Fourrages en élevage de bovins laitiers : Alerte maximum autour de la paille

Nicole Ouvrard

Les éleveurs ont un besoin vital de paille cette année pour nourrir leurs animaux. Les négociants décrivent déjà un phénomène de panique sur ce marché.

De toute ma carrière, je n'avais jamais reçu autant d'appels de la part d'éleveurs si tôt avant la récolte pour me commander de la paille. Mais les stocks sont vides, les rendements en paille vont être deux fois moindres, et des céréaliers avec qui je travaillais régulièrement font monter les enchères », s'inquiète Frédéric Ferrand, négociant dans le Cher et l'Indre. « Si le prix de la paille en andains se situait entre 15 et 20 euros la tonne l'an passé, il est plutôt entre 35 et 50 euros cette année. » Il implore les préfectures et la profession de s'organiser avant la moisson.

Le prix de la paille s'envole. Partout des opérations paille se montent afin d'organiser l'offre et la demande et de limiter la spéculation. (S. Leitenberger)

Le prix de la paille s'envole. Partout des opérations paille se montent afin d'organiser l'offre et la demande et de limiter la spéculation. (S. Leitenberger)

Situation désespérante

Gérard Gautier, négociant en paille se ravitaille dans la Beauce et en Touraine pour les éleveurs de la Mayenne, l'Ille-et-Vilaine et la Manche. Pour lui, la situation est bien pire qu'en 1976 car les animaux sont plus nombreux, les trésoreries des éleveurs sont à sec et le besoin en paille est plus élevé du fait des stabulations libres. « Nous ne pourrons pas répondre à la demande. Cette situation est désespérante. Je ne sais pas ce que les gens vont pouvoir donner à manger à leurs animaux. »
Il préconise une interdiction aux céréaliers de broyer les pailles. Une telle mesure a déjà été décidée en mai par le préfet de la Corrèze. Denis Vesignie, gérant de DV Négoce dans la Haute-Saône, transforme la paille pour en faire un paillage de haute qualité.
« Les prix grimpent tellement haut que je crains d'être obligé de fermer mon usine », s'inquiète-t-il. « Il faut absolument que tout le monde joue le jeu en récoltant toute la paille de céréales, de pois mais aussi de colza qui est un produit intéressant à valoriser. »
De nombreuses démarches s'organisent pour référencer les besoins. « Dans l'Eure, il nous faut mobiliser le double des surfaces, souligne Thierry Mauminot, directeur de la FDSEA 27. Notre objectif est clairement de limiter la spéculation. Nous avons chiffré le coût de la paille par rapport aux exportations d'éléments minéraux, à 23 euros la tonne, qui va servir de prix indicatif. » Le bureau commun des pailles préconise quant à lui 25 euros la tonne. « Mais nous avons aussi des céréaliers qui l'offre gratuitement », souligne-t-il. Tous les céréaliers ne sont pas des méchants spéculateurs…

Source Réussir Grandes Cultures Juin 2011

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