Directives nitrates : Le mulch après maïs fait un bon couvert

Christian Gloria

Pas d'obligation de culture intermédiaire après un maïs grain en zone vulnérable. Les résidus de cultures font l'affaire pour piéger les nitrates.

Les résidus de maïs grain sont providentiels. Dans les secteurs en zone vulnérable au titre du quatrième programme de la directive nitrates, il y a obligation de couverture végétale des sols en hiver… sauf exceptions, après maïs grain par exemple. « La pratique du mulch après maïs grain est reprise dans les arrêtés préfectoraux, pour remplacer la mise en place d'une culture intermédiaire piège à nitrates (Cipan). Elle s'étend parfois à l'après récolte du sorgho grain et du tournesol », précise Jean-Pierre Cohan, d'Arvalis-Institut du végétal. « La Cipan peut être remplacée par un broyage fin des cannes de maïs suivi d'un enfouissement superficiel », précisent les arrêtés préfectoraux.
Des essais réalisés au début des années 2000 en attestent. « L'organisation microbienne des nitrates associée à la décomposition des résidus de culture aboutit à l'organisation de 5 à 30 kilos par hectare d'azote dans le cas de broyage fin et d'incorporation des résidus de cannes de maïs grain », précise une note du Corpen sur la réduction des risques de lixiviation des nitrates dans une monoculture de maïs grain. « Le travail doit être bien réalisé. Un broyage grossier et le maintien de résidus en surface n'ont aucune efficacité sur la réduction de lixiviation du nitrate », souligne la note.

Un broyage et un déchaumage précoce à l'automne constituent des moyens agronomiques de prévention contre le risque mycotoxines, en plus de limiter la lixiviation des nitrates. (S. Leitenberger)

Un broyage et un déchaumage précoce à l'automne constituent des moyens agronomiques de prévention contre le risque mycotoxines, en plus de limiter la lixiviation des nitrates. (S. Leitenberger)

Efficacité contre les parasites

L'association de broyage fin et d'incorporation des résidus est une technique à l'efficacité avérée — aux alentours de 70 % — sur la réduction du nombre de larves de pyrales et de sésamies qui se réfugient dans les tiges, et également contre les Fusarium. « La finesse du broyage assure cette efficacité en même temps qu'elle favorise la décomposition rapide des restes de cannes de maïs. La hauteur de destruction des cannes a son importance. Le broyage sous bec est souvent insuffisant pour être efficace contre les larves d'insectes foreurs », remarque Jérôme Labreuche, Arvalis. Des essais de l'institut technique montre que des hauteurs de broyage de 10 centimètres ou plus s'avèrent insuffisantes contre les pyrales et sésamies. « Seul le broyage tracté permet d'obtenir une hauteur de chaume la plus réduite, précise Gilles Eschenbrenner d'Arvalis. Cette hauteur très faible n'est rendue possible qu'en l'absence de cailloux et d'un sol bien nivelé. » Au contraire du broyage sous bec réalisé au moment de la récolte, le broyage tracté nécessite un passage supplémentaire avec ce que cela induit de surcoût.

Enfouir au moins superficiellement

Pour avoir une action préventive contre le risque mycotoxines, le broyage seul est insuffisant. Arvalis conseille de le combiner à un déchaumage pour enfouir les résidus de récolte. Cette combinaison permet de limiter le développement des mycotoxines selon des essais, même si les résultats montrent une certaine variabilité. Mieux, le labour sera plus efficace encore. Jérôme Labreuche conseille ce labour à l'automne quand les conditions le permettent. « Si l'on ne touche pas aux débris de culture à l'automne, ils sont plus durs à reprendre au printemps et ils se décomposeront moins bien par la suite. » Pour les producteurs qui ne peuvent pas faire autrement que de labourer au printemps, Jérôme Labreuche recommande un déchaumage à l'automne après un broyage le plus bas possible pour ne pas retarder la décomposition microbienne des résidus.
Dans des itinéraires sans labour comme le semis direct, il n'y a pas d'enfouissement. Des départements du Sud-Ouest ont résolu le problème : faire en sorte que l'incorporation des résidus ne soit pas obligatoire dans certaines situations, comme des sols présentant un fort risque d'érosion (battance) ou pour subvenir à la nutrition d'une certaine faune sauvage en accord avec les associations de chasses. Une telle dérogation laisse perplexe. L'effet contre le lessivage des nitrates est quasiment nul.

Un broyage le plus bas possible des cannes de maïs permet de détruire un maximum de larves de pyrales et de sésamies réfugiées à la base des tiges. (G. Eschenbrenner/Arvalis)

Un broyage le plus bas possible des cannes de maïs permet de détruire un maximum de larves de pyrales et de sésamies réfugiées à la base des tiges. (G. Eschenbrenner/Arvalis)

 

Source Réussir Grandes Cultures Octobre 2010

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