Biocontrôle : le soufre est-il une solution contre la septoriose ?

Lise Monteillet

Le soufre est inscrit sur la liste de biocontrôle.

Déjà connu pour ses effets contre l’oïdium, le soufre est aussi intéressant pour lutter contre la septoriose du blé. Des essais menés par Arvalis tendent à le démontrer.

Biocontrôle : des solutions encore limitées

En grandes cultures, la liste des produits de biocontrôle est encore limitée. Seule une poignée d’entre eux sont utilisés sur des surfaces représentatives : les trichogrammes contre la pyrale, le phosphate ferrique contre les limaces, la laminarine contre les maladies des céréales à paille ou les spécialités à base de soufre. Pourtant les attentes sociétales sont fortes, compte tenu du développement des mécanismes de résistance et des controverses autour des produits phytosanitaires.

Les produits à base de soufre, déjà homologués contre l’oïdium, présentent un intérêt grandissant pour les fabricants et les chercheurs. Selon des essais menés par Arvalis, les spécialités à base de soufre sont également efficaces contre la septoriose du blé.

Seul ou en association

Arvalis a comparé l’efficacité des produits de biocontrôle à base de soufre avec un programme de traitement classique en blé tendre. Les résultats techniques sont presque équivalents lorsque deux produits de biocontrôle sont combinés : soufre et phosphonates. Il faut cependant préciser que dans ces essais, les produits de biocontrôle ont fait l’objet de quatre passages, contre deux passages en lutte chimique. Seuls les aspects agronomiques ont été étudiés, sans tenir compte de l’impact économique.

Le soufre fait aussi ses preuves quand il est associé à un produit phytosanitaire, dont la dose est alors réduite, par rapport à un programme classique. Arvalis confirme ainsi l’intérêt du soufre en association au premier traitement, c’est-à-dire au stade 2 nœuds.

Le soufre n’est pas encore homologué concernant la septoriose. Mais plusieurs demandes d’extensions d’autorisations de mise sur le marché (AMM) ont été déposées dans ce sens.  

Le soufre, un produit naturel ?

Comme le rappelle Claude Maumené, ingénieur chez Arvalis, « le soufre est utilisé depuis l’antiquité comme agent fumigant pour chasser les mauvais esprits et pour désinfecter ». C’est en 1802 qu’un certain William Forsyth a découvert les effets fongicides du soufre élémentaire.

Le soufre est considéré comme un produit naturel car il peut être être extrait depuis des mines de volcans. Néanmoins, les conditions de travail y sont très difficiles. Aujourd’hui, le soufre est essentiellement produit de façon industrielle, durant la purification de gaz naturel.

Un élément nutritif

Hormis son usage fongicide, le soufre est avant tout un élément nutritif pour la plante. Il est apporté de différentes manières, par exemple via les fertilisants minéraux ou les déjections animales. Plus surprenant, le soufre provient aussi des retombées atmosphériques. Dans le passé, les secteurs de l’industrie et de l’énergie émettaient une part importante de dioxyde de soufre dans l’air, un composé chimique obtenu en brûlant du soufre. Ces émissions ont été à l’origine de pluies acides. Depuis les années 2000, elles ont été fortement réduites, ce qui a permis de réduire la pollution de l’air. Revers de la médaille : certaines cultures présenteraient aujourd’hui des signes de « carence en soufre » et seraient donc « moins résistantes aux maladies », explique Claude Maumené. 

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