Des semis « pas comme les autres » !

Catherine Perrot

Christophe Hamon et Emmanuel Mérot, ingénieur réseau Déphy Écophyto, dans la parcelle de lupin/triticale, semée fin septembre.
Christophe Hamon et Emmanuel Mérot, ingénieur réseau Déphy Écophyto, dans la parcelle de lupin/triticale, semée fin septembre.

Chez Christophe Hamon, de La SCEA Les Plumes grises, à La Meilleraye de Bretagne, les semis de céréales sont souvent un peu différents de la « norme ». Après avoir mélangé des variétés, l’agriculteur se lance désormais dans des cultures associant céréales et légumineuses.

«Chez nous, les semis de céréales sont terminés ! » Depuis maintenant quinze années qu’il pratique les « TCS » (Techniques de conservation du sol), Christophe Hamon, producteur de grandes cultures et de canards à La Meilleraye de Bretagne, est désormais habitué à « terminer ses semis au moment où les autres s’y mettent tout juste ! »
« En TCS, on sème tôt car on craint les pluies, qui diminuent la portance des sols. De plus, nos sols se réchauffent moins vite, car ils ne bénéficient pas de l’effet oxygénation du labour. En général, les semis lèvent plus lentement. » Cette année toutefois, cette généralité est battue en brèche, car la météo étant clémente, les céréales sont déjà bien levées.
Chez Christophe Hamon, la préparation du sol avant les semis consiste en un déchaumage juste après la récolte du précédent, suivi d’un rappuyage, « et puis c’est tout ! » Une économie de passages qui séduit de plus en plus d’agriculteurs : « On voit beaucoup de céréales implantées sans labour », confie Emmanuel Mérot, ingénieur réseau à la chambre d’agriculture, qui suit l’exploitation de Christophe Hamon, dans le cadre du groupe Déphy Écophyto qu’il anime.
Pour ses semis de céréales, Christophe Hamon mélange plusieurs variétés, de précocité équivalente, dans l’idée de moduler les risques et d’obtenir une régularité interannuelle : « Il n’existe pas de variété « complète », résistante à toutes les maladies et à la verse ». Cette année, il a donc semé, un mélange de Arezzo/Rubisko/Cellule avec son semoir à semis direct, John Deere 750. L’agriculteur réalise également un désherbage au semis, « incontournable en cultures d’hiver ».

Cultures associées

Cet automne, deux nouveautés chez Christophe Hamon : la première consiste en un semis de lupin/triticale, réalisé pour Terrena (1). « C’est une technique séduisante », commente l’agriculteur. « Le lupin n’est pas une plante agressive, et, après semis, elle ne couvre pas rapidement le sol ». Beaucoup d’agriculteurs ont ainsi eu de mauvaises expériences avec cette culture qui se salit particulièrement.
« L’associer avec du triticale, à petite dose, permet de limiter le salissement : le triticale occupe rapidement le terrain », explique Christophe, qui poursuit : « En outre, en cas d’excès d’eau hivernal, si le lupin dégage, il restera toujours un petit quelque chose à récolter ».
Christophe Hamon a semé son lupin/triticale fin septembre : « Ce qui est bien pour le lupin, mais un peu tôt pour le triticale. Du coup, il faut choisir une variété tardive ». Le mélange des deux semences a été fait manuellement, dans la trémie du semoir : « La seule différence par rapport à notre pratique habituelle a été de moins remplir la trémie, et donc plus souvent, pour éviter une séparation des grains. »
Pour l’autre expérimentation réalisée sur ses terres, Christophe Hamon a poursuivi la logique de l’association des cultures : « Si les éleveurs font des prairies en associant graminées et légumineuses, pourquoi pas nous en grandes cultures ? » L’agriculteur a donc choisi d’associer du blé (dose normale, environ 220 grains/m²) avec de la féverole (2), à mi-dose. Le semis a été réalisé le 7 octobre dernier.
Dans cet essai, son objectif est de récolter du blé. La féverole semée est une féverole de printemps, qui ne devrait pas survivre aux premières gelées. Mais Christophe Hamon espère qu’avant de disparaître, la féverole pourra apporter une couverture de sol, une diversité racinaire (favorable à la structure du sol), et une meilleure mobilisation de l’azote présent. S’il reconnaît que la culture ne sera peut-être pas « facile à piloter », il en attend avec impatience les résultats.


(1) La coopérative possède un gros débouché sur le lupin et cherche à promouvoir cette culture.
(2) Une semence issue de sa précédente récolte.
(3) L’exploitation était auparavant en monoculture de blé !

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