Interculture : Blanche ou brune, la moutarde affiche la couleur

Christian Gloria

En ces temps de couverture végétale obligatoire dans les zones vulnérables, la moutarde devrait rester dominante en interculture grâce à ces multiples atouts. Conseils de culture.

Une implantation non compliquée, une croissance rapide, une destruction facile, un piégeage des nitrates efficace, une restructuration du sol, un faible coût des semences…
La moutarde réunit plusieurs qualités qui la font une candidate idéale à la couverture végétale en interculture. La moutarde blanche (Sinapis alba) est l'espèce numéro 1 dans le choix des agriculteurs comme culture intermédiaire. Encore faut-il la soigner pour qu'elle remplisse pleinement son rôle de piège à nitrates ou encore de lutte contre les nématodes. « Il n'y a que des variétés antinématodes inscriptibles au catalogue français », précise Philippe Aublin, chef de marché agricole chez Carneau, une des sociétés leaders dans la commercialisation de variétés de moutarde blanche. « Avec ces variétés de moutarde et de radis, on ne cherche pas à réduire la population du nématode à kyste mais à en éviter la multiplication. Toutes les autres variétés et crucifères favorisent leur développement », souligne François Courtaux, délégué régional ITB dans Aisne.
Mais la qualité première de la moutarde, c'est sa capacité à absorber les nitrates. « À 2 tonnes par hectare de matière sèche (MS) produite, on est sûr que le couvert a capté tout l'azote du sol, affirme Alain Besnard, Arvalis. Les crucifères s'installent vite sur des sols pas trop secs. »

Soigner le semis

La qualité du semis conditionne la réussite de l'implantation de la crucifère. « Le semis à la volée de la moutarde doit être soigné, sur un sol bien nivelé et rappuyé aussitôt », conseille François Courtaux. Conseiller agronomie à la chambre d'agriculture d'Indre-et-Loire, Bruno Chevallier déconseille de semer trop tôt une moutarde après moisson « sous peine de la voir faire son cycle et monter à graine trop rapidement avant novembre. Je recommande un semis plutôt en deuxième quinzaine d'août ».
« On peut même se permettre de la semer tardivement, en septembre, note François Courtaux. Comme le radis, des variétés peuvent présenter un cycle végétatif relativement court tout en couvrant le sol rapidement pour bien concurrencer les adventices ou les repousses. » Les agriculteurs disposent d'un choix variétal conséquent en moutarde blanche. « Il faut éviter les produits très précoces qui fleurissent en six à huit semaines. Attention ! Sur ce caractère, il y a d'énormes différences entre variétés », informe le spécialiste de l'ITB.
« Dans notre création variétale, nous recherchons plus particulièrement de la tardivité pour apporter plus de souplesse sur les dates de semis, explique Philippe Aublin. Avec une variété précoce, le risque d'une arrivée rapide à floraison entraîne un développement végétatif insuffisant. Cela signifie une moins bonne exploration du sol par les racines pour capter les nitrates et plus de risques de fabrication de lignine dans les tiges. Celles-ci sont alors plus lentes à se dégrader après destruction et elles restituent plus difficilement les nitrates à la culture suivante. »

À la floraison, la moutarde se détruit très bien par un simple labour si les plantes ne sont pas trop développées. (S. Leitenberger)

À la floraison, la moutarde se détruit très bien par un simple labour si les plantes ne sont pas trop développées. (S. Leitenberger)

 

Destruction facile

La moutarde est détruite par le gel à partir de - 6 °C. « Il n'y a pas de grande différence variétale sur ce caractère », juge François Courtaux.
Arvalis indique une bonne facilité de destruction par différents moyens : broyage, roulage, labour, chimie. « Mais la moutarde peut présenter l'inconvénient de trop se développer, avec des plantes qui peuvent approcher le mètre. Dans ce cas, il est nécessaire de la broyer. Un labour direct sur ces plantes ne permettra pas un bon enfouissement des tiges même si, par la suite, celles-ci se dégradent très bien », remarque François Courtaux.
Dans les systèmes en non labour, la moutarde nécessite souvent un passage spécifique pour sa destruction, a analysé Arvalis dans un essai. Et, contrairement au labour, elle laisse derrière elle des limaces, ce qui entraîne des surcoûts en termes de passages et de produits anti-limaces.

Détruire avant le 15 février

La moutarde est une crucifère. À ce titre, elle n'est pas conseillée dans les rotations où le colza revient souvent. « La présence de la moutarde dans cette rotation augmente le risque de développement de maladies comme la hernie des crucifères, remarque Alain Besnard. La moutarde est aussi un hôte potentiel du sclérotinia, maladie touchant pois, féverole, soja, tournesol, colza… » Mais dans les conditions d'intercultures, le cycle ne serait pas suffisamment long pour la production de sclérotes.
« Par ailleurs, une moutarde mal détruite peut générer des repiquages et un salissement de la culture. Or sur tournesol, les herbicides sont peu efficaces, ajoute le spécialiste d'Arvalis. Sur maïs, on peut constater un effet dépressif si la crucifère est détruite trop tardivement. Avec une destruction avant le 15 février, il n'y a pas de problème. » Bien conduite, la moutarde reste l'alliée de l'agriculteur.

Source Réussir Grandes Cultures Avril 2010

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