Exportations sur pays tiers : Le blé français en quête d'un nouveau positionnement

Gabriel Omnès

Après deux campagnes marquées par une faible disponibilité du blé en France, l'abondante récolte de 2008 a remis au goût du jour un discours récurrent. Gilles Kindelberger, directeur opérationnel de Senalia, s'est chargé de le rappeler lors de l'assemblée générale de l'opérateur portuaire, en janvier : « La part de la récolte réservée à l'export reste considérée comme une variable d'ajustement, alors que nous avons besoin de fidéliser nos clients. Si nous ne parvenons pas à sécuriser nos débouchés de façon pérenne avec de la quantité et de la qualité, d'autres risquent de prendre notre place. »
Les autres, ce sont avant tout les pays bordant la mer Noire. L'arrivée fracassante de cette origine sur le marché international du blé, au début des années 2000, a marqué une vraie rupture. « Depuis près de quinze ans, on évoluait dans un système où cinq exportateurs, les États-Unis, l'Australie, l'Argentine, le Canada et l'Europe, se partageaient le marché mondial, rappelle François Gâtel, directeur de France export céréales. Puis la Russie, l'Ukraine et le Kazakhstan sont apparus. Au début, on pouvait se demander si ce phénomène était conjoncturel. Aujourd'hui, malgré une production en dents de scie, il s'avère que nous devons compter avec eux. »

Sécuriser les débouchés de façon pérenne en quantité et en qualité est un enjeu plus que jamais d'actualité pour la filière française à l'export. (P. Cronenberger)

Sécuriser les débouchés de façon pérenne en quantité et en qualité est un enjeu plus que jamais d'actualité pour la filière française à l'export. (P. Cronenberger)

Nouvel échiquier mondial

L'Europe, France en tête, avait trouvé sa place parmi les cinq pièces maîtresses régnant sur l'échiquier mondial. Certes, le blé français ne pourra jamais prétendre aux mêmes débouchés que le prestigieux blé hard américain ou que le blé de printemps australien. Mais la récolte tricolore, de type « semi-hard », a réussi à se démarquer du « soft » produit outre-Atlantique, de qualité inférieure, et fait jeu égal avec son homologue argentin. Elle est même parvenue à prendre des parts de marché aux champions internationaux de la qualité. À force de démonstrations auprès de meuniers, des organismes comme France export céréales ont convaincu les utilisateurs que la céréale made in France pouvait avantageusement remplacer les blés les plus prisés de la planète pour certains types de panification.
L'irruption de la mer Noire est venue bouleverser cet équilibre. « Jusqu'à l'arrivée de la mer Noire sur le marché, les grandes nations exportatrices étaient des compétiteurs pour la France, mais nous pouvions proposer une qualité intéressante à pas trop cher, résume François Gâtel. La mer Noire, surtout la Russie, a été capable d'offrir la même qualité à plus bas prix, avec l'avantage de la proximité vers des destinations comme l'Égypte. »

Présence en pointillés

Tout un symbole. Avec ses 7 millions de tonnes de blé importées chaque année et sa position de premier acheteur mondial, Le Caire est incontournable pour équilibrer le bilan français… les années pléthoriques. En revanche, les années de petite récolte européenne, les expéditions vers le pays des Pharaons se font beaucoup plus rares. « Sur dix ans, les livraisons françaises vers l'Égypte ont fluctué entre 200 000 tonnes et 2,5 millions de tonnes, tempête Jean-Jacques Vorimore, président de Senalia. On ne peut pas traiter un pays comme cela. Cette année, la France devra exporter 9 à 10 millions de tonnes de blé tendre hors de l'Union européenne, et cela ne se fera pas sans l'Égypte. » La présence en pointillés de l'Europe est une aubaine pour la Russie, qui grâce à son prix, a su s'installer parmi les fournisseurs régulièrement retenus lors des appels d'offres du Gasc, l'incontournable opérateur d'État égyptien. L'Ukraine a elle aussi fait la preuve de son agressivité en début de campagne, avant d'être mise hors-jeu par ses lots punaisés.

Les élargissement successifs de l'UE vont probablement obliger la France à gonfler la part de l'export pays tiers de son bilan blé. Les opérateurs insistent donc sur la nécessité de maintenir l'effort qualitatif. « Ce qui fait l'ajustement du marché, c'est le prix, reconnaît Richard Pedron, chez In Vivo. Mais il y a un écart de prix lié à la qualité que l'acheteur sait utiliser, qu'il est donc prêt à payer. Et ne pas disposer de la qualité, c'est s'exposer au risque de ne pas pouvoir vendre les années de récolte abondante. On a mis trop longtemps pour sortir de cette ornière, il ne faut pas y retourner. »

 

Source Réussir Grandes Cultures Mars 2009

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