Des variétés rustiques de blé pour économiser en intrants

Christian Gloria

Des variétés rustiques de blé pour économiser en intrants
Les croisements de matériel génétique sont soumis à des conditions extrêmes pour ne garder que les plants résistant aux maladies et aux stress azotés. Objectif final : obtenir la lignée qui répondra au mieux à ces exigences. - © C. Gloria

Dans la diversité des variétés de blé inscrites en France, il y a celles qui résistent bien aux maladies, voire aux stress azotés. État des lieux de la recherche variétale sur ces blés rustiques permettant de réduire les intrants tout en préservant ses marges.

Des variétés rustiques de blé pour économiser en intrants
DR

« On mélange les variétés pour limiter les risques de maladies »

Le témoignage de David Bouillé, ingénieur Dephy Écophyto à la chambre d'agriculture de Bretagne.

« Dans notre groupe Dephy (1), nous nous orientons sur le bas niveau d'intrant tout en veillant à préserver de bons niveaux de rendements. Depuis cinq ans, nous réalisons un travail de choix de variétés en conséquence. Fructidor, Cellule ou Lyrik ont répondu à nos exigences et ont connu un certain succès dans l'Ouest, grâce notamment à leur bonne tolérance à la septoriose. Mais le souci actuel sur cette génétique, c'est la rouille jaune avec chaque année des contournements de résistance observés sur des variétés qui tenaient jusqu'alors. C'est ce qui s'est passé avec Fructidor et Lyrik que l'on ne peut plus cultiver à bas intrants. Mais dans le groupe Dephy, nous avons fait le choix du mélange variétal associant jusqu'à cinq variétés sachant que l'utilisation est pour l'alimentation animale. Exemple d'un mélange : Cellule, Lyrik, Rubisko, Fluor et Attlass. Les trois quarts des agriculteurs du groupe ont adopté cette stratégie. Ces mélanges avec des blés aux profils de précocités proches présentent plusieurs intérêts. D'abord, si une variété décroche face à une maladie, les autres opposent un effet de barrière avec leurs caractères de tolérance, ce qui réduit l'intensité de l'attaque parasitaire. La stratégie du mélange permet de lisser en outre les rendements. D'autre part pour l'agriculteur, l'adoption d'un mélange sur toutes ses parcelles permet de recourir aux mêmes interventions et de gagner en confort de travail. Dans notre groupe, un seul fongicide suffit le plus souvent pour protéger les blés, voire deux parfois et les régulateurs sont abandonnés. Avec la limitation du risque de maladies et de verses, on arrive à faire de bonnes économies sur l'utilisation de ces intrants. »

(1) 12 agriculteurs du bassin versant du Meu, à l'ouest de Rennes.

Elles produisent un peu moins que les meilleures variétés conventionnelles. Mais elles résistent bien aux attaques parasitaires et peuvent s'affranchir d'un certain nombre de traitements phyto. Dans une conjoncture où les cours des blés sont bas, Les variétés de blé dites « rustiques » gagnent en attractivité grâce aux économies de charges en intrants qu'elles peuvent permettre.

À l'Inra du Rheu (UMR Igepp (1)) près de Rennes, Bernard Rolland est un des artisans de l'obtention de variétés rustiques de blé. « En sélection, nous appliquons un itinéraire à zéro fongicide et régulateur, avec une densité de semis réduite de 60 % par rapport à celle appliquée dans la région, pas d'azote au tallage et un apport diminué de 30 unités à montaison. Nous produisons ces conditions extrêmes sur les générations F6 à F8 en début de sélection fixatrice, pour pouvoir trier le matériel génétique et garder les lignées susceptibles de bien se comporter dans ces itinéraires à faibles intrants », explique l'ingénieur de recherche. Malgré une pression de sélection brutale, des variétés sont sorties de ce processus comme Lyrick, Grapelli, Granamax, développées par Agri Obtentions il y a quelques années. « Nous avons connu une bonne période il y a cinq ans environ avec plusieurs variétés performantes qui ont été inscrites au catalogue officiel. Nous sommes actuellement plutôt dans un creux en matière d'obtentions, reconnaît Bernard Rolland. Il y a malgré tout des variétés récentes intéressantes comme Nemo, Descartes, Gimmick... »

Une évolution de la rouille jaune à prendre en compte

Les sélectionneurs privés travaillent également à l'obtention de variétés rustiques même si la pression de sélection n'est pas aussi sévère. Avec le rendement et le taux de protéines, la résistance aux maladies fait partie des orientations prioritaires de la recherche variétale. Mais il y a de nombreuses maladies touchant le blé. Sélectionneur chez Florimond Desprez, Thierry Demarquet dresse un tableau des « forces en présence ». « Actuellement, nous sommes témoins d'une évolution de la rouille jaune qui s'adapte même aux conditions de productions des pays chauds. À l'aide de nouvelles ressources génétiques, nous tentons de cumuler dans les mêmes variétés plusieurs gènes de résistance avec l'utilisation de marqueurs moléculaires qui permettent de suivre ces gènes dans un programme de sélection. Ce travail de "pyramidage" des gènes prend du temps et nous pourrions obtenir des variétés cumulant plusieurs de ces gènes dans cinq ans », évalue Thierry Demarquet. Un tel "pyramidage" pourrait limiter fortement les risques de contournement de résistance génétique par de nouvelles souches de rouille jaune comme l'on en a connu dernièrement.

Des variétés rustiques de blé pour économiser en intrants

Cette résistance durable est également recherchée pour les autres maladies comme la rouille brune ou la septoriose. « Vis-à-vis de ce dernier pathogène, la variété Cellule apporte une résistance intéressante que nous avons pu caractériser. Elle comporte un gène de résistance majeure et plusieurs gènes de résistance partielle », informe Thierry Demarquet.

Le Microdochium s'invite à la table des recherches

D'autres maladies sont plus délicates à contrôler sur le plan génétique comme la fusariose des épis. « On est plus sur de la tolérance que sur de la résistance. Quand il y a une pression forte de Fusarium, les variétés jugées bonnes ne permettent pas d'éviter la maladie. On ne connaît pas de gènes précis de résistance mais plutôt des régions du génome (les QTL) apportant un intérêt dans la tolérance à cette maladie. Après la création d'Apache tolérante à ce pathogène, il reste à accomplir un pas de plus dans la résistance à la fusariose des épis. » Pour ajouter à la difficulté du sélectionneur, de nouveaux parasites s'invitent parfois comme le Microdochium nivale qui a été très présent en 2016 dans des conditions climatiques particulières. La maladie est de mieux en mieux connue et sa présence a justifié des programmes de recherches spécifiques tels certains financés par le FSOV (2).

Si plusieurs semenciers ont lancé des programmes de sélection de blés rustiques en France, les autres pays européens ne sont pas en reste. Sem-Partners se fait fort de trouver les blés étrangers qui peuvent intéresser le marché français en orientant son offre sur des « variétés répondant aux exigences environnementales du plan Écophyto. » « Nous puisons un peu dans tous les programmes européens de sélection, présente Olivier Leblanc, responsable développement chez Sem-Partners. L'Autriche et l'Allemagne sont des partenaires qui travaillent beaucoup l'aspect rusticité à travers la résistance aux maladies et la capacité à capter l'azote en profondeur tout en sortant des blés avec des taux de protéines intéressants. »

Succès local pour nombre de blés rustiques d'origine étrangère

Sem Partners a mis sur le marché français des variétés d'origine étrangère qui ont connu un succès localement comme Chevalier, variété panifiable allemande bonne en protéines et résistante aux maladies y compris à la fusariose ou Attlass, variété Svalof Weibul (Suède) qui constitue une référence en agriculture biologique. Plus près de nous, il y a Adesso, blé de force Autrichien figurant dans la liste VRM des meuniers français ou Attraktion, blé allemand panifiable rustique montrant un bon comportement face aux rouilles et à la septoriose. « Nous développons en France des variétés déjà inscrites ailleurs en Europe. Mais nous participons aussi aux programmes de sélection en déposant des variétés à l'inscription. Cette année, nous avons trois variétés de blé d'origine belge et italienne en deuxième année d'inscription en France », souligne Olivier Leblanc.

Résistance aux maladies et bonne captation de l'azote : ces deux caractères répondent bien aux exigences des producteurs recherchant les économies d'intrants mais aussi à celles des agriculteurs biologiques. Pour ces derniers, il faut y ajouter le pouvoir de compétition vis-à-vis des adventices. Sur des parcelles à zéro intrant, près d'un tiers des essais variétaux à l'Inra est dévolu à l'obtention de variétés biologiques... pour faire gravir une marche supplémentaire à la rusticité des variétés et à leur non dépendance aux intrants.

Des variétés rustiques de blé pour économiser en intrants

(1) Institut de génétique, environnement et protection des plantes.

(2) Fonds de soutien aux obtentions végétales.

Source Réussir Grandes Cultures

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Commentaires 1

robert scea sud autan1 "ECUME173"

enfin une direction intelligentet de la recherche variétale du bon sens pour les agriculteurs et un métier retrouvant de l avenir

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier

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