" L’agriculture de conservation a sauvé la banane antillaise " estime Sébastien Zanoletti

Réussir Grandes Cultures Avril 2013

" L’agriculture de conservation a sauvé  la banane antillaise " estime Sébastien Zanoletti
© UGPBAN

En métropole, l’agriculture durable reste une option, même si les incitations sont fortes. Aux Antilles, elle s’est imposée et a permis de préserver la production locale de banane.Point de vue de Sébastien Zanoletti, de l'Union des groupements de producteurs de banane (UGPBAN).

Directeur du développement durable de l’UGPBAN

" L’agriculture de conservation a sauvé  la banane antillaise " estime Sébastien Zanoletti

Sébastien Zanoletti est directeur du développement durable de l’UGPBAN, l’Union des groupements de producteurs de banane de Guadeloupe et Martinique. Il travaille également pour l’Institut technique tropical (IT2). Créée en 2003, l’Union rassemble l’ensemble des producteurs de bananes des deux îles. Elle assure la production, la récolte, le mûrissage, l’emballage et la commercialisation des fruits.

" ON N’A PAS DE RAISON DE CHANGER DE PRATIQUES AGRICOLES QUAND TOUT VA BIEN. Dans le cas de la production de banane aux Antilles, en 2007, après l’électrochoc que nous avons subi suite au scandale du chlordécone, tous les acteurs de la filière étaient prêts à se remettre en question. Interdit en 1993 aux Antilles, cet insecticide est à l’origine d’une contamination de 20 % des terres agricoles aux Antilles. Un plan « banane durable » a été enclenché en décembre 2008, dans le cadre d’Écophyto, visant à réduire de 50 % l’usage des pesticides. Nous avons revu nos partenariats avec les instituts de recherche au premier rang desquels se trouve le Cirad, et nous avons créé un institut technique tropical. L’objectif était de mettre en œuvre des systèmes de cultures innovants, de retrouver une biodiversité, d’utiliser davantage de biopesticides et d’adapter les itinéraires techniques à des nouvelles variétés plus appropriées à la baisse des intrants car résistantes à certaines maladies. Bref de faire changer radicalement les pratiques des 400 producteurs de bananes antillais pour aller vers une agriculture de conservation.

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Sébastien Zanoletti : « Nous sommes passés de 16 kilos de pesticides par hectare en l’an 2000 à 6 kilos aujourd’hui. » © UGPBAN

APRÈS QUATRE ANS, NOUS AVONS LARGEMENT ATTEINT NOTRE OBJECTIF DE RÉDUCTION DE L’USAGE DES PESTICIDES tout en voyant les rendements progresser de 20 %. Nous sommes passés de 16 kilos par hectare de pesticides en 2000 à 6 kilos aujourd’hui, alors que les pays producteurs de bananes concurrents sont à 70 kilos pour le Costa Rica et Belize, 60 kilos au Cameroun, 28 kilos au Mexique ou encore 20 kilos en Côte-d’Ivoire, selon une étude internationale incluant le Cirad. Dans nos bananeraies, les sols sont aujourd’hui couverts en permanence, ce qui a notamment réglé le problème des charançons, alors que le chlordécone était précisément utilisé pour cela. La pratique de la jachère permet d’éliminer naturellement les nématodes, et nous travaillons à la mise au point de variétés résistantes à la cercosporiose noire et de nouvelles méthodes de lutte. L’agriculture de conservation est un système économiquement rentable et socialement mieux acceptée par la population locale et par nos clients. Le bilan est jugé très positif, même pour certains producteurs au départ très réticents.

POUR AUTANT, IL Y A DES BLOCAGES. L’AGRICULTURE DE CONSERVATION EST TRÈS TECHNIQUE et il n’existe plus un manuel du planteur qui s’applique à tous. Cette démarche va laisser un certain nombre de producteurs au bord du chemin ; ceux qui n’ont pas la capacité de se former et d’intégrer les nouvelles pratiques. Par ailleurs, cela pose quelques soucis au niveau commercial, certains fruits n’ayant pas une qualité visuelle parfaite.
Avec les aspirations des citoyens vers des nouveaux modes de consommation, nous pensions pouvoir valoriser sur les marchés l’évolution de nos pratiques agricoles grâce à une labellisation, mais cela n’a pas été possible. L’agriculture de conservation nous a seulement permis de conserver nos parts de marché, mais c’est déjà considérable."

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