Bioagresseur dans le Sud-Est : De la ville aux champs, tous contre l'ambroisie

Christian Gloria

Plante allergène et nuisible aux cultures, l'ambroisie a su liguer agriculteurs et concitoyens contre elle dans des actions collectives de lutte en région Rhône-Alpes.

Des tournesols souffreteux produisant péniblement

10 quintaux à l'hectare et près de 10 % de gens souffrant d'allergie dans certaines communes : à l'origine de ces deux maux, l'ambroisie à feuille d'armoise. Très présente en région Rhône-Alpes, la plante a généré des actions collectives de lutte réunissant organisations agricoles et collectivités.
La communauté d'agglomération du pays Viennois (CAPV) fait figure d'exemple avec ses dix-huit communes et ses 67 000 habitants. « Nous sommes à la quinzième campagne de lutte. Nous intervenons dans la lutte contre l'ambroisie car, au sein des communes, nous avons compétence à gérer la voirie, les zones d'activité, les terrains communaux… autant d'endroits où l'ambroisie est susceptible de se développer », précise Laurence Jurkiewiez, responsable du service environnement de la CAPV. Mais les campagnes d'arrachage ou de fauchage sur les zones d'activité et les bords de route ne sauraient à elles seules anéantir la peste végétale. Depuis 2003, la collectivité a également développé des partenariats avec la chambre d'agriculture de l'Isère, le Cetiom et Arvalis pour endiguer sa progression dans les champs.

Des actions locales

« Il y a eu toute une part d'expérimentations et de démonstrations de techniques de lutte présentées aux agriculteurs ainsi que des campagnes d'information dans la presse pour sensibiliser la profession, explique Laetitia Masson, conseillère agronome et environnement à la chambre d'agriculture de l'Isère. Les infestations sont visibles sur chaumes en interculture, entre autres. L'agriculteur dispose alors de moyens de lutte efficaces avec les déchaumages, voire les traitements herbicides. Malgré tout, des champs infestés sont laissés en l'état. C'est inexcusable. Avec les collectivités nous avons donc décidé d'agir localement sur ces parcelles en été. »

L'ambroisie est partout, sur les bords des routes, dans les champs, dans les zones d'activité ou de construction. (Ch. Agriculture de l'Isère)

L'ambroisie est partout, sur les bords des routes, dans les champs, dans les zones d'activité ou de construction. (Ch. Agriculture de l'Isère)

 

Un agriculteur référent

« Depuis 2008, la majorité des communes de la CAPV ont choisi un référent agriculteur et un élu pour inventorier les parcelles infestées et intervenir auprès des exploitants, expliquent Stéphanie Pocachard du service environnement de la CAPV, et Robert Chaudier, maire de Villette-de-Vienne. Des agriculteurs siègent dans la plupart des conseils municipaux, ce qui leur donne le pouvoir de police sur la base d'un arrêté obligeant à détruire les ambroisies avant floraison », remarque ce dernier.
Gilles Lentillon est agriculteur double actif, conseiller municipal dans la commune d'Estreblin, à quelques kilomètres de Vienne et allergique au pollen de l'ambroisie. Autant de bonnes raisons pour s'engager dans la lutte. « Fin juillet après les récoltes des céréales et des colzas, je repère les parcelles infestées. Je repasse quinze jours plus tard pour voir si ces parcelles ont été déchaumées ou traitées. Les agriculteurs de notre commune sont bien sensibilisés à la problématique. » Chaque année avant les moissons, des plaquettes informatives leur sont distribuées. Mais on n'est jamais à l'abri d'un échec ou d'un oubli dans la destruction de l'adventice. « Dans ce cas, je préviens l'agriculteur et, au besoin, le maire et la chambre d'agriculture pour convaincre le producteur d'intervenir. »
Avec un budget de 55 000 euros, le plan de lutte de la CAPV porte ses fruits. Mais dans la région, l'investissement des communes est très inégal selon les secteurs. Avec un pollen volant sur des kilomètres, la coordination de la lutte au-delà de l'échelle communale est indispensable.

Source Réussir Grandes Cultures Avril 2010

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