Faux départ à l’export pour les marchés agricoles de l’Ukraine

Gabriel Omnès - Réussir Grandes Cultures Décembre 2011

Faux départ à l’export  pour les marchés agricoles de l’Ukraine
Seules 6 millions de tonnes de blé, d’orge et de maïs avaient été exportées au 18 novembre. © N. Ouvrard

Les taxes à l’export instaurées en juillet et les imbroglios sur la TVA ont quasiment écarté l’Ukraine du marché mondial pendant la première moitié de la campagne.

Récolte 2012 : Les cultures menacées par la météo

Colza en Ukraine en 2009. © N. Ouvrard
Une baisse de 20 % au moins des surfaces de colza est prévue en 2012.

Les conditions de semis extrêmement sèches cet automne ont pénalisé les semis de blé et de colza. Les retards pris à la levée pourraient ainsi rendre les cultures très sensibles au moindre accident climatique. « On estime que, dans l’état actuel, déjà au moins 20 % de surfaces de colza ne passeront pas l’hiver », affirme Olivier Bouillet, d’Agritel. Or, si la situation s’avère très inquiétante en mars, le gouvernement pourrait être tenté de préserver le marché intérieur en bridant de nouveaux les exportations.

C’est la grande absente du marché mondial sur la première moitié de campagne : malgré son excellente récolte de blé et une production record de maïs, l’Ukraine s’est faite très discrète dans les appels d’offres internationaux depuis le début de la saison commerciale. « Les exportations se sont faites jusque-là sur un rythme très décevant, notamment en blé et en orge, confirme Olivier Bouillet, du bureau d’Agritel basé à Kiev. L’explication, c’est que la plupart des opérateurs attendaient que le président lève les taxes à l’export instaurées en juillet. » C’est chose faite depuis le 7 octobre pour le blé et pour le maïs. À la mi-novembre, les exportations n’avaient pourtant pas repris sur les chapeaux de roues. « Dans la foulée de la levée des taxes, les exportateurs attendaient l’approbation d’un système de TVA zéro pour les exportations de grains directement achetés aux agriculteurs, mais le président ukrainien a finalement opposé son véto à cette loi votée par le parlement », explique Olivier Bouillet.
L’espoir de la suppression de la TVA a poussé les agriculteurs qui le pouvaient à jouer la rétention même après la levée des taxes. Ainsi, seulement 6 millions de tonnes (Mt) de blé, d’orge et de maïs avaient été exportées au 18 novembre, dont 1 Mt pour le maïs sur les deux dernières semaines. Impossible dans ces conditions d’atteindre au 1er janvier les 10 Mt sur lesquelles tablaient encore certains analystes au moment de la levée des taxes à l’export.

Disponible exportable

Ce faux départ pourrait coûter cher à l’agriculture ukrainienne. Les objectifs initialement annoncés de 22 à 23 millions de tonnes de céréales exportées sur la campagne nécessiteraient que la machine logistique tourne à pleine capacité pendant les six prochains mois. Un scénario peu compatible avec l’entrée dans l’hiver qui affecte fortement les moyens de transport. La campagne 2011-2012 offrait pourtant d’excellentes opportunités pour l’Ukraine : après avoir été black listée trois ans durant par les autorités égyptiennes, le blé ukrainien a pu participer récemment à trois appels d’offres lancé par le GASC, l’opérateur public, et même contracter 180 000 tonnes pour la première fois depuis trois ans.
Le pays a également une énorme carte à jouer en maïs. La production est créditée de 21 Mt par l’USDA, contre
12 Mt l’an passé. De quoi dégager un disponible exportable de 10 Mt. L’importance de la récolte est telle que « son avancement a été ralenti par l’engorgement des capacités de séchage dans le pays, qui pourrait engendrer le report d’une faible partie de la récolte au printemps prochain », relate FranceAgriMer. L’effet de dégagement s’est fait pleinement sentir pour les producteurs obligés de vendre à la sortie du champ, faute de pouvoir sécher et stocker. Certains ont ainsi cédé leur maïs à 100 euros la tonne, soit 30 % de moins que les prix pratiqués actuellement.
La question est donc de savoir quelle pression exercera l’Ukraine au cours  de la seconde moitié de campagne, et quel rythme autoriseront les capacités logistiques du pays. L’Ukraine qui s’est installé au sixième rang des exportateurs mondiaux de blé, pourrait venir concurrencer la France sur ses débouchés méditerranéens et freiner les exportations de maïs et d’orge françaises à destination du Maghreb.

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