Céréales : les stocks confortables font fléchir les cours

Fabien BALZEAU

Céréales : les stocks confortables font fléchir les cours

Dans un contexte où la croissance des pays émergents est deux fois plus soutenue que celle des pays développés, où la demande en biocarburant est forte et celle en alimentation animale en croissance, finalement, le niveau des stocks pèse fortement sur les cours. Ainsi, le maïs entraîne les autres céréales dans sa dépression.

La consommation va battre ses records, que ce soit pour la consommation animale, industrielle ou humaine. Cette hausse est estimée annuellement 12 % pour la partie animale, à 100 % d’ici 2020 pour l’industrie à travers les biocarburants et à près de 2 % par an pour nourrir la population humaine. Malgré cela, les stocks mondiaux repartent à la hausse et reviennent à des niveaux de confort.

L’orientation cours ces derniers mois le confirme… mais qu’en est-il pour chaque culture ? Que peut-on en attendre ?

Blé tendre : rendement au rendez-vous mais qualité hétérogène

Le marché du blé tendre a longtemps résisté à cette dépression. Les cours ont plutôt tenu suite aux événements en Ukraine et en Russie. Cela même a permis au cours de connaître une petite embellie en fin d’hiver (+24 € entre le 1er janvier et le 15 avril sur l’échéance nov 2014). Jusqu’à la récolte, les stocks se sont tenus, portés par la demande (679 Mt) avec un rapport stock/consommation à 26 %.

L’été a, quant à lui, été destructeur pour les cours. Entre les bonnes récoltes 2014 (céréales Européennes, Mer Noire, Inde…) et une climatologie mondiale qui n’a pas créé de problèmes majeurs sur les maïs et les autres récoltes, les perspectives 2014/2015 ont fait chuter les cours (150 €t échéance nov. 2014). En blé, les stocks mondiaux s’annoncent confortables (188 Mt). L’accroissement est général (USA +2 Mt, Mer Noire + 6Mt, UE : +8 MT). La situation actuelle n’entraîne donc pas de perspective positive sur les cours.

L’UE connaît une année contrastée entre un excellent rendement et des qualités hétérogènes. La part de blé de qualité dans l’UE n’est que de 60 % (au lieu de 70 % l’année dernière). Va-t-on vers une pénurie de blé de qualité ? A priori non, la quantité sera suffisante. De plus, les exigences se réduiront certainement au fur et à mesure de la campagne. Les exportations s’annoncent sur des niveaux élevés (24.3 Mt) même si elles restent inférieures au record de l’année dernière (28.1Mt) et les stocks s’annoncent là encore confortés par ce bon niveau de production.

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Pour la France, à l’image de l’Europe, la quantité est présente mais la qualité est très hétérogène. Le grand ouest a connu des conditions météo favorables à la récolte pour conserver la qualité, contrairement au nord/ nord-est/centre.

Si, à l’échelle européenne, la qualité ne devrait pas manquer, la gestion des flux de céréales risque d’être compliquée, tout comme l’approvisionnement pour certaines meuneries.

Sans événement extérieur, les perspectives à court terme ne s’annoncent pas haussières, voire même l’inverse. Et l’arrivé du maïs sur le marché n’arrangera pas la situation. Les perspectives pourront s’améliorer d’ici la fin du printemps, quand la Mer Noire n’aura plus de blé à exporter et quand les besoins de certains pays se feront ressentir (Chine, Maghreb). Et qu’en sera-t-il du « Weather market » d’ici là ?

Céréales : les stocks confortables font fléchir les cours

Maïs : pas d’amélioration des cours en vue

La récolte de maïs 2014/2015 s’annonce proche des records de 2013-2014 (964Mt). Même si la consommation progresse, le stock mondial devrait exploser d’ici la fin de campagne. Après la hausse de 2013/2014 (+ 36Mt de stock), une nouvelle hausse (+20Mt) est  annoncée pour la fin de campagne 2014/15. Rien que sur les USA, ce stock a triplé en 3 ans (20Mt en 2013, 61Mt annoncé en 2015). Tout cela entraîne une forte pression baissière sur les prix.

À l’échelle européenne, la production est aussi attendue la hausse (+7Mt). L’impact sur les stocks restera cependant faible (+1Mt). En effet, par l’intervention des droits de douane, nous devrions en partie nous isoler du cours mondial et atteindre un plancher. Quoi qu’il en soit, cette lourdeur des stocks de maïs impactera les autres céréales.

Les cours dépendent également de la politique des USA vis-à-vis de leurs stocks. Quel sera le niveau de consommation pour les biocarburants ?

Céréales : les stocks confortables font fléchir les cours

Orges : des cours guidés par ceux des autres céréales

L’orge n’a pas connu l’embellie de production du blé ou du maïs. La production reste cependant à un niveau élevé et proche de celle de l’année dernière (140Mt en 2014, 144Mt en 2013). Cette baisse de production est compensée par une baisse prévue de la consommation (-3Mt). Les stocks mondiaux progresseront peu mais resteront confortables.

 Les exportations des principaux pays producteurs devraient légèrement progresser (+ 2Mt), notamment grâce à la demande de l’Arabie saoudite. Rien de bien flagrant et qui impactera à la marge le marché mondial.

À l’échelle européenne, le constat est exactement le même, une petite baisse de la production et une stagnation de la consommation. Les stocks seront quasiment stables (8 Mt).

La production française d’orge à 11.4 Mt, dont 8.3 Mt en orge fourragère et 3.1Mt en orge de brasserie, correspond à une bonne année. Elle s’explique par une hausse des surfaces (+8 %) et des rendements (+6 %). À noter de grandes diversités régionales tant sur la qualité que sur la quantité. Si l’ouest, le nord et la Marne s’en sortent bien, l’est a, quant à lui, souffert des pluies de juillet (germination, protéine). Le cours devrait suivre essentiellement les événements des autres céréales.

Perspectives

Vu la lourdeur du marché, Les perspectives de prix sur les céréales ne sont pas optimistes à court terme. Un choix d’autant plus stratégique sur la commercialisation est à faire. Une vigilance est de mise sur le moindre rebond qui ne sera que timide. Dans la mesure du possible notamment d’un point de vue trésorerie, un petit rebond en fin de campagne pourra apparaître quand l’Ue aura plus de facilité à exporter.

Des rebonds peuvent aussi apparaître par le Weather Market, si des éléments météo météorologiques apportent des incertitudes, ou si certains  conflits s’enveniment.

Source : CERFRANCE - Lettre Veille Économique Agricole - décembre 2014 - N°40

 

 

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