La filière française du blé dur serre les rangs

Gabriel Omnès - Réussir Grandes Cultures Mars 2013

La filière française du blé dur serre  les rangs
Accroître la compétitivité du blé dur français au champ et sur la scène internationale, tels sont les objectifs poursuivis par les acteurs de la filière, résolus à renforcer leur coopération. © Gilles Ehrmann

Prise entre les bouleversements du marché mondial et la concurrence accrue pour les surfaces exercée par d’autres cultures, la filière blé dur lance des chantiers collectifs pour trouver des solutions.

Le ton était grave, presque solennel. « 2012 a été une année d’interrogations pour l’avenir du blé dur français, 2013 sera une année charnière porteuse d’innovation. » Jean-François Gleizes, président du comité de pilotage de la filière blé dur, a conclu la journée nationale consacrée à cette culture, le 7 février près de Toulouse, tel un général motivant ses troupes.
L’heure n’est pas à la galéjade : hausse des cours aidant, la culture subit la concurrence exacerbée d’autres espèces au cœur de ses bassins historiques de production, et sa future attractivité est suspendue aux arbitrages à venir de la nouvelle PAC. Dans le même temps, le marché mondial connaît des mutations rapides et profondes, à commencer par la fin du monopole du Canadian Wheat Board (CWB) qui régnait jusque-là en maître sur la planète blé dur, et la concentration des principaux opérateurs mondiaux qu’elle a favorisée.

Offensive à l’export

Le petit village gaulois a décidé de se serrer les coudes pour mieux se jeter dans la mêlée internationale. Point de potion magique, mais trois chantiers collectifs destinés à accroître la compétitivité de l’équipe de France. En première ligne, il y a Durum, la société commune de promotion et de commercialisation créée par les coopératives Axéréal et Arterris, cumulant à elles deux 800 000 tonnes de collecte de blé dur. Il s’agit de la première société de trading spécifique à cette culture. Si elle fait grincer des dents certains concurrents tricolores, l’idée est forcément défendue par Jean-François Gleizes, président délégué d’Arterris. « Au niveau mondial, l’évolution profonde des metteurs en marché nous place aujourd’hui face à des multinationales, explique-t-il. Pourquoi ne pas aller nous-mêmes marketer le blé dur français à l’international, comme l’ont fait les Canadiens, avec l’ambition de créer des relations durables avec les industriels du bassin méditerranéen ? » Pour ce responsable, la massification de l’offre vise aussi à se donner les moyens d’être présents sur les appels d’offres de clients tels que l’Algérie, qui impliquent des volumes auxquels il est impossible de répondre en ordre dispersé. Durum cible aussi le marché italien, de plus en plus importateur. D’autres coops pourraient-elles monter à bord ? « Dans toute initiative, il faut qu’il y en ait qui commencent », esquive Jean-François Gleizes. La part de la production tricolore de blé dur exportée — environ les deux tiers — donne la mesure de l’enjeu de cette guerre commerciale.

Innover pour survivre

Pour que la mêlée soit performante, encore faut-il une bonne introduction du ballon. C’est la mission confiée à la plateforme blé dur, autre innovation de la filière pour 2013. Le concept : « bâtir un consortium de compétences regroupant chercheurs, industriels et producteurs afin qu’ils discutent entre eux des orientations de recherche et développement, détaille Jacques Mathieu, directeur général d’Arvalis. La création d’innovation utile est l’une des clés de la pérennité. » Ce décloisonnement entre recherche fondamentale et appliquée, en lien avec les producteurs et les transformateurs, aura aussi son utilité dans la mobilisation de financements. « Il faut absolument éviter de mettre en concurrence différents programmes de R & D, insiste Christian Huyghe, directeur scientifique adjoint agriculture de l’Inra et l’une des têtes pensantes du projet. Nous devons aller vers les appels à projets de façon cohérente. » Le scientifique met aussi l’accent sur le volet formation d’une telle plateforme. « L’adoption des innovations ne peut se faire sans formation, affirme le scientifique. Il nous faut aussi tisser des liens pour former des cadres de l’autre côté de la Méditerranée. » La filière blé dur espère ainsi reproduire le modèle qui a longtemps prévalu pour le blé tendre, avec des chefs meuniers d’Afrique du Nord formés dans des écoles françaises enclins à privilégier des relations commerciales avec des opérateurs de l’Hexagone.

Contractualisation

Depuis la toute fin 2012, le blé dur français peut aussi s’enorgueillir de disposer d’un signe officiel de qualité. L’association Blé dur Méditerranée a en effet obtenu la certification de conformité produit pour le blé dur des régions traditionnelles, renforçant ainsi la légitimité de la culture dans ses bassins historiques. Voilà qui tombe à pic pour revendiquer un soutien à Bruxelles. Les producteurs entendent aussi capitaliser sur cette reconnaissance pour renforcer les liens avec les industriels français à travers la contractualisation.
Les relations au sein de la filière devront d’ailleurs compter avec un élément nouveau, puisque la Commission européenne semble avoir changé son fusil d’épaule à propos du cadmium. En 2012, Bruxelles avançait à marche forcée vers un durcissement du seuil concernant ce contaminant pour le blé dur. La perspective inquiétait fortement l’ensemble des acteurs de la filière, faute de solutions pour maîtriser ce paramètre. Depuis, le dossier à été mis en pause. La Commission considèrerait désormais comme prioritaire de fixer des seuils pour les produits n’en disposant pas encore. Le blé dur pourrait donc voir son seuil maintenu au niveau actuel, doublé d’un système de recommandations plus exigeant mais n’ayant pas de caractère réglementaire. Cette bonne nouvelle pour les agriculteurs est source d’inquiétude pour les industriels. Qu’elles soient de nature réglementaire ou non, difficile pour les transformateurs, directement exposés au consommateur final, de faire fi de ces préconisations. Il leur faudrait donc les respecter sans pouvoir en appeler à la loi pour faire remonter ces exigences vers l’amont. Ce qui fait dire à Christine Petit, secrétaire générale du syndicat des industriels, « qu’il ne faut surtout pas lever le pied sur les programmes de recherche engagés sur cette problématique ». Qui est d’ailleurs à l’ordre du jour de la plateforme blé dur. 

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