Grains mondiaux : à l'heure de l'abondance, que va consommer la Chine ?

Crédit Agricole, Pôle Agriculture et Agroalimentaire

Grains mondiaux : à l'heure de l'abondance, que va consommer la Chine ?

Le prix des céréales et du soja poursuit sa tendance baissière, liée à la poursuite de récoltes particulièrement abondantes depuis la 2e ou 3e année consécutive. Le maïs est un peu plus soutenu, car l'Europe et la zone Mer Noire ont souffert d'une grave sécheresse. Les stocks devraient rester élevés, ce qui relativise les inquiétudes suscitées par les aléas météorologiques de la suite de la saison : El Niño qui pourrait frapper l'hémisphère sud, et la récolte de blé 2016 toujours compromise par la sécheresse autour de l'Ukraine.

Un tournant libéral en Argentine

Les récentes  élections, qui ont vu l’arrivée au  pouvoir du candidat  partisan d’un libéralisme économique accru, devraient amener des changements importants. Les grandes cultures, richesse et source  de  devises  majeures  pour  le pays, devraient en effet être libéralisées.

Jusqu’ici, le blé et le maïs étaient encadrés  à l’exportation par des quotas ajustables, destinés à contrôler les prix intérieurs. En outre, la taxe à l’exportation s’élevait à 23  % pour le blé et 20  % pour le maïs. Pour le soja,  la taxe à l’exportation atteignait 35  %, avec une légère dégressivité pour l’huile et le tourteau (32 %) et un taux nettement abaissé pour l’agrogazole  (16 %, abaissé  à 11  % courant 2015). Cet encadrement  a encouragé  fortement la transformation du soja  - mais l’Argentine a été attaquée  devant  l’OMC 

par ses concurrents pour son soutien à l’agrogazole. Elle a aussi mené à une limitation des surfaces semées en blé et en maïs, le pays s’orientant vers une quasi-monoculture du soja, plus rentable.

Enfin, les producteurs argentins ont ces  dernières  années accumulé des stocks importants de tous les grains, ceux-ci offrant la  réserve de  valeur la  plus fiable pour eux, tout en enchaînant  mouvements de  protestation et grèves des livraisons.

La libéralisation du  secteur,  accompagnée de  la  baisse annoncée du cours du peso, devrait encourager les exportations, et par  la suite la production, et contribuer à peser sur les prix internationaux.

Le niveau de la demande est essentiel dans ce contexte et le paradoxe est de voir les principales anticipations de soutien de la consommation se situer en Chine. En fait, le ralentissement économique en cours y frappe peu la consommation alimentaire, qui reste soutenue sans même avoir besoin de la politique de développement qui vise la demande intérieure. Mais les incertitudes viennent surtout du tournant dans la politique agricole, qui a du mal à se matérialiser clairement.

La volonté est de baisser les stocks de maïs pléthoriques et le prix intérieur encore très élevé, tout en continuant à freiner les importations. Pour l’instant ceci n’a empêché ni l’augmentation du stock de maïs (aidée par une bonne récolte) ni la poursuite d’intenses achats de produits de substitution au maïs (dont bénéficie particulièrement l’orge française). Un tournant semble en cours en novembre, avec la prise de mesures précises (baisse du prix du maïs, licences nécessaires pour les importations). La chute drastique du cheptel de porcs reproducteurs (- 10 à 15 % en un an en 2015) pourra-t-elle cadrer avec la poursuite d’une forte augmentation de la consommation de grains ?

DES PRIX OSCILLANT MAIS PAS A LA HAUSSE

le blé et le maïs

Depuis  le  premier  semestre  jusqu’en  novembre,  les  prix des céréales se maintiennent autour de 150 €/t. Le colza parvient à renforcer un peu son cours, à 275  €/t.

Sur le prix en dollars, c’est une lente érosion qui s’observe depuis  le début  de  l’année,  surtout pour le soja  et le blé, le maïs ayant atteint un étiage.  Tout ceci nous place  à peu près  au  niveau  observé  lors de  la  crise de  2009 -   mais toujours au-dessus de  la période  pré-2006. Le  cours élevé du dollar par rapport aux autres devises, et depuis mi 2014 contre  euro,  pèse  sur les prix exprimés dans  la  monnaie de référence, mais fait bien les affaires des autres pays producteurs et en particulier de la France.

Le blé et le maïs voient leur prix se rapprocher, car le premier se trouve spécialement abondant  cette année.

prix soja
prix blé maïs

LA POURSUITE DES BONNES RÉCOLTES, PRINCIPAL FACTEUR BAISSIER

seul produit

Les estimations 2015/16 convergent vers une poursuite des excellentes récoltes, avec un plateau à l’altitude record.

Les prévisions ont été renforcées : poursuite de l’augmentation pour  la  récolte  de  blé,  maintien en  soja.  Seul parmi  les produits majeurs, le maïs est attendu en léger fléchissement, avec un stock qui pourrait être légèrement en baisse lui aussi, mais en restant à un niveau très élevé. Le colza  aussi serait en repli par rapport aux deux dernières années  -  mais cela reste la 3e récolte en volume.

L’année de culture a pourtant connu des aléas  sérieux, avec notamment la chaleur et la sécheresse  en Europe et dans la région de  la mer Noire  : mais ces conditions hostiles sont arrivées suffisamment tard pour épargner  les cultures d’hiver (en particulier le blé). La  chaleur  et le  manque  d’eau  ont frappé  en revanche  le  maïs avec un sérieux fléchissement dans ces mêmes régions.

Production
soja

Les  mesures de limitation  des exportations  devraient  jouer de façon moins forte cette année.

En cours de saison 2014/15, la Russie avait mis en place une  taxe  à l’exportation :  celle-ci a été  fortement allégée début  octobre.  La Russie n’a  pas  encore  reconstitué ses stocks de  blé depuis  la mauvaise  année  2012. Elle avait alors accepté  (contrairement à 2010) de ne pas procéder  à un embargo  sur les exportations. Mais ses stocks remontent petit à petit et les entrées  de  devises  ne  sont sans  doute pas  indifférentes pour le pays,  compte tenu du bas  prix des produits pétroliers.

L’incertitude  reste cependant  forte quant aux choix de  taxe qui seront faits en  Russie, au  point que  certains analystes se demandent  si par  la suite, la Russie ne va pas  (comme l’Ukraine l’a fait) développer  davantage la culture du maïs dans  une  optique  d’exportation,  vu les  taxes  pesant  sur le blé.

L’Ukraine aussi surveille ses exportations mais en utilisant des plafonds établis d’un commun accord  avec les négociants  : pour l’instant ces plafonds ne sont pas limitants compte tenu des  perspectives de  volumes à exporter. Mais pour 2015-16,  un accord n’a pas pu être signé en octobre, laissant une certaine incertitude apparaître.

L’Argentine  aussi  pourrait  revenir sur le  niveau  des  taxes à l’exportation appliquées   aux  grains,  après  les élections de fin novembre.

Pour tous ces  pays  exportateurs en  difficulté, l’ouverture à l’exportation se combine  avec  des  dévaluations observées ou en perspective (on peut ajouter ici le Brésil). Des facteurs qui poussent aux prix bas sur le marché international.

semis

Des aléas climatiques se profilent pour la suite, mais pas encore de façon très inquiétante.

Les prévisions pour 2015/16 sont maintenant peu sujettes à fortes surprises, l’essentiel étant récolté ou en cours de récolte dans  l’hémisphère nord  :  restent l’Argentine et  l’Australie, importantes mais pas déterminantes pour le blé dans un contexte  d’abondance acquise.  En revanche  au  Brésil et en Argentine le maïs et le soja sont seulement en début de croissance  : ce sont des  origines majeures,  tout n’est donc pas joué.

Des perturbations fortes pourraient être apportées  en cette fin d’année par le phénomène El Niño qui est en train de prendre son essor. Il doit s’agir, selon les estimations des scientifiques, d’un des 3 épisodes  les plus intenses depuis 1950. De fait l’écart de  températures sur trois mois dans  le Pacifique, indicateur clé suivi en permanence  par  les météorologues, avait en septembre seulement un mois de retard sur le profil de  1998 qui constitue le record.  Les perturbations peuvent être intenses, mais globalement difficiles à prévoir dans leurs impacts, même dans la zone Asie-Océanie, la plus affectée normalement.

Un frémissement des prix peut en découler, et c’est sans doute le cas pour l’huile de palme : l’écart de prix qui devenait important avec  l’huile de  soja  se  résorbe.  Cependant, l’essor des plantations joue aussi sur le prix : on parle de 1,3  Mha plantés en 2013, qui entreraient en production en 2016. La pression de l’huile de palme sur les forêts indonésiennes continue.

photo prisme climat

Le début des semis d’automne intervient aussi sur le marché, car  une  sécheresse  importante  se  poursuit  en  Ukraine  et en Russie et menace  aussi aux États-Unis, rendant  difficiles les semis de blé, d’orge et de colza  et compromet la future récolte. Des pluies sont intervenues, mais insuffisamment. Courant novembre,  la récolte ukrainienne de  blé est envisagée  en baisse de 27  à 19  Mt par Ukragroconsult.

Une nouvelle tension sur les prix peut donc intervenir, et est attendue  par  certains  producteurs,  qui  préfèrent  attendre des  prix meilleurs pour commercialiser : cette attitude est à double tranchant.

LA DEMANDE DEVRAIT RALENTIR

Les prévisions initiales de consommation  sont pour l’instant maintenues : pour le blé, un rythme régulier d’environ 1,5  %, prolongeant  les tendances  antérieures. Concernant  le maïs, après   les  pointes  de  consommation  intervenues lors des deux dernières années  (+ 10  % et + 3 %), une légère baisse (- 0,5  à - 1  %)  est maintenant envisagée,  ce  qui mettrait la consommation  à hauteur de  la  production  en  2015/16. Pour le soja  aussi, une croissance  de  la consommation est prévue, mais moindre que celle des années précédentes.

La consommation en Europe est envisagée  en repli, avec une baisse en maïs pas entièrement compensée par l’augmentation en blé. La consommation aux États-Unis évolueraient peu vu le manque de ressource (l’éthanol connaîtrait selon les prévisions de novembre une légère baisse dans ses utilisations de maïs par rapport à l’année dernière).

Les principaux  pôles de croissance  prévus sont l’Argentine et le Brésil, pour les utilisations par  l’élevage, et... la Chine, pour tous les produits.

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Source Prisme - décembre 2015

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