Faut-il avoir peur des variétés tolérantes aux herbicides (VTH) ?

Lise Monteillet

Faut-il avoir peur des variétés tolérantes aux herbicides (VTH) ?

Le débat fait rage entre les partisans et les détracteurs des plantes rendues tolérantes aux herbicides, grâce à la technique de la mutagénèse. Un sujet sur lequel le Conseil d’État devrait se prononcer prochainement.

158 000 hectares de tournesol rendus tolérants à un herbicide (VTH) ont été cultivés en France, en 2016, selon Terres Inovia, l’institut technique des professionnels de la filière des huiles et protéines végétales. En colza, ces surfaces représentaient moins de 10 000 hectares en 2015, selon la même source. « De très nombreuses variétés en sont issues tant dans le domaine des grandes cultures que du maraichage ou de l’arboriculture et les bénéfices environnementaux et nutritionnels sont aujourd’hui établis », affirme Terres Inovia.

Les VTH sont issues de la mutagénèse, technique mise au point par la recherche publique depuis plus de 50 ans. Elle consiste à introduire des mutations génétiques chez un organisme vivant, par différents procédés. Cette technique a considérablement évolué au cours des dernières décennies. A tel point qu’une partie de la société civile se questionne sur la dangerosité des VTH et les assimile à des « OGM cachés ».

Ainsi, en 2015, un collectif de neuf associations, dont la Confédération paysanne, a porté un recours devant le Conseil d’État. « La mutagénèse, c’est le cheval de Troie des industriels. Ils produisent ainsi des OGM qui échappent à leur champ d’application », souligne Guillaume Tumerelle, avocat du collectif.

La plus haute juridiction administrative en France n’a pas encore rendu sa décision. Mais au cours d’une audience publique, le rapporteur public a proposé d’interroger la Cour de justice de l’Union européenne sur la conformité de la directive 2001/18 avec le principe de précaution. Cette directive est relative à la dissémination volontaire d'organismes génétiquement modifiés dans l'environnement.

Des pros et des antis

Les lanceurs d’alerte mettent en avant le risque de dissémination des VTH vers d’autres espèces, notamment les plantes adventices, ainsi que la sous-évaluation des effets non intentionnels. Le sujet divise la classe scientifique. Yves Bertheau, directeur de recherches à l’Inra, regrette ainsi qu’il ne soit pas procédé à une évaluation suffisante des risques.

De son côté, Terres Inovia met en exergue les bons résultats environnementaux et économiques des VTH : « diminution des quantités de désherbant appliqué », « limitation du développement de l’ambroisie et de l’orobranche » , etc. Et d’ajouter, concernant les propositions du rapporteur public : « il est inacceptable qu’un certain nombre de données publiques de Terres Inovia, (…) dont une des missions est l’évaluation des innovations, n’aient pas été prises en compte ».

La décision du Conseil d’État est attendue dans les prochains jours. Si elle devait entériner l’avis du rapporteur public, il faudrait encore attendre plusieurs mois avant que le dossier soit tranché à l'échelon européen. 

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Commentaires 3

jean pierre

Sauf que, gigi45, la nature le fait de manière aléatoire et très progressivement....alors que nous, nous le faisons pour une seule raison , le bénéfice.Le résultat ne peut être aussi progressif, on ne peut pas ce placé sur la même échelle de temps que l'évolution!!

Lise de Pleinchamp

Merci monsieur pour cette précision. La justesse des mots est en effet primordiale quand on aborde de tels sujets, parfois difficiles à appréhender pour le grand public.

gigi45

A l'intention de la journaliste : on n'introduit pas des mutations génétiques, on les provoque !Alors que pour les OGM , on introduit un morceau d'ADN dans la plante. Nuance !
Il est assez amusant de voir tous ces opposants vouloir interdire les mutations et donc l'évolution qui est à la base de la vie sur terre. Chacun de nous n'est pas seulement le résultat du mélange aléatoire des gènes de son père et de sa mère, mais aussi des mutations qui ont pu apparaître sur les gamètes du père et de la mère avant la fécondation. Nous sommes tous des mutants comme toutes les plantes et tous les animaux. En fait si on comprend la logique de ces ONG seule la nature aurait le droit de créer des mutants pas les humains.

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