Biocarburants : La filière rectifie le tir

Nicole Ouvrard

Face aux aléas économiques et aux critiques environnementales, les filières biocarburants sont sous pression. Elles sont en passe de réorganiser les modalités d'approvisionnement des outils industriels, notamment pour l'éthanol. Du côté du biodiesel, on cherche à réduire le coût énergétique de la tonne de Diester, y compris en agissant au champ.

Le lancement de la filière biocarburants de première génération n'est pas un long fleuve tranquille, surtout pour la toute jeune filière bioéthanol qui a pris son envol il y a à peine trois ans. Flambée des prix des céréales en 2007 alors que le prix de l'éthanol est faible, puis envolée du prix du pétrole, et en 2008 effondrement du cours de ce dernier entraînant celui de l'éthanol. Depuis mars 2009, le cours du bioéthanol brésilien, qui sert de prix directeur dans l'Union européenne, repart à la hausse. Mais l'éthanol européen, qui se situe aujourd'hui à peu près au même niveau qu'en juin 2007, a du mal à suivre la tendance haussière car la demande au sein de l'UE est bien inférieure aux capacités de production européennes. La demande en biodiesel est elle aussi freinée, plombée par la crise économique et le ralentissement de la consommation de carburant des Français.
Au niveau agricole, la filière bioéthanol est bien obligée de faire le constat qu'elle s'est trompée de modèle économique et qu'elle doit corriger le tir. La filière a été construite à une époque, pourtant très proche, où les cours européens des matières premières variaient peu. Ce n'est plus le cas. Elle est davantage à la merci des fluctuations du cours du pétrole que de celui des céréales. Le prix d'achat du blé éthanol, différent dans chaque usine, dépend en effet totalement de la rentabilité des outils industriels, donc du marché de l'éthanol.

En France, 600 000 ha de colza et de tournesol sont engagés pour la production de biodiesel. Le bioéthanol mobilise 180 000 ha de blé et maïs ainsi que 45 000 de betteraves. (S. Leitenberger)

En France, 600 000 ha de colza et de tournesol sont engagés pour la production de biodiesel. Le bioéthanol mobilise 180 000 ha de blé et maïs ainsi que 45 000 de betteraves. (S. Leitenberger)

Des accords sur tous les fronts

Le choix en 2006 d'avoir limité à un faible nombre de coopératives la prise de parts sociales dans les outils industriels — qui ont demandé un investissement d'un milliard d'euros — et l'approvisionnement en céréales des usines se révèle aujourd'hui un handicap. Une réflexion est maintenant engagée pour mettre en place un accord interprofessionnel permettant d'étendre la livraison de blé éthanol à tous. Il s'agit aussi d'harmoniser les conditions de marché entre les unités industrielles d'éthanol. Mais l'affaire s'annonce particulièrement complexe.
La filière biodiesel, qui a aussi investi un milliard d'euros, a quant à elle été perturbée par la fin du gel des terres et de l'aide aux cultures énergétiques, qui servaient de support à la contractualisation. Il est prévu de mettre en place un accord cadre interprofessionnel qui conduirait à une contractualisation avec les agriculteurs sur trois ans. Un vaste chantier est par ailleurs mené pour améliorer les bilans énergétiques du Diester, afin de répondre aux nouvelles exigences environnementales. Pour le Cetiom, cela passera par un changement dans le conseil apporté aux agriculteurs de la part des coopératives.

Pour en savoir plus : voir dossier de Réussir Grandes Cultures d'octobre 2009. (RGC n°229, p. 24 à 31)

Pour en savoir plus : voir dossier de Réussir Grandes Cultures d'octobre 2009. (RGC n°229, p. 24 à 31)

 

Source Réussir Grandes Cultures Octobre 2009

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