Conseil phyto : Vers des conseillers certifiés et des entreprises agréées

Nicole Ouvrard

Au plus tard en 2013, le métier de conseiller, apte à préconiser l'usage de produits phytosanitaires, va être sous haute surveillance. Chaque conseiller devra être certifié et chaque entreprise agréée. Toute préconisation devra être justifiée et faire l'objet d'une trace écrite. Pour l'heure, chacun se prépare.

D'ici à 2013, dès qu'un technicien ou un conseiller vous préconisera une intervention dans vos parcelles, il devra vous proposer des solutions autres que l'usage de produits chimiques et vous délivrer un document écrit de sa préconisation. Il devra lui-même être certifié et son entreprise agréée et contrôlée par un organisme certificateur. C'est la grande réforme de la distribution, du conseil et de la préconisation en préparation. Son but : « apporter l'assurance aux agriculteurs que les conseillers prennent bien en compte toutes les dispositions nécessaires à une préconisation objective, rationnelle, adaptée au contexte de l'exploitation et intégrant les objectifs de protection de l'environnement », selon l'administration. Parmi les objectifs d'Écophyto 2018, figure dans l'axe 4 celui de « professionnaliser les métiers de la distribution et du conseil phytosanitaire » notamment grâce à un « élargissement du champ de l'agrément distributeurs-applicateurs », un « renforcement des exigences » et « la mise au point de référentiels de certification ».
Jusqu'à présent, seules les entreprises concernées par la distribution de produits phytosanitaires (coopératives, négoces, libres-services agricoles) et par leur application (entreprises de travaux agricoles) font l'objet d'un agrément. Il s'agit du « Dapa » qui oblige les entreprises à s'identifier, avoir au moins un agent certifié pour dix employés et souscrire à une attestation d'assurance responsabilité civile. Cet agrément fait actuellement l'objet d'une réforme de fond qui devrait se concrétiser au cours du premier semestre 2011, pour une mise en oeuvre au plus tard en 2013. Le projet de décret doit auparavant être validé par le Conseil d'État.

Les exigences demandées aux conseillers indépendants et ceux de la distribution seront rigoureusement identiques. (J.-C. Gutner)

Les exigences demandées aux conseillers indépendants et ceux de la distribution seront rigoureusement identiques. (J.-C. Gutner)

Conseil et vente intimement liés

Une fois la réforme en place, l'agrément ne concernera plus seulement les entreprises de distribution et d'application mais aussi celles qui offrent du conseil telles que les chambres d'agriculture et les conseillers privés. « Toute personne physique ou morale, publique ou privée, sera soumise aux mêmes niveaux d'exigences vis-à-vis du conseil et de la préconisation des produits phytopharmaceutiques, qu'elle exerce ou non une activité de distribution », résume Pierre Neuviale, directeur de la fédération du négoce agricole (FNA). C'est là un profond changement d'approche qui a fait l'objet d'âpres négociations au sein des groupes de travail Écophyto 2018. Les organisations environnementales militaient pour une séparation du conseil et de la vente. Coop de France et FNA revendiquaient au contraire une intégration de l'ensemble des technico-commerciaux dans le dispositif de certification du conseil. Ces derniers ont eu gain de cause. « Le conseil est au coeur de notre métier, insiste Pierre Neuviale de FNA. Les responsables du Grenelle ont fait preuve de pragmatisme en retenant notre position car cela correspond à la réalité du terrain. »

Davantage de transparence

« Nous militions, nous, pour la séparation du conseil et de la vente. De nombreux pays européens ont fait ce choix. Pas la France et c'est regrettable pour l'agriculture, souligne Hervé Tertrais, à la tête de Qualitechs 2000 et vice-président du pôle de conseil indépendant en agriculture (PCIA). Pour autant, cette nouvelle réglementation va apporter de la transparence car l'agriculteur pourra identifier les entreprises inscrites sous la rubrique ‘conseil indépendant' de celles enregistrées en tant que ‘distributeur'. Des professions bien distinctes, logiquement non concurrentes et qui doivent se respecter. » Le texte prévoit en effet un agrément spécifique pour quatre types de métier : la vente au grand public, l'application, la distribution et enfin le conseil indépendant. « Pour pouvoir prétendre à l'agrément de conseiller indépendant, il s'agit de faire la preuve que ses ressources financières proviennent exclusivement des honoraires versées par les clients, et non de la vente (directe ou indirecte) d'intrants et/ou de la collecte, ce qui élimine tous ceux qui gèrent un GIE d'achat par exemple », poursuit Hervé Tertrais.

Tous à la même enseigne

« Demain, pour qu'une entreprise puisse obtenir un agrément, elle devra respecter un référentiel contrôlé par un organisme certificateur indépendant, explique Vincent Magdeleine, directeur général de Coop de France-métier du grain. L'entreprise listera tous les salariés concernés, précisera leurs fonctions et répondra de leurs compétences au travers d'un certificat individuel de formation Certiphyto. » Plusieurs référentiels de certification ont été rédigés : « distribution-conseil-préconisation » pour les coopératives et le négoce et « conseil indépendant » pour les chambres d'agriculture et les conseillers privés. Dans les deux, les exigences demandées dans la rubrique « conseil-préconisation » sont identiques. Une situation vécue du côté de la « prescription » comme une évolution administrative, et du côté de la distribution comme un challenge pour revaloriser le métier de technico-commercial, et « ne plus être considérés comme des vendeurs de soupe », explique un responsable de la distribution.

Pour en savoir plus

Voir dossier de Réussir Grandes Cultures du mois de janvier 2011. (RGC n°243 p. 68 à 73).

Source Réussir Grandes Cultures Janvier 2011

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