. »
Pour la campagne qui débute, le recours aux importations devrait être beaucoup moins
marqué. Les premières estimations laissent entrevoir une récolte en blé légèrement sous la
normale. « La différence majeure par rapport à la campagne précédente sera probablement
que le prix du blé bio va se déconnecter à nouveau du prix du blé conventionnel car les
bilans restent tendus », pronostique Pierre De Contes, de la coopérative Biocer, dans
l'Eure.



 

Un marché peu fluide

Beaucoup d'acteurs ne s'attendent donc pas à voir les cours tirés vers le fond par les
cultures conventionnelles. Une incertitude plane toutefois au-dessus du maïs. Avec pour
principale inconnue le niveau de couverture des transformateurs échaudés par les
turbulences passées.
Pour Paul Baradat, président d'Agribio Union, une union de coopératives d'agriculture
biologique basée en Haute-Garonne, « si le taux de couverture est trop élevé trop tôt et que
nous avons une récolte abondante, il y aura des problèmes d'écoulement sur un marché
peu fluide et très ponctuel. Mais tant que les parts de marché du bio ne seront pas plus
importantes, il sera difficile d'avoir un fonctionnement normal ».


Source Réussir Céréales Grandes Cultures Novembre 2008

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