Céréales : les cours restent fermes mais pour combien de temps ?

Sophie Caron

Céréales : les cours restent fermes mais pour combien de temps ?
Anne-Claire Murier : Sauf incidents climatiques, on peut déjà anticiper une tendance baissière sur les prix dans les prochains mois. (Agritel)

A l'occasion du salon Les Culturales, Anne-Claire Murier, consultante chez Agritel, nous donne son sentiment sur les marchés céréaliers. Sauf incident climatique majeur, la récolte 2013 devrait être bonne au niveau mondial. La future campagne 2013/2014 devrait donc voir les bilans se détendre, sauf surprise de dernier instant.

  • Faut-il s’inquiéter du contexte céréalier français ?

Anne-Claire Murier : Ce n’est pas le marché français qui est le plus préoccupant car le retard végétatif sur orge et blé, assez important en début de printemps,  a tendance à se résorber. Même si la production française ne va pas être exceptionnelle, elle risque d’être meilleure que ce que les marchés avaient anticipé. Et surtout, elle va être contrebalancée par une production européenne qui globalement sera plutôt bonne.

Les gros problèmes climatiques sont en effet concentrés sur la France et le Royaume-Uni. En Pologne et Allemagne, le retard des cultures s’est bien résorbé et nous sommes aujourd’hui sur une tendance haussière de la production. Les pluies de l’Europe centrale, avec des inondations sur le Rhin et le Danube, restent préoccupantes, mais à part les problèmes de verse, on ne prévoit pas, pour l’instant, de pertes conséquentes. Plus à l’Est, la  Roumaine ou la  Bulgarie ont des conditions optimales de culture cette année, comme en Ukraine d’ailleurs. Les plaines céréalières sont très belles et de très fortes augmentations de la production sont prévues.

Au niveau européen, on devrait donc assister à  des niveaux de production similaires à l’an passé, malgré les pertes probables en France.

Sur maïs, les producteurs français ont du mal  à finaliser les semis, notamment dans le Sud-Ouest. Mais là encore, on s’inscrit globalement dans un contexte d’emblavement en hausse au niveau européen et la production devrait progresser.

  • Plus largement, comment se présente le contexte mondial ?

A-C. M. : Les principaux organismes internationaux s’accordent à dire que l’on s’oriente vers des productions céréalières record au niveau mondial. Après une campagne 2012 marquée par des stocks très réduits, les bilans devraient donc se détendre et les stocks se renflouer. Sauf incidents climatiques, on peut déjà anticiper une tendance baissière sur les prix dans les prochains mois.

Mais  nous ne sommes pas encore à l’abri d’aléas comme ce fut le cas l’an passé en Russie pour le blé ou aux Etats-Unis pour le maïs. Les stocks 2012 sont tellement tendus que le moindre souci peut nous replacer dans une situation critique.  D’ailleurs, les cours actuels restent fermes car les marchés conservent une prime de risque climatique. En résumé, les prix restent stables dans une certaine fourchette, en attendant de voir si incident climatique il y a, ou pas....

En ce début juin, on arrive toutefois à la fin des périodes d’incertitudes. Des problèmes peuvent encore survenir dans le sud de la Russie où c’est encore très sec et sur les maïs américains,  semés tardivement. Deux éléments qui alimentent la fermeté des prix. Si ces complications ne se concrétisent pas, il n’y a pas de raison pour que les prix des céréales restent soutenus. La prime de risque va se dégonfler et les marchés vont repartir à la baisse.

  • Quels sont vos préconisations en termes de ventes ?

A-C. M. : Tout dépend du niveau d’engagement de l’agriculteur. Aujourd’hui, c’est  risqué de n’avoir rien engagé alors que l’on est encore au-dessus des seuils de rentabilité pour les agriculteurs. Seuils qui sont d’ailleurs plus élevés que l’an passé du fait de la hausse du prix des intrants.

Il faut être prudent et ne pas se dire « Je vais attendre les 250 euros  pour vendre », car si le marché ne fait que baisser, ils peuvent se retrouver rapidement sous leur seuil de rentabilité.

Chez Agritel, nous avons conseillé de vendre 20% de la récolte 2013 dès cet automne.  A la fin de l’hiver, on a remis 20%, même si les agriculteurs étaient assez frileux pour engager davantage de physique compte tenu de l’état des cultures. L’achat d’options était du coup une solution intéressante.  Idéalement, il faudrait donc être couvert à 40% en nouvelle récolte. Pour ceux qui n’auraient rien engagé à cette heure, il est toujours recommandé d’engager ces volumes. Il est peut être plus facile aujourd’hui de les contractualiser physiquement et le recours aux options est donc moins nécessaire.

Retrouvez les cours des céréales et avis des experts d'Agritel sur le Service Expert Grandes Cultures

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Commentaires 4

flam

comment prévoir des récoltes recors avant même que le maïs soit mis en culture. Il peut se passer beaucoup de chose jus qu' à la récolte et c'est des spéculateurs (à la hausse comme à la baisse) qui décident du prix de notre travail. est ce bien normal ?

le tessou

Quand on nous payait le blé a même pas 1 Franc le Kilo est-ce que le prix de la baguette était très bas ? Chercher l'erreur!!!

SYLVANO

l'erreur est peut-etre d'avoir habitué les gens à une alimentation pas chère malgré une excellente qualité des produits français. Ces prix permettent enfin de rémunérer correctement les agriculteurs céréaliers, mais les consommateurs vont devoir mettre la main au portefeuille si nous voulons encore manger des bons fromages ou viandes française car les éleveurs sont au bord du goufre

mario

Mais nous consommateurs les prix ne baisseront pas mais une hausse des prix des céréales est aussitôt répercutée sur nos produits.Chercher l'erreur?

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