Blé : risque de se rapprocher du prix de revient ?

Crédit Agricole SA

Blé : risque de se rapprocher du prix de revient ?

Depuis la fin de 2012, les prix fléchissent, accompagnés par les acteurs financiers, dans la perspective d'une récolte espérée très abondante, au regard des surfaces emblavées. En cas de baisse effective, les blés français se heurteront à la concurrence extérieure et à une demande moindre de ses clients traditionnels. Dans un tel contexte, la production française pourrait être mise en difficulté par la hausse des coûts de production.

Un retour possible à l’équilibre du bilan mondial

Après le déficit de 2012/2013, la nouvelle récolte mondiale est attendue à un meilleur niveau, grâce à des surfaces en hausse.

Les surfaces de l'hémisphère nord, soit l'essentiel de la production, sont maintenant connues, et l'hypothèse est faite d'un rendement d'un bon niveau. La récolte se présente mieux que l'an dernier, en particulier dans les pays de la mer Noire, qui ont souffert en 2012 d'une grave sécheresse. La production mondiale augmenterait entre 4 et 6% selon les sources.

Les conditions climatiques de fin de campagne restent déterminantes.

Il n'y a pas pour l'instant d'alerte majeure, mais des inquiétudes : état médiocre des blés d'hiver aux États-Unis, sécheresse au sud de la Russie, retards de culture et inondations en Europe centrale. L'USDA a, du reste, réduit en juin sa prévision pour la Russie et l'Ukraine. Le stock mondial de blé restera stable, à un niveau relativement confortable. Le stock des pays exportateurs, qui influence directement les prix sur le marché mondial (un tiers du stock mondial estimé se situe en Chine et n'intervient pas dans le commerce mondial), remonterait légèrement, tout en restant à un bas niveau.

La consommation mondiale restera relativement stable.

blé

Blé : prix en euros (Source : Banque mondiale, Agreste)

Évaluée à 1% par le CIC et entre 2 et 3% par l'USDA, l'augmentation de la consommation de blé pour l'alimentation animale devrait être limitée, si la récolte maïs est aussi abondante que prévu. La consommation humaine, peu élastique, augmente régulièrement d’environ 1 à 2% par an. Dans ce scénario, aucun nouvel embargo ou nouvelle taxe ne devrait intervenir et agir sur les prix, et l'Ukraine devrait relâcher son contrôle des exportations.

Poursuite de la baisse des prix ?

La baisse a commencé dès la fin de 2012, après le saut brutal survenu en juillet, une fois l'état des récoltes connu. Ce mouvement a depuis eu tendance à ralentir, mais le blé européen a plongé en juin (le rendu Rouen est proche de 190 €/tonne fin juin).

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Un rôle important des acteurs financiers
Les acteurs financiers sur le marché de Chicago donnent depuis plusieurs mois le blé à la baisse. D’une part, les fonds indiciels, structurellement acheteurs, ont réduit leur position. D’autre part les acteurs qui jouent sur les variations à court terme sont de plus en plus vendeurs. Un tel positionnement accompagne en général les baisses de cours. Cette position vendeuse a, cependant, cessé de se creuser depuis le début de l'année ; le prix du blé s'est, du reste, quelque peu stabilisé. Le marché à terme de Paris offre un prix pour la nouvelle récolte inférieur à celui du marché physique (205 €/t, contre 222 €/t au 31 mai : l'écart se réduit), et ensuite assez stable pour les échéances lointaines. Cette situation est forcément délicate pour les organismes collecteurs de céréales, au moment de fixer des prix d'acompte : si celui-ci est trop élevé, le collecteur peut perdre toute marge de manœuvre en cas de baisse.

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Blé : marché mondial & principaux pays producteurs (Source : CIC, USDA)

Blé : risque de se rapprocher du prix de revient ?

Une récolte élevée attendue

La récolte française oscille depuis plus de dix ans autour de 35 millions de tonnes (Mt), et devrait en 2013 se situer au-dessus de la moyenne. Les surfaces sont en légère hausse et les conditions de culture sont correctes jusqu'ici, en dépit du retard lié aux intempéries de l'hiver et du printemps.

Si le niveau des récoltes se confirme, trouver des débouchés risque d'être nettement plus difficile en 2013/2014, en raison d’un renforcement de la concurrence directe mais aussi du manque de débouchés.

Les récoltes en Russie, en Ukraine et au Kazakhstan sont, en effet, attendues à un niveau élevé, quoique inférieur aux années records. Dans cette situation, ces pays sont généralement imbattables en termes de prix, surtout en début de campagne compte tenu de leurs faibles capacités de stockage. D’où une pression concurrentielle qui s’annonce forte et risque de pénaliser les producteurs de blés français, lesquels sont de plus en plus dépendants des débouchés externes (jusqu'à un tiers de la production, en 2010/2011). Les principaux clients sont les pays du Maghreb et aussi l'Égypte, quand la concurrence de la mer Noire n'est pas là. Cette année, les récoltes devraient être bonnes en Algérie, et surtout au Maroc – attention toutefois à la menace de rouilles au Sud et à l’Est de la Méditerranée. L’Égypte, pour sa part, a des besoins en hausse, mais aussi des problèmes en perspective pour financer ses importations. La France a été sollicitée : cette année, l'aide financière pourrait faire partie des arguments de vente.

4.10

Par ailleurs, si la baisse du prix du maïs se confirme, le blé se placera moins bien en alimentation animale. Au total, l'inversion de conjoncture attendue et les difficultés externes seront, bien sûr, un ballon d'oxygène pour les industries transformatrices en France, en particulier la meunerie, dont la situation est aujourd’hui délicate.

Attention au prix de revient

4.5

La France est bien placée dans la concurrence internationale quand les prix sont élevés, mais ses coûts de production constituent un handicap quand les prix baissent. En France, le coût complet évoluait autour de 190 €/tonne pour le blé (ou 145 €/t net des aides) à la fin des années 2000. Mais avec un rendement plus faible comme en 2011, ce coût est monté à 202 €/t (159 €/t net des aides), et pourrait être de l'ordre de 200 €/t en 20132, avec un rendement moyen. Le prix du blé départ Eure et Loir était à 194 €/t en 2011/2012 et 247 €/t en 2012/2013. Il est proche de 190 €/t fin juin 2013.

 Les producteurs ont pu profiter d'une marge substantielle, mais celle-ci ne peut pas être considérée comme un acquis. La comparaison avec les pays concurrents n'est pas favorable : si certains grands exportateurs sont dans la même catégorie (selon le taux de change) comme les États-Unis, le Canada ou Australie, l'Argentine est en dessous, et surtout, les pays de la mer Noire ont des coûts de production moitié moindres – quand ils ont du grain. Ces pays souffrent aujourd’hui d’un handicap quant à la logistique, peu au point et coûteuse : celle-ci est cependant en voie d'amélioration.

Les blés français sont globalement de qualité, mais celle-ci gagnerait à être améliorée, surtout quant à la teneur en protéines. Les défauts des blés concurrents (punaises dans les blés ukrainiens, par exemple) tendent à disparaître. La filière blé française, plutôt stable en volume, est-elle vouée à servir de recours quand les accidents climatiques mondiaux se succèdent ? Cela offre quelques possibilités, car le rythme de ces accidents s’accélère (trois en cinq ans).

Source Prisme – La note de conjoncture Agriculture et Agroalimentaire du Crédit Agricole

Publié par Crédit Agricole SA

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