La formation pour explorer l’agriculture écologiquement intensive

Nicole Ouvrard - Réussir Grandes Cultures Juin 2012

La formation pour explorer   l’agriculture écologiquement intensive
Le groupe sert d’appui pour se rassurer face à une prise de risque. © S. Leitenberger

Allier performances économiques et environnementales devient une préoccupation majeure. Des formations participatives peuvent permettre à chacun d’établir sa propre démarche de progrès.

Agriculture écologiquement intensive

La formation pour explorer   l’agriculture écologiquement intensive

L’AEI consiste à s’affranchir autant que possible des intrants de synthèse par une meilleure valorisation des fonctionnalités des écosystèmes. L’objectif est de porter une plus grande attention à ce que sait faire la nature. Ce n’est pas un cahier des charges, mais une démarche qui redonne une place prépondérante aux savoir-faire et aux décisions des agriculteurs.

Incontestablement, l’intérêt des agriculteurs vis-à-vis des questions environnementales est grandissant. « Nous enregistrons de plus en plus de demandes de formation autour de ces thématiques », soulignait Christiane Lambert, présidente de Vivea, l’organisme qui finance les formations des exploitants agricoles, lors d’un séminaire de Vivea sur ce thème le 19 avril dernier. Le succès de la formation Certiphyto en est la preuve, 160 000 agriculteurs sur 390 000 l’ayant suivie. « Ce qui avait été perçu au départ comme une contrainte s’est révélé être une opportunité, poursuit-elle ; 20 % des participants n’avaient jamais mis les pieds en formation auparavant. »
Pour autant, faire évoluer ses pratiques n’est pas une mince affaire. « Les agriculteurs ne repoussent pas les questions environnementales, mais ils sont submergés par le rythme de changement », souligne Christiane Lambert.
« L’échec sur l’agriculture raisonnée l’a montré : il ne sera pas suffisant de rationaliser le système intensif actuel pour réussir à s’adapter, martèle Michel Griffon, le père du concept d’agriculture écologiquement intensive (AEI). Pour lui, on a trop longtemps oublié l’écologie alors qu’elle ouvre des perspectives immenses. Il est urgent de la réhabiliter. « Il s’agit de comprendre la boîte noire, puis de la modifier pour l’amplifier, explique-t-il. Certains agriculteurs se comportent comme des start-up et travaillent sur l’agriculture écologiquement intensive en concevant de l’ingénierie écologique, explique-t-il. Les Geda, Ceta et chambres d’agriculture doivent évoluer car ils ont été conçus pour diffuser de l’information descendante avec des messages identiques pour tous. Or, le temps de la vulgarisation de masse est révolu. »

Des formations déroutantes

Les agriculteurs tout comme leurs conseillers manquent de formation initiale sur l’approche écologique de l’agriculture. D’où l’intérêt de la formation continue, en s’appuyant ou non sur des groupes déjà constitués.
Dans les pays de la Loire et en Bretagne, Vivea a accompagné des groupes d’agriculteurs cherchant à faire évoluer leur système de production. « Ce type de formation s’appuie sur une démarche de progrès afin de s’approprier le concept d’AEI. Chaque agriculteur part de sa situation initiale pour élaborer sa propre stratégie », souligne Philippe Augeard, de la chambre d’agriculture de Bretagne. Certains participants reconnaissent avoir été déroutés car le formateur n’apporte aucune solution immédiate. Il s’agit davantage d’une co-construction où chaque participant apporte son savoir-faire et le fait partager. « Cette recherche de systèmes innovants relance l’intérêt des groupes de progrès qui étaient tombés en désuétude », insiste Roger Le Guen, sociologue de l’ESA d’Angers.

Intégrer les conseillers dans la démarche

Pour Jean-Marie Gabilleau, vice-président de la Cavac en Vendée, il est très important que les conseillers soient aussi, voire plus convaincus du bien-fondé de l’AEI que les agriculteurs eux-mêmes. « Or, ce n’est pas toujours le cas, regrette-t-il. Notre volonté est de donner une impulsion globale sur un territoire. Cela n’est possible que si les différentes structures agricoles travaillent de concert. Nous avons trop perdu de temps à nous faire concurrence entre chambres d’agriculture et coopératives. Quand le gazole sera à 800 euros la tonne, il sera trop tard pour s’adapter. »
Tout l’enjeu est de « vivre le changement avec entrain », comme le dit Roger le Guen. Et c’est bien cette perception que laissent entendre les agriculteurs engagés dans cette démarche. « J’ai retrouvé un sens à mon métier », avoue Étienne Gautronneau, agriculteur dans la Sarthe et président de la FRGeda des Pays de la Loire.

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