La performance fragile du blé à l'export

Crédit Agricole SA

La performance fragile du blé à l'export

Le blé français se tourne de plus en plus vers le grand export, voyant ses utilisations domestiques diminuer en alimentation animale. Il y réussit bien mais doit surmonter divers obstacles : l’euro fort, une qualité médiocre, des concurrents nouveaux.Côté prix, le marché fluctue après une chute liée à d’abondantes récoltes dans le monde. Il reste soutenu par une bonne demande et la faiblesse des stocks, et en février-mars, par les incertitudes politiques liées à l’Ukraine.

Des aides céréalières en baisse dans la nouvelle Pac

La performance fragile du blé à l'export

Les exploitations françaises de grandes cultures doivent s’attendre à une chute des aides avec la réforme de la Pac, compte tenu aussi d’un budget alloué par Bruxelles en léger recul à l’horizon 2019. Des baisses chiffrées de -7 à -15 % en Lorraine, Centre ou Alsace, soit -5 à -7 000 euros par exploitation. Elles pourraient atteindre -18 à -22 % en Champagne-Ardenne, Île-de-France ou Picardie, soit -10 à -12 000 euros par exploitation.

Cela découle des options françaises, notamment d’accorder le maximum d’aides couplées, en particulier pour l’élevage, mais aussi une surprime aux premiers hectares, pour favoriser les petites ou moyennes exploitations. Avec comme autres priorités, l’installation, la modernisation des exploitations, le soutien aux zones défavori- sées ou la gestion des risques. Le tout inscrit dans les grands principes de la Pac : « verdissement » des aides, harmonisation du montant des primes découplées par hectare (« convergence ») et possibilité pour les États membres d’instaurer des aides couplées à la production.

Quelque soit la donne, politique ou environnementale, les céréaliers se sont toujours adaptés pour accroître leur compétitivité. Ils restructurent leur exploitation, optimisent les charges, améliorent la structuration des filières. Autre élément rassurant, la demande mondiale en produits céréaliers présente de bonnes perspectives. A la clé, des cours soutenus, qui devraient réduire l’impact de la baisse des aides. 

La production mondiale de blé est annoncée à un niveau record en 2013-14, franchissant la barre des 700 mt. Tous les grands acteurs sont concernés, sauf les États-Unis et l’Inde.

Explication, le rendement moyen atteint un sommet avec 3,2 t/ha (5,5 en Europe et 7,4 en France). Sa progression au Canada est fulgurante : +25 % comparé à 2012, en partant d’une base déjà élevée. 

Les regards se tournent maintenant vers la récolte 2014. selon les premières estimations du CiC, elle baisserait de 2 %, des rendements moins exceptionnels l’emportant sur des surfaces plus élevées. L’état des cultures d’hiver suscite des inquiétudes, liées à un froid extrême aux États-Unis, à la sécheresse en Ukraine.

 

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soumis à l’intensité des échanges mondiaux, les stocks des exportateurs de blé restent faibles. La demande progresse à la faveur de l’abondante moisson, mais demeure inférieure au niveau de 2011-12. Si la consommation humaine croît régulièrement, le blé pour l’alimentation animale devrait être en retrait, concurrencé par le maïs.

Les importations s’apprêtent à battre le record de 2011- 12, avec environ 150 Mt, soit plus d’un cinquième de la consommation. Elles sont notamment dynamisées par la Chine, à 8 Mt, du jamais vu depuis une vingtaine d’an- nées. L’Égypte, premier importateur mondial, gonfle aussi ses achats, à 10 Mt.

Résultat, le bilan mondial se dirige vers un léger excédent sur 2013-14, de 1 à 2 % selon les sources. Une faible remontée des stocks est en vue, sans pouvoir atteindre le niveau de 2009-10. Très influents sur les prix mondiaux, ceux des pays exportateurs apparaissent nettement en retrait. 

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Les prix fluctuent en l’attente d’indications sur la prochaine récolte. Après une chute liée à la lourdeur du bilan mondial, ils ont rebondi fin 2013, soutenus par la demande, avant de fléchir à nouveau. Leur niveau avoisine alors celui de l’hiver 2011-12, ce qui reste bien plus haut qu’en 2009-10. La faiblesse des stocks chez les exportateurs est déterminante. Après fin janvier aux Etats-Unis, les prix remontent à nouveau, le “rendu Rouen” dépassant la barre des 200 EUR/t courant

mars ; une situation attribuée à la crise ukrainienne, relayée par les marchés financiers.

A Chicago, le vent semble avoir tourné pour les spéculateurs à court terme. D’abord en position vendeuse, surtout fin 2013 avec aussi une baisse chez les fonds indiciels spéculant à long terme, ils sont repartis à la hausse en janvier. Un basculement généralement accompagné de prix plus fermes. 

La France maintient ses exportations contre vents et marées

La production française est abondante, sans être exceptionnelle. 

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Les utilisations intérieures perdent du terrain. Certes, la pani- fication, la biscuiterie, l’amidonnerie se maintiennent, l’alcool, qui en représente 9 %, plafonne. Mais l’alimentation animale, estimée à 42 % des utilisations intérieures (y compris auto- consommation à la ferme), décline progressivement. Elle reste en outre une spécificité européenne car, ailleurs, le blé sert presque uniquement à la consommation humaine.

L’export conforte ainsi son rang de premier débouché du blé français, ciblant en majorité les pays tiers. Pas de record en vue, alors que l’UE a le sien en point de mire, ayant sous le bras une grosse récolte. L’objectif visé par la France apparaît néanmoins très élevé, juste derrière la marque établie en 2010-11, son sommet en termes de volumes

d’exportation. Plusieurs circonstances contribuent à ce scénario. La demande internationale se montre vigoureuse, compensant les difficultés des campagnes précédentes. Du côté de la concurrence, les pays de la Mer Noire ont le souci de limiter les ventes pour reconstituer leurs stocks.

Divers obstacles à l’export s’élèvent cependant devant le blé français. Certains sont conjoncturels, comme la montée de l’euro, la concurrence du maïs à bas prix dans l’UE. D’autres représentent une menace croissante pour l’avenir. La concur- rence internationale s’étoffe. Illustration avec l’entrée en scène des pays du Danube, surtout la Roumanie, dès le début de la campagne actuelle. Ses prises de positions, en particulier sur le marché égyptien, ont rogné les ambitions françaises.

La qualité du blé, notamment sa teneur en protéines, devient un sujet de préoccupation majeure. Avec un taux de 11,2 %, la France s’éloigne dangereusement du haut du panier, alors que les pays de la Mer Noire progressent. Les importateurs renforcent leurs exigences. Exemple, l’Égypte demande maintenant un taux d’humidité inférieur à 13 %, défavorable pour l’origine française. Son nouveau ministre de l’approvi- sionnement envisage de faire machine arrière, mais une telle intention début mars arrive en fin de bataille. La question que nous pouvons alors nous poser aujourd’hui est de savoir si nous ne sommes pas proches du point de rupture sur nos capacités d’adaptation face à ces contraintes.

L’heure de la mobilisation a sonné en France, où la profes- sion vise à redresser le taux de protéines du blé, sans utiliser plus d’engrais azotés. Ces derniers régressent depuis 2000, avec des applications en baisse de 1 % par an en moyenne. Il s’agit aussi d’un objectif majeur de la politique européenne en matière agricole. Pour la récolte 2013, les utilisations d’azote affichent une hausse. 

Le débouché Maghreb pour le blé Français : un "fond de commerce" variable et fragile

Les importations de blé des pays du Maghreb augmentent progressivement, totalisant entre 20 et 23 Mt par an depuis 2008. La France se positionne comme principal fournisseur avec une part de marché historique d’environ 40 %, culminant à 54 % en 2010 et 49 % en 2011. 

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Les volumes de blés français exportés fluctuent grandement, variant entre 8 et 12 Mt sur les cinq dernières années. Par ailleurs la répartition se modifie. L’Algérie concentre désormais 54 % des volumes expédiés sur la région en 2013 (moins de 40 % en moyenne). La part de marché du blé français exceptionnellement élevée en Algérie, un peu moins au Maroc, témoigne de partenariats privilégiés. Certains acteurs écono- miques algériens, relayés par la presse n’hésitent plus à les contester, à l’heure des économies budgétaires.

Au Maroc, les importations de blés français sont fonction du niveau de sa propre récolte, très dépendante des conditions climatiques. Quant à l’Egypte, la Libye et la Tunisie, ces pays privilégient la compétitivité prix des blés d’origine Mer noire, au taux de protéines plus élevé, se tournant vers la France en cas de disponibilités insuffisantes. 

Si les pays du Maghreb constituent donc un débouché essentiel aux exportations françaises de blé, favorablement orienté par une crois- sance démographique dynamique, ce « fonds de commerce » présente aussi quelques fragilités, étant très concentré sur un gros client et dépen- dant d’achats opportunistes en substitution de l’origine Mer Noire. Outre la dimension prix, essentielle, leurs acheteurs accordent une attention grandissante aux critères qualitatifs tant sur le rendement farine (humi- dité, poids spécifique) que sur les aptitudes boulangères des blés (taux de protéine, indice d’Hagberg). Les exigences deviennent aujourd’hui équivalentes à celles de notre meunerie, qu’il convient désormais de satisfaire. La variabilité de nos parts de marché d’une année sur l’autre atteste de marchés non acquis d’avance. 

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