Congrès Orama : Les céréaliers se tournent vers la Méditerranée

Nicole Ouvrard

La filière céréalière française aimerait profiter de la position de force qu'elle s'est octroyée cette campagne pour fidéliser les achats des pays méditerranéens.

L'Europe aurait tout à gagner à faire un quart de tour sur elle-même. » Avant de quitter la présidence de la fédération des oléoprotéagineux, Xavier Beulin a exprimé sa fierté d'avoir contribué à organiser le Sommet du végétal à Marseille, les 19 et 20 janvier 2011, pour y traiter des relations durables des céréaliers français avec les pays de la Méditerranée. Le sujet lui est très cher. La France est un fournisseur traditionnel de ces pays, notamment du Maghreb, durement touchés par la volatilité des prix des céréales. Cette année, alors que la Russie et l'Ukraine font défaut, la France a répondu présent. Et elle entend bien faire valoir la constance de sa production, qui la distingue des autres grands exportateurs mondiaux.

Risque climatique

« La situation actuelle doit nous faire prendre conscience des conséquences du changement climatique, tant pour les pays importateurs qu'exportateurs », a souligné Nasr No'Omani, vice-président du Gasc, office des céréales égyptien, le plus gros acheteur mondial de blé. « La Russie avait de gros espoirs et n'a pas pu répondre présente, ce qui a été une belle occasion pour la France d'atteindre le marché stratégique de l'Égypte. » « Il ne s'agit pas de signifier que nous avons des opportunités à saisir. Il est de notre responsabilité de pouvoir répondre aux besoins de la Méditerranée », a insisté Philippe Pinta, président d'Orama.

L'export n'est pas un pis-aller

La filière céréalière veut se projeter sur le moyen terme pour proposer aux États du bassin méditerranéen des formes de contractualisation plurianuelle permettant un lissage des prix, sans pour autant s'extraire complètement du marché. Il s'agit aussi de changer de philosophie. « L'export pays tiers ne doit pas être considéré comme un pis-aller. Il faut être capable de fournir toute l'année un produit sur une base Rendu, avec une qualité constante », a précisé Alain Brinon, directeur général délégué de Saipol. L'entreprise de trituration dans le giron de Sofiprotéol a construit une filière d'exportation de tourteaux de colza et de tournesol à destination du Maghreb, notamment de la Tunisie, afin de trouver des débouchés à ce coproduit du biodiesel. « On doit toujours être présent, même dans des situations où l'on pourrait mieux vendre la production sur notre marché local », a-t-il poursuivi.

Les meuniers des pays du Maghreb (ici une meunerie marocaine près de Meknès au Maroc) ont de fortes exigences en qualité et en régularité d'approvisionnement. (N. Ouvrard)

Les meuniers des pays du Maghreb (ici une meunerie marocaine près de Meknès au Maroc) ont de fortes exigences en qualité et en régularité d'approvisionnement. (N. Ouvrard)

 

Addition de petits projets

Les pays sud-méditerranéens ont-ils envie de contractualiser avec les opérateurs français ? Pas si sûr. « Je ne crois pas aux contrats pluriannuels car la politique de l'Égypte est d'encourager les mécanismes de marché, a assuré l'Égyptien Nasr No'Omani. Élaborer un plan à long terme reviendrait à influencer le marché. L'Égypte va aussi chercher du blé aux États-Unis, au Canada, en Australie ou en Russie en fonction du prix et de la qualité. » C'est ce que l'on appelle une fin de non-recevoir. « Les choses se construisent par addition de petits projets, a répondu Xavier Beulin, imperturbable. Est-il inconcevable de consacrer 10, 15 ou 20 % de notre production pour apporter une réponse pluriannuelle à ces pays ? »
Plusieurs pistes sont en réflexion pour établir un véritable partenariat au-delà des échanges commerciaux sur les grains. « Dans cette approche, la notion de réciprocité est fondamentale pour être crédible », insiste Xavier Beulin. Une des voies serait de mettre en place une relation durable sur un sourcing en engrais. En clair, l'Algérie produit des engrais azotés à partir de son gaz, le Maroc des phosphates et la France des céréales. « Notre dépendance aux importations d'engrais va poser problème dans les années à venir, analyse Michel Fosseprez, président d'InVivo. Les cours des matières premières agricoles et les prix des engrais évoluent de façon décalée dans le temps. Il serait judicieux, pour les uns et les autres, de s'assurer un approvisionnement tout en lissant les prix. » Autre piste : accompagner les pays méditerranéens à mettre en place des capacités de stockage sur place. Cette démarche s'insère dans une réflexion plus large autour du renforcement des capacités de stockage de la France.

Union pour la Méditerranée

Lors du Sommet du végétal, toutes ces propositions ont été accueillies avec bienveillance par les politiques. Tout d'abord, Henri Gaino, conseiller de Nicolas Sarkozy, qui a présenté le projet « Union pour la Méditerranée » lancé en 2008. « Notre objectif est de développer une approche de coopération, de co-développement et de co-investissement. C'est vrai que la France porte ce projet parfois toute seule, mais nous avons une vraie responsabilité pour faire en sorte que la Méditerranée soit un espace de paix. C'est une des zones du monde les plus déficitaires en matières premières agricoles. Alors oui, réfléchissons à un pacte de sécurité alimentaire, à la contractualisation, la création de filières, l'amélioration des capacités de stockage et des techniques de production. Nous pouvons créer un contexte politique et réglementaire, essayer d'apporter des financements, vous avez tout le reste entre les mains. »

Lutter contre la volatilité

Quant au ministre de l'Agriculture, il a insisté sur la nécessité de lutter contre la volatilité des matières premières agricoles, reconnaissant, que peu a été fait depuis 2008. « Il faut apporter des réponses concrètes dans le cadre du G20. C'est la première fois que l'agriculture est traitée par cette instance dont les pays assurent 80 % des échanges commerciaux et regroupent 70 % des terres arables mondiales. Il ne faut pas se priver des contrats pluriannuels avec les pays de la Méditerranée, ni de capacités de stockage y compris au Maghreb ou dans les pays d'Afrique subsaharienne. »

Source Réussir Grandes Cultures Février 2011

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