Impact du réchauffement : Les dérèglements du climat pèsent sur l'agriculture

Christian Gloria

Dans les débats sur le climat, l'agriculture n'est pas épargnée : par ses émissions de gaz à effet de serre, par sa contribution à leur réduction et par l'impact du réchauffement sur les productions.

A moins de vivre sur une autre planète, il ne vous aura pas échappé que l'on a beaucoup débattu sur les changements climatiques ces dernières semaines. À l'heure où ces lignes sont écrites, les chefs d'États sont en train de statuer à Copenhague au Danemark sur les objectifs de maîtrise des émissions de gaz à effet de serre (GES) à l'horizon 2020. Les baisses annoncées seront globales et il faudra définir la part à attribuer à chaque secteur économique dans les efforts de diminution de GES et en particulier à l'agriculture.
« En France, les émissions de GES d'origine agricole ont été estimées à 96 millions de tonnes d'équivalent CO2 (MtCO2eq) en 2007, ce qui représente 18 % des émissions brutes de notre pays, précise Stéphane de Cara, directeur de recherches à l'Inra de Versailles. Ces GES sont représentés exclusivement par le méthane lié surtout aux élevages et le protoxyde d'azote issu des apports des engrais azotés. » Le chercheur n'inclut pas les émissions dues aux consommations énergétiques de l'agriculture qui représentent 9 MtC02eq.
Entre 1990 et 2007, les émissions françaises de GES d'origine agricole ont diminué de 11 %. « Cette réduction n'est pas à imputer à une politique ciblée de baisse des GES, remarque-t-on à l'Inra. Elle résulte essentiellement de trois diminutions : celle des effectifs de bovins lait dans le cadre d'un contingentement de la production laitière et de forts gains de productivité, celle de la surface agricole totale et celle des apports d'engrais azotés. »

La baisse des émissions de gaz à effet de serre d'origine agricole devrait contribuer à respecter les engagements du protocole de Kyoto de la France. (Météo France)

La baisse des émissions de gaz à effet de serre d'origine agricole devrait contribuer à respecter les engagements du protocole de Kyoto de la France. (Météo France)

Puits de carbone

Les surfaces agricoles (prairies surtout) et forestières constituent un puits de carbone non négligeable, estimé à 72 MtCO2eq en 2007. Entre 1990 et 2007, le puits UTCF(1) a augmenté de 81 % grâce à l'augmentation des surfaces forestières. « Mais au final, le bilan est défavorable entre émissions et captage en France », souligne Stéphane de Cara.
« Au niveau de l'Europe en revanche, les émissions nettes (sources moins puits) de l'ensemble des cultures, des prairies, des forêts et des tourbières sont nulles », précise Jean-François Soussana, Inra de Clermont-Ferrand. Le directeur de recherche reprend les résultats de l'étude d'un consortium européen de 300 scientifiques(2).
Les chercheurs de l'Inra ont établi plusieurs scénarios d'évolution des émissions de GES à 2020(3). « Au niveau européen, une intensification des pratiques agricoles et une exploitation accrue des forêts à des fins énergétiques pourraient faire de cet ensemble un émetteur net de GES », résume Jean-François Soussana.
« À techniques et pratiques de production inchangées, une réduction significative des émissions des GES d'origine agricole n'est possible que si la production agricole diminue, remarque Stéphane de Cara. Il faut aller chercher des baisses des émissions supplémentaires. Il y a divers moyens d'y arriver comme mettre en place des systèmes de compensation financières des services rendus par l'agriculture ou des mesures de taxation des émissions. »

Le maïs réagit bien

Avec notamment l'augmentation des températures, le changement climatique a déjà un impact en France sur les pratiques agricoles, en témoignent des dates de récoltes de plus en plus précoces enregistrées pour diverses cultures. Va-t'on vers une réduction des rendements à cause de cette évolution ou l'inverse ? C'est selon. « Une simulation réalisée avec le modèle Stics démontre qu'avec les itinéraires actuels, les rendements progressent fortement dans le futur proche (2020-2049), de l'ordre de 20 quintaux à l'hectare en maïs grain en considérant l'effet de l'augmentation de la teneur en CO2 », rapporte Josiane Lorgeou, spécialiste de la physiologie du maïs chez Arvalis.
« Sur blé, l'infléchissement du rendement et sa plus grande variabilité interannuelle depuis les années 95 s'expliquent à 65 % par les conditions climatiques, notamment à cause des sécheresses et des fortes températures de fin de cycle, explique de son côté Philippe Gate, directeur scientifique d'Arvalis. La hausse des températures induit une anticipation des stades du blé mais qui n'est pas suffisante pour annuler l'impact des facteurs climatiques. » On peut même avancer que le raccourcissement du cycle végétatif à cause de températures plus élevées va à l'encontre de l'élaboration du rendement. En conséquence, l'agriculteur devra adapter ses pratiques en avançant ses semis par exemple. Le sélectionneur travaille à l'obtention des variétés avec des cycles végétatifs adaptés aux modifications du climat car les dés sont jetés pour les prochaines décennies.

 

(1) Utilisation des terres, changements d'utilisation des terres et foresterie.
(2) Programme européen CarboEurope ;
voir revue Nature Geoscience (décembre 2009).
(2) www.grignon.inra.fr/economie-publique/publi/GES_MAP.pdf

Source Réussir Grandes Cultures Janvier 2010

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