Colza, tournesol, soja et palme : Les huiles sous pression du pétrole

Nicole Ouvrard

C'est un phénomène jamais observé à ce point : le prix du pétrole joue le rôle de prix directeur pour toutes les huiles. Il les entraîne dans sa chute.

Désormais, quand le prix du pétrole recule, celui de l'huile de colza est dans son sillage, ces
deux-là étant tellement imbriqués au niveau de l'Europe. Il est vrai qu'en France, 40 % des
surfaces de colza sont destinées à la production de biodiesel en 2007-2008 et ce chiffre
pourrait atteindre près de 60 % en 2008-2009. Mais le plus spectaculaire est de constater
que cette corrélation est aussi vraie pour toutes les huiles, pas seulement pour le colza. De
plus, il s'agit désormais d'un phénomène international, pas seulement européen car partout
dans le monde fleurissent des usines de fabrication de biodiesel. Jusqu'alors, le biodiesel
était quasiment réservé au marché de l'Union européenne au détriment du bioéthanol.
L'origine de ce décalage par rapport au reste de la planète est lié au fait que la
consommation européenne de gasoil est beaucoup plus importante que la consommation
d'essence. Les choses évoluent.

La prise de conscience dans les filières oléagineuses de l'impact du prix du pétrole sur toutes les huiles et les graines est relativement récente. (Commission européenne)

La prise de conscience dans les filières oléagineuses de l'impact du prix du pétrole sur toutes les huiles et les graines est relativement récente. (Commission européenne)

Moins cent euros la tonne

Conséquence : sur le marché à terme Euronext, pour l'échéance la plus rapprochée
(novembre 2008), le colza cotait 364 euros la tonne le 10 septembre. Il a accusé une
baisse de quasiment 100 euros la tonne depuis début juillet. Le marché physique suit
exactement la même tendance. À la même date, la graine Fob Moselle cotait 370 euros la
tonne, contre 470 début juillet.
Mais, pour cette nouvelle campagne 2008-2009, la baisse du pétrole n'est pas le seul
élément qui contribue à la contraction des prix. L'Union européenne signe un nouveau
record de production à 19 millions de tonnes, malgré la baisse des surfaces. La France
affiche d'excellents rendements, avec une moyenne de 33 quintaux à l'hectare et une
production à 5 millions de tonnes. L'Allemagne fait mieux que prévu à 5,1 millions de tonnes.
Mais la véritable inquiétude se trouve plus à l'est : « Avec l'Ukraine, nous avons un sérieux
concurrent à nos portes, s'inquiète Richard Pédron, directeur du département des marchés
chez InVivo. Nous sommes sur un marché très lourd ». L'Ukraine affiche en effet une
production de près de 3 millions de tonnes avec des rendements en net progrès, de l'ordre
de 20 quintaux par hectare. Ce pays était totalement absent du marché du colza il y a
seulement quatre ans et voilà qu'il caracole en cinquième producteur international !





 

La nouvelle donne Ukraine

« On sait, de toute façon, que l'Union européenne aura besoin d'importer du colza pour
équilibrer son bilan, précise Richard Pédron, mais il faudra prendre garde à ce que les
graines ukrainiennes ne viennent pas nous prendre nos marchés de proximité. »
Déjà l'Allemagne, gros client de la France en graines de colza a réalisé plusieurs achats de
colza à l'Ukraine. D'autres exportations ukrainiennes vers les pays de l'Europe de l'Ouest
sont attendues dans les semaines à venir. On constate déjà que les exportations
ukrainiennes sur le mois d'août 2008 ont atteint 500 000 tonnes contre 300 000 tonnes l'an
passé sur la même période, la majorité des volumes étant destinée à l'Union européenne.
Contrairement aux mois précédents, le prix de l'huile de colza est retombé au niveau de
celui du soja, pourtant lui-même en net recul. Le prix de l'huile de soja à Chicago a
littéralement plongé depuis début juillet sous la pression du pétrole, mais aussi de l'huile de
palme après le constat d'une accumulation de stocks suite à une production record,
notamment en Malaisie. Le cours de l'huile de palme a aussi réagi à des mouvements
spéculatifs sur un marché de plus en plus nerveux.




 

Récoltes mondiales records

Les fondamentaux sont sans appel : les récoltes de tous les pays les plus gros
producteurs mondiaux ont été revues à la hausse tant pour le colza (Union européenne,
Chine, Canada, Inde, Ukraine) que pour le soja (États-Unis, Brésil, Argentine, Chine) mais
aussi pour le tournesol (Russie, Union européenne, Ukraine, Argentine) et enfin pour l'huile
de palme. Les conditions climatiques ont été clémentes pour les oléagineux sur tous les
continents. Il s'agit d'une conjoncture assez exceptionnelle. Dans ce contexte, l'agence
spécialisée sur les oléagineux, OilWorld, prévoit que la production mondiale d'huiles en 2008
serait finalement supérieure à la consommation, d'où une augmentation des stocks de fin de
campagne à 14 millions de tonnes contre 13,3 millions de tonnes l'an passé. Encore un
élément qui plombe le marché.

Source Réussir Céréales Grandes Cultures Octobre 2008

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