Comprendre le prix de campagne sur les marchés céréaliers

Gabriel Omnès - Réussir Grandes Cultures Juin 2012

Comprendre le prix de campagne sur les marchés céréaliers
Quel que soit le mode de calcul, l’élément caractéristique du prix de campagne reste que la gestion du risque prix est confiée à l’OS, contrairement au prix ferme. © G. Omnès

Le mode de commercialisation emblématique du système coopératif a vu sa suprématie remise en cause par la volatilité. Mais quels enjeux se cachent derrière le prix moyen ?

1.La fin d’un règne

Dépassé, le prix moyen ? Ce mode de rémunération était encore la norme il y a dix ans. Il pesait alors près de 80 % des volumes dans nombre de coopératives. Depuis 2002-2003, la volatilité qui s’est emparée des marchés a largement entamé son attractivité. Sa requalification en « prix de campagne », terme jugé moins négatif qu’une « moyenne » forcément médiocre, n’y a rien changé : ce symbole du principe de mutualisation, au cœur du statut coopératif, est devenu une option commerciale parmi d’autres au sein des offres proposées par les coops. Les producteurs ont désormais tendance à opter pour le prix ferme lorsque le marché offre des perspectives de hausse, avec l’espoir de saisir les bonnes opportunités. A contrario, ils reviennent au prix moyen quand le marché devient amorphe.

2. Nouvelles formules

Historiquement, le prix de campagne est obtenu en faisant la moyenne des ventes, une fois commercialisé l’ensemble des volumes livrés sous cette forme. Si les prix augmentent en cours de campagne, l’acompte payé à la récolte est complété par des versements additionnels. Mais alors que l’on peut suivre aujourd’hui l’évolution des cours en temps réel, la constitution du prix moyen s’apparente à une boîte noire, certains allant jusqu’à la suspecter de servir de variable d’ajustement pour l’OS au détriment des livreurs. Pour désamorcer ces critiques, certaines coops formalisent mieux leurs objectifs, voire garantissent un prix de campagne correspondant à la moyenne des prix fermes proposés aux adhérents. Autre déclinaison possible : calculer le prix moyen sur une période donnée, par exemple sur un trimestre. Quel que soit le mode de calcul, l’élément caractéristique du prix de campagne reste que la gestion du risque prix est confiée à l’OS, contrairement au prix ferme.

3. Maîtrise des volumes

Pour les coopératives, connaître les volumes à commercialiser est impératif pour planifier les ventes et coller au marché, et ainsi constituer le meilleur prix possible. Surtout que 20 à 30 % du « tas » est souvent engagé avant récolte. Tant que les producteurs livraient massivement au prix moyen, les coops savaient anticiper ces volumes. Mais ces dernières années, la part des apports en prix de campagne a pu aller du simple au double, voire plus ! En 2010, certains OS ont eu des sueurs froides en voyant les agriculteurs se détourner massivement du prix de campagne au moment de la moisson, lorsque les cours ont commencé à s’envoler. La proportion engagée avant récolte s’est alourdie mécaniquement, empêchant de suivre le marché à la hausse faute de marchandise. La situation inverse est tout aussi délicate. Pour éviter cela, la plupart des coopératives exigent un engagement de plus en plus précoce sur les volumes, bien avant la moisson.

4. Difficile comparaison

Prix ferme ou prix de campagne, quel est le plus rémunérateur ? Difficile de trancher, tant les situations varient. Pour l’exploitant, bien vendre au prix ferme impose un suivi rigoureux des marchés, gourmand en temps, et, bien souvent, une infrastructure spécifique qu’il faut amortir. Mais si les coops peuvent jouer sur l’effet volume pour décrocher des marchés intéressants, les agriculteurs francs-tireurs bénéficient d’une souplesse et d’une réactivité parfois rémunératrices. À vos calculettes ! 

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Commentaires 2

maxima269

le trade implique de l'achat revente or l'agriculteur qui essaye d'optimiser son prix de vente est dans son (nouveau) rôle, il vend mais n'achète pas...
A ce titre il n'y a aucune corrélation avec les aides d'autant plus que l'on ne gagne pas à tout les coûps loin de là

bob

comment légitimer les aides directes dans leur état actuel auprès des contribuables alors que les agriculteurs deviennent des TRADERS ?

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