L’Égypte a rejeté un second cargo de blé pour cause d’ergot

L’Égypte a rejeté un second cargo de blé pour cause d’ergot

Les autorités égyptiennes ont refusé en début d’année le déchargement de deux cargos de blé, dont un chargé en France par le négociant Bunge, au motif que la livraison comportait des traces d’ergot dans une proportion supérieure à la limite contractuellement autorisée.

Les autorités égyptiennes ont ensuite brutalement annoncé une politique de tolérance zéro, officiellement pour protéger leur production de blé domestique, indemne de ce champignon toxique. Peu après, les appels d’offres du GASC, l’office en charge des achats de céréales, avaient tourné court, par manque d’offres compétitives, les opérateurs refusant d’assumer ce risque sanitaire sans pouvoir intégrer la prime assurancielle, faisant courir un risque sur l’approvisionnement alimentaire.

Le 8 mars, le gouvernement égyptien annonçait qu’il autorisait de nouveau les importations de blé avec un seuil d’ergot toléré relevé à 0,05 %, conformément aux normes internationales d’usage, après la démission du numéro un de l’autorité de gestion de la mise en quarantaine de produits agricoles (AQA) qui prônait cette politique du zéro ergot sur les importations.

L’Égypte est premier importateur mondial de blé avec plus de 10 millions de tonnes importées annuellement, soit plus de 60 % de ses besoins pour nourrir sa population de 88 millions d’habitants. Depuis les émeutes de la faim de 2008, provoquées par une augmentation du prix du pain de 30 %, garantir la sécurité alimentaire par les importations constitue une priorité gouvernementale pour éviter des protestations possiblement déstabilisatrices. Cependant, l’Égypte voit son déficit commercial se dégrader. Les retards d’obtention des lettres de crédit pour le chargement de trois navires de blé en décembre ayant conduit à une demande de délais de paiement à 180 jours illustrent des difficultés d’accès aux devises du pays. Depuis, la Banque centrale d’Égypte a du assouplir son régime de change, pour le rendre plus attractif, en laissant la livre égyptienne chuter à 8,85 par USD, une dépréciation de 13 %.

L’Égypte n’a acheté que 415 kT de blé contre 1,6 Mt l’an passé pour couvrir ses besoins de janvier à mars, soit le plus faible volume en trois ans. Certains évoquent également de possibles jeux de pouvoir au sein des instances gouvernementales.

Dans un marché mondial céréalier en surplus d’offres, cet imbroglio du premier acheteur mondial n’a pas été sans conséquence sur l’orientation baissière des cours du blé déjà déprimés. Il semble éloigné le temps où le GASC prônait auprès de ses partenaires des relations contractuelles de long terme pour limiter les amplifications de marché.

Le résultat est que le GASC revient aujourd’hui aux achats dans des conditions de prix plus favorables. La Roumanie en retard sur ses livraisons et la France qui entrevoit des stocks de report portés à 6 Mt, à la faveur d’une bonne récolte, cherchent à s’alléger.

Il n’est pas certain que le contentieux, qui oppose Bunge aux autorités égyptiennes, laissera longtemps des traces parmi les opérateurs, tellement le débouché égyptien apparaît nécessaire au marché.

Voir tout le dossier :  http://etudes-economiques.credit-agricole.com/medias/Prisme13_avril2016.pdf

Source : PRISME - Agriculture et Agroalimentaire, une affaire d'experts - n° 13 - Avril 2016

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Commentaires 1

POTEAU3716

disons plutot que les egyptiens sont fauchés , ce sera plus credible .

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