Contractualisation : Un maïs doux estampillé « qualité française »

Nicole Ouvrard

Depuis début 2010, les boîtes de conserve Géant Vert affichent un logo « Maïs doux de France ». Une manière de valoriser le travail des producteurs du Sud-Ouest qui respectent une charte de qualité depuis six ans.

Oh, oh, oh, Géant Vert… Tout le monde sait qu'il s'agit d'une marque d'origine américaine. Désormais, nul ne pourra ignorer que le maïs doux du même nom est un produit made in France puisque c'est écrit sur la boîte. « Maïs doux de France – charte qualité environnement », peut-on lire sur les étiquettes depuis janvier 2010. En fait, ce logo est l'aboutissement d'une démarche engagée depuis plusieurs années.
Géant Vert est le fruit d'un partenariat à 50/50 entre le groupe agroalimentaire américain General Mills et le groupe coopératif français Euralis. Ils ont construit une usine à Labatut en 1977, dans les Landes, sous le contrôle de la société commune Seretram. Celle-ci assure 30 % de la production française de maïs doux.
En 2004, Géant Vert a décidé d'adopter la charte de production « maïs doux de France » proposée par Arvalis et l'Irtac. « La charte est basée sur un référentiel technique de bonnes pratiques agricoles, allant du semis à la culture, explique Stéphanie Delarbre, en charge des chartes de production chez Arvalis. Elle a été écrite en 2002. Nous en sommes à la troisième version afin de la faire évoluer avec la réglementation. Chaque exigence du référentiel permet de répondre à quatre objectifs : obtenir une qualité sanitaire et technologique répondant au marché, préserver l'environnement, favoriser la compétitivité de la production française et être transparent sur les pratiques mises en oeuvre. »

Adhésion individuelle à la charte

Toutes les interventions sont enregistrées et transmises au service agronomique de la Seretram, afin d'assurer une traçabilité totale. Chaque année, Euralis légumes et les producteurs sont contrôlés par un organisme tiers indépendant. Les trois cents producteurs qui contractualisent avec la Seretram adhèrent individuellement à la charte.
Mais celle-ci est-elle très contraignante pour les producteurs ? « Je ne conduis pas différemment mon maïs doux des autres maïs de l'exploitation, reconnaît Éric Nassiet, producteur de maïs doux sur cinq hectares, à Habas, dans les Landes, mais il est vrai que je suis très sensibilisé aux questions environnementales. Chaque intervention est mûrement réfléchie et justifiée agronomiquement. » « C'est tout l'esprit de la charte de production, tant au niveau de l'irrigation, de la fertilisation que des interventions phytosanitaires », commente Stéphanie Delarbre, ce qui veut dire par exemple que les agriculteurs doivent justifier leurs interventions en se référant au bulletin de santé du végétal et en faisant appel à des outils de pilotage. « Pour gérer l'irrigation, des sondes sont installées dans les parcelles et je suis abonnée au service de conseil en irrigation de la chambre d'agriculture. Je choisis les phytosanitaires parmi une liste de produits déterminée par le service agronomique de la Seretram. Avant d'intervenir, j'en discute systématiquement avec un des techniciens qui se rendent très disponibles. Aussi souvent que possible, je remplace un désherbage chimique par un binage et je couvre toujours les sols en interculture avec une culture piège à nitrates. Ce n'est pas imposé dans la charte, mais fortement conseillé. Toutes mes interventions sont enregistrées, puis transmises à la Seretram. C'est obligatoire, sinon, j'ai une pénalité. »
Le service agronomique de la Seretram, composé d'une quinzaine de personnes et dirigé par Christophe Ballouhey, est présent à toutes les étapes de la production.

Un suivi de la maturité est réalisé dans chaque parcelle afin de mettre en boîte un grain croquant et juteux. (N. Ouvrard)

Un suivi de la maturité est réalisé dans chaque parcelle afin de mettre en boîte un grain croquant et juteux. (N. Ouvrard)

 

Un grain croquant et juteux

« Dans le contrat, il est prévu que nous fournissions la semence importée des États-Unis, dont les variétés ont été sélectionnée par General Mills, précise-t-il. Nous organisons un planning de semis pour les 5000 hectares répartis sur tout le Sud-Ouest. C'est l'agriculteur qui réalise les semis avec son propre matériel, mais nous en contrôlons la qualité. La conduite culturale est assurée par l'agriculteur, sauf en cas de besoin d'un enjambeur. En revanche, la récolte des épis entiers est entièrement assumée par nos soins, après analyse de la maturité de chaque parcelle, afin de respecter la qualité du grain — qui doit être à la fois croquant et juteux — et d'alimenter l'usine de façon la plus régulière possible. »
Ce sont en effet 200 millions de boîtes qui sortent de l'usine de Labatut entre le 15 juillet et le 15 octobre et qui vont alimenter le marché de toute l'Europe. Après une année de vaches maigres, le contexte commercial de 2010 semble plus facile, la consommation étant repartie à la hausse, à + 4 % sur le premier semestre 2010. Géant Vert affiche une croissance de ses ventes de 22 %. Quant à nos concurrents hongrois, leur production devrait reculer d'un tiers, les emblavements ayant été perturbés par les pluies.

Christophe Ballouhey, responsable du service agronomique de la Seretram, surveille la qualité de la récolte assurée par son propre service. (N. Ouvrard)

Christophe Ballouhey, responsable du service agronomique de la Seretram, surveille la qualité de la récolte assurée par son propre service. (N. Ouvrard)

 

Source Réussir Grandes Cultures Novembre 2010

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