Fertilisation et amendements : Produits des villes pour fertiliser les champs

Christian Gloria

Les produits organiques issus d'activités urbaines, industrielles ou d'élevage sont utilisés comme substituts aux engrais minéraux. Avec plus d'un atout dans leur sac.

Ce n'est pas l'explosion des utilisations. Mais les apports de produits dits « résiduaires organiques » (les PRO) augmentent régulièrement. Issus de boues de station d'épuration, de compost de villes, de vinasses et écumes de l'industrie de la betterave…, ils ne représentent que quelques pourcents des apports organiques à côté des effluents d'élevage qui se chiffrent à 150 millions de tonnes. Ramenés à l'élément fertilisant, c'est sur le phosphore (5 %) que les apports organiques, hors effluents d'élevage, apportent le plus. Dans les régions de grandes cultures éloignées des zones d'élevage, les PRO prennent une proportion plus importante dans les apports de phosphore et de potassium notamment. Ils devraient encore augmenter. « Le Grenelle de l'environnement vise à produire moins de déchets et en même temps à en recycler beaucoup plus tout en diminuant le recours au stockage et à l'incinération. Ces objectifs concernent en particulier les déchets ménagers qui sont de plus en plus orientés vers le recyclage, informe Fabienne Muller-David, Ademe. Les objectifs du Grenelle vise un doublement de la production de compost d'ici 2015, à savoir passer de 2 à 4 millions de tonnes de compost produits », ajoute-t-elle.

Pour de nombreux déchets organiques, la disponibilité du phosphore à court terme est équivalente à celle des engrais minéraux. (D. Poilvet)

Pour de nombreux déchets organiques, la disponibilité du phosphore à court terme est équivalente à celle des engrais minéraux. (D. Poilvet)

Valeur fertilisante à définir

L'utilisation optimale d'un PRO repose sur la qualité de l'analyse du lot qui aura été livré à l'agriculteur. Le producteur doit fournir l'analyse du lot effectivement livré, réalisée dans les normes d'échantillonnage et par un laboratoire indépendant du fournisseur et du distributeur. Ce qui peut paraître une évidence mérite d'être vérifié plutôt deux fois qu'une.
Quelle est la valeur fertilisante de ces produits résiduaires organiques comparée à celle des engrais minéraux ? Des études sont en cours. « On peut déjà établir que la disponibilité du phosphore à court terme de nombreux déchets organiques est équivalente à celle des engrais minéraux, notamment chez des lisiers de porc et des boues d'épuration biologique pour lesquels les valeurs fertilisantes phosphatées sont supérieures à 90 %, précise Monique Linérès, Inra. Certains types de traitement comme le compostage diminuent la biodisponibilité du phosphore. »

Variations sur l'azote

Caractériser un PRO sur sa valeur fertilisante azotée apparaît plus délicat. « Le devenir de la fraction ammoniacale de l'azote des PRO ainsi que de la fraction uréique est tout à fait comparable à celle des engrais minéraux. Une part importante de l'azote ammoniacal peut être perdue par volatilisation, rappelle Alain Bouthier, Arvalis. Les produits doivent être rapidement et correctement incorporés. Quant à l'azote organique des PRO, il ne devient disponible pour la nutrition des cultures qu'après dégradation de ces matières organiques selon des dynamiques très variables. Des coefficients apparents d'utilisation (CAU) de l'azote total ont été proposés pour les PRO les plus courants. » Mais les essais montrent une grande variabilité selon les années, les cultures réceptrices… En s'étant basé sur des résultats d'essais menés de 1997 à 2001, le groupe Soufflet présente ses produits avec un niveau de disponibilité de l'azote sur la première année, en mentionnant la quantité libérée à l'automne (pour une application l'été) et au printemps. La quantification de l'azote restant à apporter à la sortie de l'hiver doit reposer avant tout sur les analyses de reliquats.

En plus d'apporter des éléments fertilisants, on attend des PRO qu'ils agissent positivement sur les propriétés physiques et biologiques des sols. « Une expérimentation a clairement démontré que l'apport de PRO tous les deux ans augmentait les teneurs en carbone organique des sols, avec des variations de 0,16 à 0,34 grammes C/kg de sol alors que la quantité de carbone apportée à l'hectare était la même pour tous les produits, rapporte Sabine Houot, Inra. On met donc en évidence des efficacités différentes des PRO apportés. » Certains amendements ont, en plus, un effet chaulant. Les PRO répondent à de multiples besoins.

Source Réussir Grandes Cultures Novembre 2009

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