Blé : le prix plancher est-il atteint ?

Crédit Agricole SA

Blé : le prix plancher est-il atteint ?

Le prix du blé affiche une forte baisse depuis l’an dernier, sous la pression de récoltes abondantes en 2013. Un mouvement contenu par la demande et le souci de reconstituer les stocks, à la fois chez les consommateurs et les producteurs récemment éprouvés comme la Russie et l’Ukraine. Sur le plan de la consommation, la hausse attendue reste à confirmer, vu la concurrence du maïs. La France se positionne bien à l’export. Mais la marge des producteurs s’effondre.

L’Inde mène une politique singulière concernant le blé

Elle souhaite le vendre cher à l’international, très bon marché à ses consommateurs pauvres. Des stocks abondants lui permettent de viser 2 Mt d’exportations en 2013/14. Concernant le marché intérieur, une loi votée en septembre prévoit la vente de grains largement subventionnés à deux tiers de la population.Troisième producteur mondial de blé (après l’UE et la Chine), l’Inde est souvent excédentaire depuis 2007 et ses stocks gonflent. Le pays exporte (sur l’Asie, l’Afrique), mais propose 300 USD/t, très au-dessus des cours mondiaux (260 USD/t en septembre aux Etats-Unis).La loi nationale sur la sécurité alimentaire, récemment signée, prévoit d’écouler sur le marché domestique du blé à 30 USD/t. Un tel programme, combiné à des systèmes préexistants, se chiffre à une vingtaine de milliards de dollars, pour environ 60 Mt. Les critiques fusent (caractère électoraliste, manque de lutte contre le gaspillage, questionnement de l’OMC…).(d’après la publication « Perspectives Emergents » des Etudes Economiques de Crédit Agricole SA du 25/10/13).

Un niveau quasi record est attendu pour la récolte mondiale,notamment en Europe et dans les pays de la Mer Noire, affectés par la sécheresse l’an dernier. Cela détend les bilans et l’hémisphère sud ne devrait pas changer la donne. Restent pourtant des interrogations. L’Argentine montre un léger repli. En Australie, chaleur (avec un record en septembre et des incendies massifs) et sécheresse menacent la bonne production attendue. Autre facteur de tension, les semis d’hiver en Russie et Ukraine sont retardés par la pluie, ce qui pourrait compromettre la récolte suivante.

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Une forte demande se manifeste et chacun surveille ses stocks. Beaucoup de pays, qui avaient freiné leurs importations face aux prix élevés, reviennent aux achats, en partie pour reconstituer leurs réserves. La Chine est sur le devant de la scène. De plus en plus importatrice, elle devrait encore accélérer. L’USDA la voit même grimper au premier rang mondial devant l’Egypte, avec 9,5 Mt d’achats de blé (contre 3à 7 Mt d’après les officiels chinois). Bien qu’augmentant sa production (la deuxième du globe après l'UE), l’Empire du Milieu n’arrive pas à couvrir sa demande intérieure ; or il tientà maintenir un stock estimé à 1/3 des réserves mondiales.

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Les exportateurs répondent présents, notamment dans le bassin de la Mer Noire. Mais l’heure n’est plus à l’emballement. Les stocks russes et ukrainiens ont souffert et doivent être reconstitués. Rappelons qu’en 2012, ces pays ont continué à vendre, malgré une mauvaise récolte. Cela pour éviter le scénario de 2010, où ils avaient réagi par des embargos à l’export qui avaient enflammé les marchés. La baisse des prix est ainsi contenue pour l’instant. Ils affichent un recul modéré depuis fin 2012, retrouvant le niveau constaté un an plus tôt. Mais après un décrochage au moment de la nouvelle récolte, une reprise apparaît en septembre, confirmée en octobre. Les tensions liées à la demande sont bien là.

JUSQU’OÙ MONTERA LA CONSOMMATION ?

Une reprise de la consommation s’est vite dessinée, aprèsle fléchissement de 2012/13 lié au manque de ressourceset à la flambée des prix. Les prévisions vont de +2,1 %,d’après le Conseil International des Céréales (CIC), à +3,8 %, selon l’USDA. L’alimentation animale en constitue le principal moteur, étant bien plus élastique que l’alimentation humaine (environ 70 % des débouchés), à croissance progressive. Mais son utilisation du blé pourrait être limitée, vu l’excédent annoncé en maïs, dont le différentiel de prix s’est amélioré en septembre. Si la consommation mondiale n’est pas au rendez-vous, un réel excédent pourrait intervenir. Le stock mondial grossirait davantage que prévu. D’où un possible retour à la baisse des prix. Reste que l’élément clé demeure le stock des grands pays exportateurs. Leur niveau devrait rester bas, à 7 % de la consommation mondiale. Côté marché financier, c’est l’expectative. Les opérateurs sont clairement orientés à la vente, mais sans accroître leurs positions depuis le début de l’année. Fin octobre, les marchés à terme donnent le blé plutôt à la hausse (Chicago) ou stable (Euronext).

LA FRANCE A BIEN MOISSONNÉ

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La récolte française confirme un bon niveau, avec des surfacesélevées et des rendements corrects. Sa qualité est satisfaisante,en dépit d’un taux de protéines moyen. L’exportation vers les pays tiers reste le débouché principal, avec des prévisions approchant celles de 2010/11. Elle démarre en trombe, le prix au départ de la France étant compétitif, compte tenu des limitations des autres compétiteurs, en particulier ceux de la Mer Noire. Par contre la marge des producteurs accuse une forte baisse. Les producteurs ne pourront ainsi pas profiter pleinement des meilleurs rendements, en contraste avec les années précédentes.

Source Prisme : la note de conjoncture Agriculture et Agroalimentaire

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