Dans quelle mesure le réchauffement climatique va-t-il impacter les exploitations ?

Benoît MOUREAUX

Dans quelle mesure le réchauffement climatique va-t-il impacter les exploitations ?

L’agriculture faisant partie des activités les plus dépendantes du climat, les exploitations agricoles ont un rôle majeur à jouer en vue d’en atténuer les conséquences mais aussi de limiter le réchauffement. Philippe Gate, directeur scientifique chez ARVALIS, fait le point sur les contraintes et « opportunités » qui pourraient se présenter.

Perspectives Agricoles : Les pratiques agricoles devront-elles changer ?

Philippe Gate : Afin de répondre aux besoins alimentaires des populations, il convient en premier lieu de diagnostiquer et d’anticiper les risques liés aux fortes températures, à la sécheresse et à la présence d’une plus forte variabilité interannuelle, avec des événements plus extrêmes. D’ores et déjà, des choix stratégiques d’adaptation des variétés sont proposés : variétés de blé plus tolérantes à la canicule, à la sécheresse, plus stables vis-à-vis des aléas, ou encore pour le maïs, des variétés aptes à croître à de basses températures pour réussir les stratégies d’esquive. Les itinéraires techniques seront à adapter pour profiter au mieux de la « nouvelle donne » et des ressources alors disponibles. Pourquoi ne pas imaginer deux cultures en un an, que des orges de printemps pourraient être semées à l’automne ou encore un blé de printemps amélioré et précédé d’une culture nouvelle ? Le « panier des espèces » sur une exploitation sera amené à évoluer, en fonction de sa situation géographique, ce qui est également à anticiper.

P. A. : Faut-il repenser la gestion du carbone ?

P. G. : La production agricole participe à la captation massive du carbone de l’air, présent sous forme de CO2, à travers le mécanisme de la photosynthèse permis par l’énergie solaire, que seuls les végétaux sont capables de réaliser. La capacité de stockage dépend de la faculté de la plante à produire de la biomasse au cours du temps. Dans le cas des productions céréalières, le carbone est stocké dans les grains et dans la matière végétative, dont une fraction retourne au sol le plus souvent. Or cette restitution par les résidus de culture, et a fortiori par les couverts végétaux, est le facteur le plus important d’augmentation de la teneur en carbone dans le sol, bien avant l’impact d’un travail du sol simplifié. Ainsi, l’augmentation des rendements, et donc de la biomasse produite par hectare et par an, entraîne un stockage de carbone plus important dans la plante avec, en conséquence, plus de restitutions au sol de ce dernier. Sont également à prendre en compte, les opportunités d’utilisation de la biomasse, notamment pour la production d’énergies renouvelables.

P. A. : Quelles en seront les conséquences en particulier pour la fertilisation ?

P. G. : Les émissions de gaz à effet de serre des productions agricoles sont essentiellement liées à la fertilisation azotée. Il faut donc viser une moindre consommation d’engrais et des engrais émettant moins de gaz à effet de serre, tout en apportant aux plantes les éléments minéraux dont elles ont besoin. Les couverts végétaux, à base de légumineuses notamment, pourront y contribuer ainsi que l’amélioration de l’efficience des engrais grâce aux nouveaux outils de modélisation et de géolocalisation, issus de la révolution numérique. Il est démontré, par exemple, qu’un sol non fertilisé gorgé d’eau émet bien plus de protoxyde d’azote qu’un sol fertilisé à l’optimum, en bon état de fonctionnement. Les outils de diagnostic et d’aide à la décision existants ou en cours de développement nous donnent les moyens d’adapter les pratiques, à l’échelle de la parcelle, pour éviter les situations à risque, en particulier face à l’augmentation des aléas interannuels.

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