Couverts : Des opportunités pour installer des plantes mellifères

Christian Gloria

Bandes enherbées, jachères apicoles, interculture… L'implantation de plantes mellifères peut prendre plusieurs formes et quelques mesures tendent à soutenir leur développement.

Un hectare de jachère mellifère vaut deux hectares de jachère en surface équivalente topographique (SET), nouveau système de calcul qui entre dans le cadre de la conditionnalité des aides. C'est un argument supplémentaire en faveur de la mise en place des jachères apicoles. « Ce type de jachère était tombé à 500 ou 600 hectares en 2007-2008 quand le taux de jachère obligatoire était repassé à 0 %. Depuis, nous enregistrons 1200 hectares de jachères apicoles qui ont été implantées cette année au travers de nos actions », précise Pierre Testu, du réseau biodiversité pour les abeilles(1). Les jachères apicoles sont mises en place grâce également à des opérations d'envergure menées auprès des agriculteurs par des associations régionales de développement apicole (ADA) ou de fédérations de chasse localement. Mais leur développement se fait souvent dans le cadre d'expérimentations et leur surface reste encore trop limitée en regard des besoins des abeilles. « Les études montrent que ces jachères doivent atteindre 0,5 % de l'aire de butinage d'une colonie pour satisfaire 66 % de son alimentation, précise Philippe Lecomte, président du réseau biodiversité pour les abeilles et de l'ADA Est. Il est vraiment temps de sortir de l'échelle expérimentale. »(2)

Les couverts mellifères sont utiles aux abeilles en particulier dans les zones de grandes cultures pauvres en éléments semi-naturels. (A. Decourtye/Acta)

Les couverts mellifères sont utiles aux abeilles en particulier dans les zones de grandes cultures pauvres en éléments semi-naturels. (A. Decourtye/Acta)

Aménagements floristiques

Les jachères apicoles sont-elles le seul moyen de permettre la reconquête de nos campagnes par les abeilles ? Pour Axel Decourtye, spécialiste abeilles à l'Acta, c'est un moyen parmi d'autres dans les aménagements floristiques visant à apporter des ressources alimentaires aux insectes pollinisateurs. « Les jachères apicoles ont surtout une utilité dans des habitats très uniformes et appauvris, comme dans les régions de grandes cultures. Plus le paysage est simplifié avec peu ou pas d'aménagements fixes semi-naturels (haies, bosquets, bois…), plus les fleurs très mellifères de la phacélie sont exploitées. On retrouve 35 % des pollens de nos jachères apicoles dans les ruches des paysages homogènes contre seulement 1 à 5 % dans les sites d'essai où les paysages offrent des habitats semi-naturels. Cela signifie que lorsque l'abeille a un choix de ressources, elle exploite moins nos jachères et préfère des ronces, des roselières, des fleurs de prairies, bordures de champs et routes. »(2) Axel Decourtye soutient malgré tout le développement des jachères apicoles, tout autant que les mesures de protection des plantes messicoles, la mise en place de haies, une gestion appropriée des bords de champs… « Il faut aussi une protection phytosanitaire des cultures en accord avec la production de nectar et pollen à disposition des abeilles », souligne-t-il. La mise en place d'éléments favorables aux pollinisateurs ne doit pas occulter la question de l'impact des traitements chimiques.

Mélanges en Intercultures

Une autre voie de développement des plantes mellifères émerge : celle des intercultures. La coopérative Maïsadour expérimente des mélanges végétaux sur plus de 100 hectares dans les Landes associant en même temps les qualités de piège à nitrate, de restructuration du sol et l'intérêt apicole. « Dans notre région, nous avons de la monoculture de maïs et les parcelles implantées en maïs semences et maïs doux sont libérées entre le 15 août et début septembre. Il est donc possible de semer une culture intermédiaire assez tôt pour une floraison avant l'arrêt d'activité des abeilles, explique Philippe Péan, Maïsadour. Une parcelle semée début septembre en zone sableuse après un maïs doux avec un mélange moutarde-avoine a commencé à fleurir début octobre, donne en guise d'exemple le technicien. Nous en sommes à notre première année d'expérimentation. Nous avons décidé de partir sur une base agronomique concernant la culture intermédiaire, à savoir l'association avoine + vesce ou avoine + seigle, et d'y ajouter de la moutarde, de la phacélie ou trois espèces de trèfles à différentes doses de semences. La floraison ne doit pas avoir lieu trop tard sous peine d'exposer les abeilles butineuses au risque de gel automnal, à un moment où elles doivent déjà être dans leur phase de repos, souligne Philippe Péan. À la sortie de l'hiver, nous étudions l'impact de ces cultures intermédiaires sur le captage de l'azote (voire séquestration indésirable de cet élément rendu indisponible), les effets allélopathiques sur la culture suivante, le blocage de la disponibilité du phosphore qui peut pénaliser le démarrage du maïs… » Assurer la provende des abeilles avant leur sommeil hivernal ne doit pas pénaliser une culture aussi stratégique que le maïs dans le Sud-Ouest.

(1) www.jacheres-apicoles.fr
(2) Témoignages tirés de l'ouvrage « L'étrange silence des abeilles », de Vincent Tardieu.

Source Réussir Grandes Cultures Novembre 2009

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