Coût de production, coût de revient, point d’équilibre : le trio gagnant

Geneviève Audebet, ingénieur d’études

Coût de production, coût de revient, point d’équilibre : le trio gagnant

Dans un contexte de plus en plus instable, marqué à la fois par la volatilité des prix de vente des produits agricoles (lait, légumes,céréales, porc…) et par la variabilité des facteurs de production (énergie, aliment, engrais…), il devient périlleux de naviguer à vue. Le chef d’entreprise doit disposer de bons indicateurs au bon moment pour maîtriser ses charges et appréhender l’avenir.

A retenir

Ces trois outils de pilotage sont complémentaires. Il n’y a pas lieu de choisir entre eux. Ils s’utilisent au gré des besoins et des soubresauts de la conjoncture. Dans un contexte agricole fluctuant, outre le combat pour un prix rémunérateur, l’analyse des charges reste un levier prioritaire et la gestion de la trésorerie une nécessité. Systématiquement utilisés en production hors sol aux cours fluctuants et cycliques, ces outils se généralisent aux autres productions comme la production laitière, touchée elle aussi par la variabilité des prix.

De l’approche globale aux coûts

La réflexion économique doit aller de l’objectif global vers des objectifs plus ciblés. L’approche globale du système d’exploitation voit sa rentabilité mesurée grâce à l’excédent brut d’exploitation (EBE). L’EBE dégagé doit permettre de faire face aux annuités, répondre aux besoins privés et dégager une marge de sécurité. L’analyse peut ensuite être menée par atelier à travers les marges brutes et les coûts. Comparer le prix de vente d’un produit à la somme des charges engagées pour le produire est la démarche de base pour voir quel résultat il dégage. Simple dans son principe, ce rapprochement n’est pas toujours facile à réaliser car dans les exploitations, il existe généralement plusieurs productions avec de nombreuses charges communes. La répartition des charges ne pose pas de difficultés pour les charges opérationnelles qui sont directement affectables comme les engrais, l’aliment ou encore les frais vétérinaires. C’est nettement plus délicat pour les charges de structure (comme le carburant, les frais de mécanisation, la main d’oeuvre ou les charges sociales). Les choses se compliquent encore quand, dans un même atelier, il y a plusieurs produits. C’est le cas de l’atelier lait qui produit du lait mais aussi de la viande (veaux, réforme, génisses, bovins viande). Déterminer avec précision les charges engagées pour produire un bien donné est donc assez délicat. Les techniques de répartition élaborées selon un système de clés par CERFRANCE permettent de le faire avec fiabilité, constance dans le temps et en collant au mieux aux réalités de l’exploitation. Au final, on obtient un coût de production puis un coût de revient, deux critères fondamentaux que l’on pourra comparer directement au prix de vente. L’approche analytique par les coûts doit être complétée par une approche prospective plus globale à travers le point d’équilibre.

1. Le coût de production : toutes les charges réelles de l’atelier

Le coût de production est l’ensemble des charges opérationnelles et de structure mises en oeuvre pour produire un bien. Ce sont les charges réelles de l’exploitation telles qu’elles apparaissent dans la comptabilité (y compris les amortissements et les frais financiers). Le coût de production est au final un seuil minimal de charges à couvrir. C’est seulement à partir du moment où le prix de marché dépasse ce seuil que l’atelier commence à dégager de la marge. C’est aussi un puissant outil d’analyse car il permet de mettre en évidence les postes sur lesquels il faut agir en priorité. C’est ainsi qu’en production laitière, on voit que les coûts alimentaires et les coûts de mécanisation sont les plus importants (environ la moitié du coût de production total). C’est aussi un outil de mesure de sa compétitivité par rapport à d’autres élevages semblables. La comparaison des coûts poste à poste permet de localiser les postes qui dérapent et sur lesquels il faut agir en priorité. Enfin, c’est un outil de suivi dans le temps : la comparaison de ses propres coûts d’une année sur l’autre permet de mesurer les progrès accomplis et de déceler les postes qui se dégradent.

2. Le coût de revient : pour prendre en compte tous les facteurs de production de l’atelier principal

En plus du coût de production, le coût de revient intègre des charges dites “supplétives” : le travail de l’exploitant et de sa famille, la rémunération des capitaux propres et du foncier en propriété. C’est le prix minimum qui permet de rémunérer l’ensemble des facteurs de production de l’exploitation. C’est un indicateur majeur dans les revendications collectives. En production porcine, le solde “prix payé au MPB (Marché du Porc Breton) moins coût de revient” est couramment utilisé par la profession pour apprécier la rentabilité de l’atelier porc. À ce niveau, certains professionnels de la filière porcine commencent à promouvoir une notion de coût de revient durable qui permet d’intégrer un revenu supérieur tenant compte de la prise de risque de l’entrepreneur et du besoin de pérenniser son outil de travail.

Coût de production, coût de revient, point d’équilibre : le trio gagnant

3. Le point d’équilibre global : pour la trésorerie prévisionnelle

Le revenu de l’exploitation dépend aussi des autres productions (cultures de vente notamment) et surtout des DPU, très variables d’une exploitation à l’autre. Au final, l’équilibre reste global. Un 3e indicateur permet de regrouper toutes les activités de l’exploitation : le point d’équilibre global. Le point d’équilibre global est une approche de trésorerie qui reflète les mouvements réels d’argent. C’est le prix minimum de vente permettant de dégager un produit suffisant pour couvrir l’ensemble des dépenses courantes, faire face aux annuités et intérêts à court terme (CT) et satisfaire les besoins en prélèvements privés de la famille. Les amortissements (qui ne sont pas des sorties d’argent) sont remplacés par le remboursement en capital des emprunts. Le point d’équilibre peut aussi être obtenu à partir de l’EBE auquel on retire les annuités, les frais financiers CT et les besoins privés ramenés à la production vendue. Attention : le point d’équilibre global est aussi à manier avec précaution car il est influencé par les produits des autres productions. Ainsi, les bons cours en céréales 2011 sont venus favoriser le point d’équilibre global du lait ou du porc sur la période.

Le point d’équilibre trouve sa pleine utilité dans le domaine du prévisionnel, et tout particulièrement lorsque la conjoncture est difficile ou fluctuante. La forte volatilité des cours, la fin des quotas, l’évolution de la PAC, les mises aux normes sont autant d’éléments extérieurs qui vont impacter les revenus des agriculteurs. Le point d’équilibre permet d’établir un prévisionnel de trésorerie et d’estimer le niveau de “réserves” à constituer pour faire face à un retournement de conjoncture ou à un nouvel investissement.

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