Débouchés : Des féveroles pour l'Égypte made in Normandie

Nicole Ouvrard

Pour remplacer le pois, la coopérative de Creully, située dans le Calvados, a visé le haut de gamme en production de féverole : le marché de l'alimentation humaine pour l'export.

Dans la plaine de Caen dans le Calvados, les agriculteurs ont une culture de la rotation. La disparition progressive de la production de pois protéagineux a été vécue comme une catastrophe. « Les nombreuses têtes de rotation présentent un grand intérêt en bordure maritime Nord : elles permettent d'améliorer la qualité sanitaire de nos blés », explique Willy Patsouris, directeur de la coopérative de Creully. En 2004, la coopérative s'est lancée dans la production de féverole pour remplacer le pois. « En 2007, elle a assuré la meilleure marge pour nos adhérents », se réjouit Alexandre Hemet, technico-commercial de la coopérative. Car à Creully, on vise la plus forte valeur ajoutée : le marché de l'alimentation humaine à destination de l'Égypte.

Mais pour cela, il faut être irréprochable sur la qualité du grain, les opérateurs égyptiens étant extrêmement exigeants. « Les critères de qualité sont l'absence de grains bruchés, c'est-à-dire attaqués par la bruche, ainsi que l'homogénéité de la couleur et de la taille des grains », explique Alexandre Hemet. Il faut un grain beige clair. En 2005, l'Égypte a été fortement demandeuse en féverole. La France a répondu à cet appel, « mais elle n'a pas été digne de l'Égypte car on lui a envoyé des féveroles de qualité médiocre », regrette Willy Patsouris. Conséquence : la féverole française a désormais une mauvaise réputation, alors qu'elle est en concurrence avec l'Australie et la Grande-Bretagne. « Il faut redorer notre blason en améliorant la qualité », martèle-t-il.

Les fèves font partie des menus de fête en Égypte. Malgré la baisse de la collecte de féveroles en France, les exportations sont en hausse en 2007-2008. (N. Ouvrard)

Les fèves font partie des menus de fête en Égypte. Malgré la baisse de la collecte de féveroles en France, les exportations sont en hausse en 2007-2008. (N. Ouvrard)

 

Développer une approche « filière »

La coopérative de Creully s'en donne les moyens. « Nous avons dès le début développé une approche filière très forte en impliquant les agriculteurs les plus motivés », évoque Jérôme Courty, responsable approvisionnement et à l'initiative du projet. Chaque adhérent a la possibilité de suivre une formation sur la production de la féverole assurée par Bernard Gaillard, le spécialiste de cette culture chez Arvalis. « Cette formation est gratuite pour les agriculteurs », insiste Jérôme Courty. De plus, des tours de plaine spécifique, dits rallyes féverole, sont organisés au printemps, notamment au stade début floraison, juste avant d'éventuelles attaques de la bruche, l'ennemi numéro 1. « Nous avons voulu créer un esprit de club pour mener à bien cette filière, de sorte que les agriculteurs se sentent véritablement impliqués dans la qualité du produit final », poursuit Jérôme Courty.

Pour autant, le directeur et le conseil d'administration n'ont pas voulu mettre en place de contractualisation avec les agriculteurs. « Qui dit contrat dit garantie de prix ; or les prix sont trop fluctuants sur cette production, justifie le directeur de la coopérative. De plus, nous n'assurons pas la commercialisation jusqu'au client final. Notre production n'est pas suffisante pour remplir un bateau en direction d'Alexandrie ou de Port Saïd. Nous vendons à des traders qui se chargent de l'exportation. » Les principaux opérateurs sur ce marché sont actuellement In Vivo et Soufflet.

Colorations différentes de la féverole. Le grain doit être de couleur homogène beige clair. Si la récolte est trop tardive, la gousse s'ouvre et la graine brunit.  (DR)

Colorations différentes de la féverole. Le grain doit être de couleur homogène beige clair. Si la récolte est trop tardive, la gousse s'ouvre et la graine brunit. (DR)

 

Maîtriser la logistique

À Creully, de 400 tonnes en 2004, la collecte est passée à 3000 tonnes en 2007 et devrait doubler en 2008. Pour ces 3 000 tonnes, la logistique à mettre en oeuvre est complexe. La coopérative doit mobiliser deux cellules dans ses sept dépôts afin que les chefs de dépôts puissent analyser la qualité visuelle des grains de chaque benne et isoler aussitôt les féveroles aptes au marché égyptien. Les autres seront orientées vers le marché de l'alimentation animale. À cela s'ajoutent des transferts vers les deux séchoirs de la coopérative pour parfaire la conservation et la qualité visuelle du grain (il ne doit pas se rider). « L'été dernier, les manutentions ont été nombreuses avec les conditions de récoltes difficiles que nous avons eues », reconnaît Jérôme Courty. Mais cela en valait la peine. Les ventes se sont bien passées : la coopérative n'avait rien vendu avant la récolte. Elle a vendu au prix fort, au moment où les Égyptiens s'approvisionnaient pour le Ramadan qui débutait dès le 12 septembre en 2007. Là-bas, les fèves font partie des plats de fête.

Source Réussir Céréales Grandes Cultures Février 2008

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier