Interdiction d'insecticides : comment vont faire les agriculteurs ?

Propos recueillis par Sandra LAFFONT

Interdiction d'insecticides : comment vont faire les agriculteurs ?
Les agriculteurs risquent de réutiliser massivement des produits de contact (DR)

Si les agriculteurs ne peuvent plus utiliser les semences enrobées d’insecticides, interdits pour deux ans par Bruxelles, ils n'ont que deux solutions : pulvériser les insecticides sur le végétal ou exploiter les possibilités de la nature, explique un chercheur de l'Inra.

Directeur scientifique adjoint "agriculture" à l'Institut national de la recherche agronomique (Inra), Christian Huyghe, détaille les conséquences de la décision lundi de l'Union européenne d'interdire, pendant deux ans, trois néonicotinoïdes jugées mortelles pour les abeilles. Cette suspension sera effective en décembre sur les cultures de maïs, colza, tournesol et de coton.

 Q: Comment vont faire les agriculteurs sans ces insecticides ?

  Christian Huyghe : Pratiquement toutes les espèces végétales ont des parasites qui mangent et dégradent les cultures. Pour les éliminer, vous avez plusieurs solutions.

Utiliser des néonicotinoïdes, c'est-à-dire que le produit phytosanitaire est contenu dans la semence et absorbé par le végétal. Il se promène dans la plante et quand l'insecte vient, il en mange une partie et meurt.

Si on ne peut plus utiliser ce traitement, les agriculteurs vont certainement se remettre à traiter en plein champ, avec des produits de contact qui tuent l'insecte quand il le touche. Voilà pour les options chimiques.

Ensuite, vous avez deux autres options. Vous mettre dans une situation où la structure de l'environnement, le type de rotation des cultures réduit la probabilité que l'insecte se développe. Ou favoriser la présence des auxiliaires de cultures, par exemple des coccinelles contre les pucerons.

  Q: Quelles conséquences va avoir la réutilisation massive des produits de contact ?

  C.H. : Ils vont avoir un impact sur l'environnement : des résidus dans les sols, l'eau et un peu dans l'air. Ces produits vont exposer davantage les agriculteurs et ils sont un peu plus chers que les néonicotinoïdes.

  Q: Après l'interdiction du Cruiser OSR sur le colza en France en juin dernier, que s'est-il passé ?

C.H. : L'interdiction du Cruiser n'est pas le facteur déclencheur mais l'élément de plus qui a permis aux agriculteurs de se dire: on ne peut plus rester comme ça, il faut trouver des solutions alternatives. Et il y a beaucoup de développements en cours pour pouvoir modifier le désherbage et utiliser moins d'herbicides sur le colza.

Certains travaillent à écarter davantage les semis pour pouvoir pratiquer du désherbage mécanique. La mise en place de cultures compagnes est en train de se développer aussi : vous associez au colza des espèces qui vont couvrir l'inter-rang, permettant de lutter contre les adventices, qui va restituer de la matière organique au sol quand elle va pourrir et, si c'est une légumineuse, apporter de l'azote. Et vous pouvez imaginer en plus que ces espèces-là servent de garde manger pour des auxiliaires de culture.

Source AFP

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Commentaires 36

sergio bearno

le monde agricole est toujours montré du doigt et on oublie bien souvent toutes ces collectivités qui arrosent les bords des routes de glypho,alors dans ces conditions je suis pour que l on laisse l herbe pousser l herbe partout et que ces ecolos du dimanche n utilisent plus toutes ces nouvelles tecnologies et ce rendent au boulot en sac de jute .utopie!!

Patrick

Cruiser OSR et désherbage, quel lien? Je n'ai pas bien compris le lien entre un colza traité avec un insecticide (pour les insectes précoces) et le désherbage du même colza.
J'aurai trouvé plus intéressant de voir les vrais conséquences de l'arrêt du Cruiser OSR : est-ce vraiment utile, apporte-il quelque chose à la culture? J'ai un doute

geo

@polo: ne croyez-vous pas que le plaisir de l'agriculture est justement la petite part de risque qui la caractérise? Si vous êtes sur de maîtriser un itinéraire technique à 100%, ce n'est plus de l'agriculture mais de l'industrie agricole. L'agriculture reste encore largement tributaire du temps et c'est à l'agriculteur de s'adapter, ceci a toujours été la norme. Les agriculteurs qui portent le métier vers le haut sont ceux qui osent remettre leurs pratiques en question, accepter d'échanger, de débattre, de donner leur avis sans être dans la contestation permanente. Les CIPAN ont échoué cette année, elles seront peut être une totale réussite l'an prochain.

geo

@Mai 2013: comme vous le dites, il n'y a pas que les agriculteurs qui utilisent des phytos. On peut citer par exemple le particulier qui jardine ou désherbe sa basse cour ou encore les collectivités. Mais, même si la quantité utilisée par hectare est largement supérieure pour les non-agriculteurs, il n'en reste pas moins qu'en terme de quantité totale, les agriculteurs sont ceux qui consomment le plus. Mais tirer à boulet rouge contre les agriculteurs serait une erreur pour la simple et bonne raison qu'ils ne font que subir le système voulu par l'industrie phyto et les coopératives agricoles. Ce système qui conduit à de véritables problèmes sur la santé des agriculteurs et dont l'agriculture raisonnée permet de s'en éloigner partiellement...

polo

Tout ca, c'est joli dans les livres...Sur le terrain, c'est pas comme cela que ça se passe... Par exemple, cette année, les Cipan ont été très efficaces... Il a fait tellement sec qu'ils n'ont pas levé... Efficaces pour le porte-monnaie !!!

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