Ces chercheurs qui planchent sur une pomme de terre sans phyto

Lise Monteillet

Ces chercheurs qui planchent sur une pomme de terre sans phyto

La filière des pommes de terre, seconde culture nourricière mondiale, tente de réduire sa dépendance vis-à-vis des traitements phytosanitaires. Afin de faire un point sur les recherches en cours, plus de 420 scientifiques et techniciens de 50 nationalités différentes sont réunis à Versailles, du 9 au 14 juillet. Une conférence organisée par l'Association européenne pour la recherche sur la pomme de terre (EAPR).

« La pomme de terre est extrêmement sensible aux bioagresseurs, donc cette production est très dépendante des traitements phytosanitaires », souligne Jean-Éric Chauvin, chercheur à l’Inra. Cette dépendance coûte cher au secteur. Chaque année, 900 millions d’euros sont consacrés à la lutte contre le mildiou en Europe. Un coût qui prend en compte les dépenses liées aux traitements et à leur application, ainsi que les pertes enregistrées par les producteurs, liées à la baisse des rendements ou aux tubercules jetés.   

À cette préoccupation économique s’ajoute la disparition de nombreuses solutions chimiques, sous la contrainte sociétale. « Si nous ne trouvons pas d’alternative, nous risquons de nous retrouver rapidement dans une grande impasse », alerte Didier Andrivion, directeur de recherche à l’Inra. Même les agriculteurs engagés en agriculture biologique sont concernés par cette problématique. Ces derniers ont souvent recours au cuivre pour produire des pommes de terres, une technique de lutte dont l’avenir est aussi menacé.  

Des variétés résistantes au mildiou en cours de déploiement

Les scientifiques croient aujourd’hui beaucoup en la création de variétés résistantes, notamment au mildiou. Pour cela, ils sont allés puiser dans un réservoir de diversité génétique présent en Amérique du Sud. Ce travail a été initié dans les années 1980, des géniteurs ont été distribués aux obtenteurs, ce qui a abouti en 2008 à l’inscription au catalogue de variétés résistantes au mildiou. Ces variétés représentent une faible surface, mais elle est en augmentation. « Il ne faudra pas oublier la question de la durabilité de la résistance », prévient Didier Andrivion, rappelant le risque de contournement d’un gène de résistance par l’agent pathogène. « Derrière chaque variété, il faut un mode d’emploi concernant son utilisation, dans le temps dans l’espace », insiste-t-il. 

Des outils d’aides à la décision très utilisés

L’agriculture de précision est une autre piste pour optimiser les traitements. Le succès de Mileos, un outil d’aide à la décision sur le développement du mildiou, l’atteste. Cette solution, coproduite par Arvalis et le ministère de l’Agriculture, est désormais utilisée par 50 % des producteurs français, sur 70 000 hectares. Cet outil est relié à un réseau de 459 stations météos qui permettent de déterminer avec plus de précision quand il faut traiter. Toutes ces avancées nécessitent un temps d’appropriation de la part des agriculteurs. « Il y a un problème de confiance des agriculteurs dans la résistance des variétés et dans les préconisations de gestion des risques », estime Didier Andrivion.

La recherche de stratégies de biocontrôle contre le taupin

Des pistes de progrès sont enfin attendues du côté du biocontrôle. Concernant le taupin, la recherche s’intéresse aux parasites de cet agresseur et notamment les champignons entomopathogènes. « On les place dans le sol afin qu’ils contaminent la larve de taupin et l’éliminent », explique Jean-Paul Bordes, directeur recherche et développement à Arvalis. Autre voie d’action :  les composés volatiles émis par les pommes de terre. L’objectif est de « déterminer quelle est la substance à laquelle le taupin est sensible, dans quelles conditions, avec quelle concentration », résume Jean-Paul Bordes. L'objectif : attirer les taupins en un endroit précis pour les détruire, sans avoir besoin de réaliser un épandage global d'insecticide. « Pour l’instant, nous n’obtenons pas une efficacité équivalente avec ces méthodes mais nos expériences sont intéressantes », indique l'ingénieur. 

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