Certificat d'aptitude : Prendre conscience des risques liés à l'utilisation des produits phytosanitaires

Nicole Ouvrard

Depuis début 2010, les formations Certiphyto affichent complet. Deux jours pour explorer la réglementation sur les phytos, mais pas seulement. Reportage dans le Pays de Caux.

Nous sommes début juillet à Fauville-en-Caux, en Seine-Maritime. La bonne période pour suivre deux jours de formation Certiphyto en attendant la moisson. « Ce que j'en attends, c'est une mise à jour précise sur la réglementation concernant les produits phyto », annonce clairement Christophe, un des onze agriculteurs présents. « Certes, il y a les aspects administratifs, mais la question sur la santé prend de plus en plus de place dans les préoccupations des agriculteurs », souligne Rémy Varin, un élu de la chambre d'agriculture de la Seine-Maritime. Ce que confirme Vincent : « Je connais d'anciens agriculteurs qui sont — ou étaient — atteints de tumeurs du cerveau ou de problèmes nerveux. Certes les liens ne sont pas clairement établis, mais ils n'ont pas pris de précautions vis-à-vis des phytos parce qu'on ne les avait pas prévenus des risques. Désormais, nous savons. Mais nous avons beaucoup de progrès à faire pour nous protéger. »
Combinaisons, gants, masques, comment faire le bon choix et les utiliser convenablement ? Les stagiaires prennent conscience que leurs habitudes de travail sont perfectibles. « Je mets systématiquement des gants pour préparer la bouillie. Mais après, je les dépose dans la cabine. J'ai réalisé qu'en faisant ainsi, je contaminais tout l'habitacle. Désormais, j'utiliserai des gants jetables », illustre Benoît.

Combinaisons, gants, masques… La formation Certiphyto apprend à les utiliser convenablement. Les stagiaires prennent conscience que leurs habitudes de travail sont perfectibles. (JC Gutner)

Combinaisons, gants, masques… La formation Certiphyto apprend à les utiliser convenablement. Les stagiaires prennent conscience que leurs habitudes de travail sont perfectibles. (JC Gutner)

Isoler les produits toxiques

Sont présentés tous les aspects réglementaires comme les mélanges, le transport ou le stockage détaillés par Loïc Fillon, conseiller agro-environnemental de la chambre d'agriculture de Seine-Maritime. Vif intérêt concernant le local phyto. Quelques agriculteurs réalisent qu'ils ne rangent pas convenablement les produits au regard de la réglementation. « Les produits classés T (toxiques), T+ (très toxiques) et CMR (cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques) doivent être stockés séparément. Le mieux est de les isoler dans un bac de rétention », conseille Loïc Fillon. « Je classais mes produits par culture. Encore un élément à modifier », constate un stagiaire.
« A-t-on le droit de détenir un produit dont l'usage a été interdit depuis cinq ans ? », demande un autre. « Non, car une collecte de PPNU est organisée chaque année », rétorque le conseiller. « L'affiche des consignes de sécurité doit-elle être sur la face intérieure ou extérieure de la porte ? » « Elle peut être à l'intérieur si la personne qui entre identifie immédiatement la nature du danger. » « Est-ce un problème si le local phyto est à proximité de la laiterie ? » « Oui. » « La porte du local peut-elle s'ouvrir vers l'intérieur ? » « Le code du travail dit que non. »

Une obligation de résultat

Le conseiller insiste sur l'étanchéité au sol. « N'oubliez pas que si le bâtiment prend feu, les pompiers vont l'éteindre à l'eau. Vous avez une obligation de résultat, même si la réglementation ne dit pas comment faire. Une dalle en ciment n'est pas étanche. Il faut la peindre à l'époxy et prévoir un rebord étanche de 10 centimètres. Si le sol est en terre battue, disposer les bidons dans des bacs de rétention. »
Concernant l'aménagement de la plateforme de remplissage, « elle n'est pas obligatoire mais fortement conseillée, précise-t-il. Un point important est d'installer une potence articulée pour que le tuyau ne trempe pas dans la bouillie ». Quant à la mise en place d'un lit biologique, de type Phytobac, les exploitants se montrent particulièrement attentifs lorsque Loïc Fillon leur décrit, photos à l'appui, les installations de plusieurs exploitations de la région. Mais pour l'instant, ce type de dispositif n'est pas obligatoire. Or, Christophe le reconnaît : « c'est souvent la peur du contrôle qui nous fait avancer ».

Source Réussir Grandes Cultures Septembre 2010

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