Cultures intermédiaires : Un manteau d'hiver régénérant

Christian Gloria

Le rôle du couvert végétal en interculture va bien au-delà du simple piégeage des nitrates : restructuration du sol et effet anti-érosif, engrais vert, régénération de la vie dans le sol…

Le gel a fait son oeuvre sur les moutardes et les légumineuses. L'avoine est bien présente
par touffes. En cette fin du mois de mars au nord de l'Alsace, les parcelles d'essais de
couverts végétaux sont encore visibles. Sur des profils de sols, Gérard Heintz montre
l'effet structurant de certains de ces couverts en pointant l'enracinement diffus et les
galeries de vers de terre. Les essais de la chambre d'agriculture du Bas-Rhin de couverts
végétaux combinés avec des pratiques de non travail du sol sont sur les terres de son
exploitation. Divers mélanges d'espèces végétales sont testés et Gérard Heintz en est un
adepte inconditionnel.
« En 2007, j'ai semé un mélange de cinq espèces avec 3 kg à l'hectare de nyger, 4 de
sarrasin, 5 de phacélie, 10 d'avoine du Brésil et 10 de pois d'hiver », précise l'agriculteur de
Néewiller. Pourquoi associer autant d'espèces ? « À travers la mise en place d'un couvert
végétal, je recherche plusieurs effets : un bon piégeage des nitrates et une bonne restitution
de cet élément dans la culture suivante, une couverture complète et rapide du sol et une
structuration de celui-ci de façon à réduire les risques d'érosion… La phacélie remplit bien
ce dernier rôle. Le pois piège très bien les nitrates en même temps qu'il en apporte par la
suite. L'avoine du Brésil se caractérise par une masse végétale importante », explique le
praticien.







Sur les 117 hectares de son exploitation, les sols limoneux ont parfois des taux de matière
organique très faible à 1,2 %. L'apport de débris végétaux des couverts en interculture vient
compléter ceux des cultures en rotation pour améliorer cette situation organique du sol.
L'introduction de nyger et de sarrasin dans son mélange relevait plus de l'essai « pour voir
». « ,Le sarrasin est sensé débloquer une partie du phosphore du sol pour le rendre
assimilable par les cultures, explique-t-il pas complètement convaincu de cet effet. Quant
au nyger, malheureusement les plantes ont été consommées par les limaces. »
En 2008, Gérard Heintz optera pour trois espèces dans son mélange : phacélie, pois
d'hiver et vesce. « Ce sont trois couverts gélifs, ce qui permet de limiter le coût de leurs
destructions, de ne pas dépendre du Round up pour les détruire. Cette composition couvre
vite le sol, notamment le pois, et étouffe les mauvaises herbes. Le système racinaire des
plantes choisies structure bien le sol et ce mélange est économiquement viable », n'oublie
pas Gérard Heintz. L'agriculteur se fixe toujours comme règle de ne pas dépasser 30 à 35
euros/hectare de coût de semences.






Gérard Heintz n'a pas toujours mis en place des couverts végétaux en interculture. La
monoculture de maïs est courante dans la région. « Dans notre secteur et notamment sur
le village de Néewiller, il y a des problèmes récurrents d'érosion avec des coulées de boues
dans les pires scénarios, comme en 2000 où deux se sont produites en mai et juin. Vus les
sinistres causés chez les particuliers et le coût imputé à la municipalité — Gérard Heintz
est maire adjoint de Néewiller — je me suis posé la question de voir ce qu'il était possible de
faire sur les terres agricoles. »
L'agriculteur a abandonné le labour et a remis en cause une partie de sa monoculture de
maïs. Les couverts sont pratiqués entre blé et maïs (ou tournesol) et entre orge d'hiver et
maïs. « Mais attention au semis après orge d'hiver car cette culture a un effet allélopathique
se traduisant par une mauvaise levée du couvert végétal qui suit », signale Gérard Heintz.
Entre les maïs, l'agriculteur ne laboure pas le sol et laisse les résidus qui font office de
couvert pendant l'automne et l'hiver.





Il se réjouit des économies d'engrais que permettent les couverts végétaux en interculture. «
En 2006, sur une parcelle test, j'avais réalisé un mélange pois/vesce avant maïs. Sur celui-ci,
je n'ai eu à apporter que 30 unités d'azote pour son démarrage. Dans un itinéraire classique, la
culture a besoin de 170 unités. Les économies sont également possibles sur les apports de
potasse. Et le rendement du maïs reste satisfaisant à 100 quintaux par hectare sans irrigation.
»

Gérard Heintz, 117 hectares à Néewiller dans le Bas-Rhin observe l'effet structurant de la moutarde, encore en place, sur le sol. Celle-ci a été détruite par le gel. (C. Gloria)

Gérard Heintz, 117 hectares à Néewiller dans le Bas-Rhin observe l'effet structurant de la moutarde, encore en place, sur le sol. Celle-ci a été détruite par le gel. (C. Gloria)

 

En semis direct juste après le blé

Les problèmes d'érosion constatés l'ont amené à introduire les céréales à paille dans ses
rotations culturales. « Ces cultures demandent plus de temps que la monoculture de maïs.
Dans notre région, elles deviennent économiquement intéressantes dès lors que l'on
implante des couverts végétaux en interculture qui nous permettent d'économiser en
engrais. »
Gérard Heintz sème les couverts le plus rapidement possible après récolte du blé en semis
direct à raison de 1,5 hectare de l'heure. « On bénéficie de la fraîcheur conservée grâce
aux résidus de la moisson mais les semences doivent être bien positionnées pour lever
aussi vite, voire plus rapidement que les repousses de céréales. »
Des herbicides à base de certaines sulfonylurées ont dû être abandonnés à cause de leur
persistance d'action trop longue qui se répercutait sur les cultures intermédiaires.
L'implantation soignée d'un couvert végétal en interculture demande de revoir certaines de
ses pratiques si l'on veut en tirer tous les bénéfices escomptés.



Pour en savoir plus

Voir dossier de Réussir Céréales Grandes Cultures de mai 2008 consacré aux cultures
intermédiaires (RCGC n°214 p. 26 à 33).

Source Réussir Céréales Grandes Cultures Mai 2008

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