Fertilisation : La grille Comifer se paie un toilettage

Christian Gloria

En 2007 et 2009, les travaux du Comifer(1) ont abouti à une nouvelle grille de calculs des doses de phosphore et potassium à apporter.

Elles avaient besoin d'être dépoussiérées. Le groupe PKMg du Comifer a révisé les bases de calculs des doses de phosphore et de potassium à apporter aux cultures. Les fondements de la méthode ne sont pas remis en cause. Le calcul repose toujours sur l'évaluation des éléments P, K et Mg exportés dans les végétaux à l'issue de la récolte. Ces exportations sont multipliées par un coefficient dont le niveau est défini selon l'exigence de la culture, le nombre d'années sans apports et la teneur dans le sol. Les teneurs dites renforcées (Trenf.) et impasses (Timp.) sont déterminées pour chaque type de sol au sein des différentes régions.
En 2007, le Comifer a délivré un tableau révisé des teneurs en P, K et Mg que l'on trouve dans les organes végétaux récoltés. « Dans la plupart des cas, ces teneurs ont été revues à la baisse par rapport à la version précédente du tableau, et parfois de manière conséquente, relève Christian Dersigny, du pôle agronomie de la chambre d'agriculture de l'Oise. Ainsi, pour la betterave, la quantité de phosphore contenue dans les racines a été réduite de 50 % de même que le potassium dans les grains récoltés de blé », donne-t-il en guise d'exemple.

La betterave sucrière est classée parmi les cultures très exigeantes et en phosphore et en potassium.(V. Marmuse/CAIA)

La betterave sucrière est classée parmi les cultures très exigeantes et en phosphore et en potassium.(V. Marmuse/CAIA)

Évolution variétale

Pourquoi de telles baisses ? « Nous émettons comme hypothèse une évolution variétale ayant abouti à des variétés de betteraves exprimant moins de besoins en éléments P et K, sans que cela ait été voulu, remarque Rémi Duval, agronome à l'ITB. C'est surtout vrai dans le cas du phosphore pour lequel la betterave n'est pas si exigeante que cela. » L'hypothèse variétale vaut aussi pour les céréales. Selon Pierre Castillon, Arvalis, « les variétés récentes produisent de plus en plus d'amidon dans le grain ce qui a pour effet de diluer les éléments P et K transférés vers les grains. Je vois une deuxième raison à la diminution des éléments P et K dans les végétaux récoltés. Les pratiques de fertilisation ont fortement diminué des années soixante à maintenant. Autrefois, il n'était pas rare de voir des apports annuels de 150 à 200 kg/hectare d'engrais PK ce qui se traduisait par une consommation de luxe des cultures avec enrichissement des grains en ces éléments. » Dans l'ancienne version du tableau Comifer, des données d'analyses reposaient sur ces récoltes riches en PK.

Les nouvelles teneurs dans les végétaux exportés ont amené à revoir les coefficients multiplicateurs des grilles de calcul des doses de phosphore et potassium en 2009. « Pour les situations de faible biodisponibilité en éléments dans le sol (inférieures à Trenf.), ces coefficients ont été plutôt revus à la hausse, compensant en partie la baisse des exportations définies en 2007 », remarquent Pierre Castillon et Christian Dersigny. C'est l'inverse sur les sols bien pourvus en P et K. « Y compris sur les cultures à forte exigence, la grille de calculs autorise davantage les apports inférieurs aux quantités exportées d'éléments P et K ainsi que les impasses alors que cela était proscrit dans la version précédente de la grille, précise Rémi Duval. Sur des sols bien pourvus comme l'on en trouve dans le Bassin parisien, il n'y a pas de risque à faire des impasses. » Pour la potasse, les résidus exportés du précédent cultural sont moins pris en considération dans la nouvelle grille. Au bout du compte, la version 2009 de la grille de calcul du Comifer entérine la stratégie d'impasse dans des situations qui ne sont pas rares en France, sans que cela ne doive pénaliser les rendements.

 

 

 

 

Pour en savoir plus

Voir dossier Réussir Grandes Cultures de juillet-août 2010. (RGC n°238 p. 32 à 43)


(1) www.comifer.asso.fr

Source Réussir Grandes Cultures Juillet-Août 2010

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